‹ Le siècle de Louis XIV [microform]Chapitre 160 sur 285 · CHAPITRE ^Vi · texte numérisé non relu

CHAPITRE ^Vi

ion caractère, par un amour vrai, et même par les chaînes de l'habitude, l'avait subjugué sans art. Mais, dès l'an 1669, elle s'aperçut que madame de Monlespan prenait de l'ascendant* : elle combaltit avec sa douceur ordinaire; elle sup^ porta le chagrin d'être témoin longtemps du triomphe de s: rivale; et, presque sans se plaindre, elle se crut encore heu reuse, dans sa douleur, d'être considérée du roi, qu'elle ni mait toujours, et de le voir sans en être aimée.

Enfin, en 1 675, elle embrassa la ressource des Ames tendreb^ auxquelles il faut des sentiments vifs et profonds qui les subuguent; elle crut que Dieu seul pouvait su'::<'der dans son cœur à son amaui. Sa conversion iai aussi célèbre que sa tendresse : elle se fit carmélite à Paris, et persévéra. Se couvrir d'un cilice, marcher pieds nus, jeûner rigoureusement, chanter la nuit au chœur dans une langue inconnue : tout cela ne rebuta p( int la délicatesse d'une femme accoutumée & tant de gloire, de mollesse et de plaisirs. Elle vécut dans ces austérités depuis 1675 jusqu'en 1710, sous le nom de sœur Louise de la Miséricorde, Un roi qui punirait ainsi une femme coupable serait un tyran, et c'est ainsi que tant de femmes se sont punies d'avoir aimé. Il n'y a presque point d'exemples de politiques qui aient pris ce parti rigoureux; les crimes de la politique sembleraient rependant exiger plus d'expiations que les faiblesses de l'amour : mais ceux qui gouvernent les flmes n'ont guère d'empire que sur les faibles.

On sait que quand on annonça .1 sœur Louise de la Miséricorde la mort du duc de Vermandois qu'elle avait eu du roi, elle dit : « Je dois pleurer sa naissance encore plus que sa « mort, t II lui resla une fille, qui fut de toMS les enfants du roi la plus ressemblante à son père, et qui épousa le prince Armand de Conli, neveu du grand Condé.

Cependant la marquise de Montespan jouissait de sa faiseur

I. t Madame de Montespan, belle, et avec c«» tour d'esprit alors, dit-on, partiéaWn aux Roolu'chooart, était haute, capricii^use, dominée par une humeur qui s'épargnait pas même le roi. La reine en éprouvait des hauteurs, et disait souvent :

Cette fne fera mourir: au lieu que la duchesst' de la Vailière, par tes re»-

pects, aet souiinssions, par m honte même, semblait lui demander pardon détrt tjmàm : auui fut-elle toiyours traitie avec bouté. » (Uucloa.)

avec autant d'éclat et d'empire que madame de à Vallièm avait eu de modestie.

Tandis que madame de la Vallière et madame de Montespan se disputaient encore la premiùre place dans le cœur du roi, toute la cour l'tait occupée d'intrigues d'amour : Lou« vois méime était sensible. Parmi plusieurs maîtresses qu'eut ce ministre dont le caractère dur semblait si peu fait pour l'amour, il y eut madame Dufresnoy, femme d'un de eei commis, pour laquelle il eut depuis le cn^dit de faire ériger une charge chez la reine : on la fit dame du lit ; elle eut les grandes entrées. Le roi, en favorisant ainsi jusqu'aux goûli de ses ministres, voulait justifier les siens.

C'est un grand exemple du pouvoir des préjugés et de la coutume, qu'il fût permis à toutes les femmes raariéesd'avoir des amants, et qu'il ne le fût pas à la petite-fille de Henri IV d'avoir un mari. Mademoiselle, après avoir rnfusé tant de souverains, après avoir eu l'espérance d'épouser Louis XIV, voulut faire à quarante - quatre ans la fortune d'un gentilhomme : elle obtint la permission d'épouser Péguillin, du nom de Caumont, comte de Lauzun, le dernier qui fut capitaine d'une compagnie de cent gentilshommes au bec-de-corbin, qui ne subsiste plu», et le premier pour qui le roi avait créé la charge de colonel général de dragons. Il y avait cent exemples de princesses qui avaient épousé des gentilshommeai les empereurs romains donnaient leurs filles A des sénateurs; les filles des souverains de l'Asie, phis puissants et plus despotiques qu'un roi de France, n'épousent jamais que des esclaves de leurs pères.

(1669.) Mademoiselle donnait tous ses biens, estimés vinpt millions, au comte de Lauzun, quatre duchés, la souveraineté de Dombes, le comté d'Ku, le palais d'Orléans, qu'on nomme le Luxembourg; elle ne se réservait rien, abandonnée tout entière à l'idi^o flatteuse de faire à ce qu'elle aimait une plut grande fortune qu'aucun roi n'en a fait à aucun sujet. Le IBontrat était dressé ; Lauzun fut un jourduc de Montpensior j î ne manquait plus que la signature. Tout était prêt, lorsque e roi, affaibli par les représentations des princes, des mi« listres, des ennemis d'un homme trop heureux, retira sa pa*

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