‹ Le siècle de Louis XIV [microform]Chapitre 161 sur 285 · CHAPITRE XXVI. ij · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI. ij

rôle, et défendit cette alliance. Il avait écrit tux cour» etran« gères pour annoncer le mariage, il écrivit la rupture : on le blâma de l'avoir permis, on le blâma de l'avoir défendu. Q pleura de rendre Mademoiselle malheureuse; mai» ce même prince, qui s'était attendri en lui manquant de parole, fît enfermer Lauzun, en novembre 1670, au château de Pignerol, pour avoir épousé en secret la princesse qu'il lui avait permit quelques mois auparavant d'épouser en public. Il fut enfermé dix année» entières. Il y a plus d'un royaume où un monarque n'a pas cette puissance ; ceux qui l'ont sont plus chéri» quand il» n'en font pas d'usage. Le citoyen qui n'offense point les lois de l'équité doit-il être puni si sévèrement par celui qui représente l'État? n'y a-t-il pas une très-grande dilTérence entre déplaire à son souverain et trahir son souverain ? un roi doit-il traiter un homme plus durement que la loi ne le traiterait?

Ceux qui ont écrit que madame de Montespan , après avoir empêché le mariage, irritée contre le comte de Lauzun qui éclatait en reproches violents, exigea de Louis XIV cette vengeance, ont fait bien plus de tort à ce monarque *. 11 y aurait eu à la fois de la tyrannie et de la pusillanimité à sacrifier à la colère d'une femme un brave homme, an favori, qui, privé par lui de la plus grande fortune, n'aurait fait d'autre faute que de s'être trop plaint de madame de Montespan. Qu'on pardonne ces réflexions ; lesdroits de l'humanitéles arrachent: mais en même temps l'équité veut que, Loui» XIV n'ayant fait dans tout son règne aucune action de cette nature , on ne l'accuse pas d'une injustice si cruelle. C'est bien assez qu'il ait puni avec tant de sévérité un mariage clandestin, une liaison innocente, qu'il eût mieux fait d'ignorer : retirer sa faveur était très-juste; la prison était trop dure.

Ceux qui ont douté dece mariage secret n'ont qu'à lire attentivement les Mémoires de Mademoiselle ; ces Mémoires apprennent ce qu'elle ne dit pas. On voit que cette même princesse, qui s'était plainte si amèrement au roi de la rupture

I. L'origine de cette imputation, qu'«n tiouTe dans tant d'hittonen», ^iotnt da Ségraisiana. C'est un recueil posthume de quelques conversations de Ségrais, presque toutes falsifiées. l\ est plein de ( ontradictious, et l'on Mit qu'aucoA de VA ne mérite d« créance. [Note de Vollairr.)

de son mariage, n'osa se plaindre de la prison de son mari: elle avoue qu'on la croyait mariée ; elle ne dit point qu'elle ne Tétait pas; et quand il n'y aurait que ces paroles, « Je ne t puis ni ne dois changer pour lui, » elles seraient déciiives.

Lauzun et f ouquet furent etonnGs de se rencontrer dans la môme prison; mais Fouquet surtout, qui, dans sa gloire et dans sa puissance, avait vu de loin Péguillin dans la foule, comme un gentilhomme de province sans fortune, le crut fou, quand celui-ci lui conta qu'il avait été le favori du roi, et qu'il avait eu la permission d'épouser la petite-fille de Henri IV, avec tous les bieas et les titres de la maison de Montpensier.

Après avoir langui dix ans en prison, il en sortit enfin ; mais ce ne fut qu'après que madame dé Montespan eut engagé Mademoiselle à donner la souveraineté de Dombes et le comté d'Eu au duc du Maine , encore entant, qui les posséda après la mort de celte princesse. KUe ne fit cette donation que dan» l'espérance queM.de Lauzun serait reconni! pour son époux; elle se trompa : le roi lui permit seulement de donner à ce mari secret et infortuné les terres de Saint-Fargeau et de Thiers, avec d'autres revenus considérables que Lauzun ne trouva pas suffisants. Elle fut réduite à être secrètement sa femme, et à n'en ^ire pas bien traitée en public: malheureuse à la cour, malheureuse chez elle, ordinaire etl'et des passions, elle mourut en 1693 *.

Pour le comte de Lauzun, il passa en Angleterre en 1688* Toujours destiné aux aventures extraordinaires, il conduisit en France la reine épouse de Jacques il, et son fils au berceau ; il fut fait duc ; il commanda en Irlande avec peu de

1. On a imprimé à la fla de ses Mémoires une Histoire det amours de Mode' wnoitelle et de M. de Lautun. C'est l'ouvrage de qt.-;lque talet de cbaaibre. Ony 1 joint de* vers dignes de l'histoire et de toutes leb tii-:ptieg qu'on était en posset* non d'imprimer en Hollande.

On doit mettre au même ranç la plupart des contes qui se trouTent dans lai Mémoiret de vMdame de Matntenon, faitA par le nommé La Beaumelle ; il y ett dit qu'en 1 6 (t If un des ministres du due de Lorraine rint déguisé en mendiant m Itréseoter dans nne église à Mademoiselle, lui montra une paire d'heures sur !«•• quell^ 1 était écrit t « De la part du duc de Lorraine, • et qu'ensuite i\ aégoeia

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