‹ Le siècle de Louis XIV [microform]Chapitre 168 sur 285 · CHAPITRE XXVH · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVH

convinrent de Taire, chacune de leur côté, des mémoires d« tout ce qui se passait à la cour; l'ouvrago ne fut pas poussé fort loin. Madame de Monlespan se plaisilt A lire quelque chose de ses mémoires à ses amis, dans les dernières années de sa vie. La d(Wotion, qui se mOlait à toutes ses intriguet •ecrète», afterraissail encore la faveur do madame de Maintenon, e^. éloignait madame de Montespan. Le roi se reprochait son attat hement pour une femme mariée, et sentait •urtout ce scrupule depuis qu'il ne sentait plus d'amour. Cette situation embarrassante subsista jusqu'en 1085, année mémorable par la révocation de l'édit de Nantes. On voyait alors des scènes bien dill'érentes : d'un côté, le débespoir et la fuite d'une partie de la nation; de l'autre, de nouvelles fêtes î\ Versailles; Trianon et Marly bfltis; la nature forcée dans tous ces lieux de délices, et des jardins où l'art était épuisé. Le mariage du petit-fils du grand Condé avec mademoiselle de Nantes, fille du roi et de madame de Montespan, fut le dernier triomphe de celte maîtresse, qui commençait à se retirer de la cour.

Le roi maria depuis deux enfants qu'il avait eus d'elle: mademoiselle de Blois, av<îc le duc de Chartres, que nous avons vu depuis régent du royaume; et le duc du Maine, à Louise-Bénédicte de Bourbon, petite-fille du grand Condé, et iœur de M. le Duc, princesse célèbre par son esprit et par le goût des arts. Ceux qui ont seulement approché du Palais- Royal et de Sceaux savent combien sont faux tous les bruits populaires recueillis dans tant d'histoires concernant cet

mariages ^ (1G85.) Avant la célébratioa du mari&ge de M. le Duc avec

|« fMtt«ux duc d'Épernon, qui rencontra le cardinal de Richelieu lur le grand Cftcalier du Loutre, l'amKÎe 1624. Le cardinal lai demanda »'il n'y atait rien de ■ou veau. « Non, h'i dit le duc, sinon que tous uioutei et que je descsnda. » C» eonte e«t gité en ajoutant que d'un escalier on s'éleva jusqu'aux nues. II faut remaniuer que dans presque tous les livres d'anecdoteA, dans les ana, on attribua presque toujours à ceux qu'on fait parlrr des choses dites un siècle et même plalieurs siècles Auparavant. [Noie dé Voltaire.)

1 , H y a plus de vingt volumes dans lesquels vous verres que la maison d'Orléans et la niaisou de Condé s'indignèrent de ces propositions ; vous lires que U princesse, mère du duc de Chartres, ineuaça son hls; vous lires même qu'elle U frappa. Ut Àn9cdoUê 4* U conitiMùm xapportont sérMuMUMot 411a U rt<

mademoiselle de Nantes, le marquis de Seignelai, à cette occftsion, donna au roi une fête digne de ce monarque, dans les jardins de Sceaux, plantés par Le Nôtre avec autant de goût que ceux de Versailles On y exécuta l'idylle de la Paix, composée par Racine. Il y eut dans Versailles un nouveau carrousel ; et, après le mariage, le roi étala une magnificence singulière, dont le cardinal Mazarin avait donné la première '4ée, en 1056. On établit dans le salon de Marly quatre boutiques, remplies de ce que l'industrie des ouvriers do Parii avait produit de plus riche et de plus recherché. Ces quatre boutiques étaient autant de décorations superbes, qui représentaient les quatre saisons de l'année : madame de Montespan en tenait une a\ec Monseigneur; sa rivale, madime de Maintenon, en tenait une autre avec le duc du Maine; les deux nouveaux mariés avaient chacun la leur; M. le Duc avec madame de Thiange ; et madame la Duchesse, à qui ta bienséance ne permettait pas d'en tenir une avec un homme, à cAuse de sa grande jeunesse, était avec la duchesse de Chevreuse. Les dames et les hommes nommés du voyage tiraient au sort les bijoux dont les boutiques étaient garnies. Ainsi le roi fit des présents à toute k cour d'une manière dign« d'un ^ roi. La loterie du cardinal Mazarin fut moins ingénieuse et moins brillante : ces loteries avaient été mises en usage autrefois par des empereurs romams; mais aucun d'eux n'en releva la magnificence par tant de galanterie.

Après le marijtge de sa fille, madame de Montespan ne reparut plus à la cour; elle vécut à Paris avec beaucoup de dignité. Klle avait un grand revenu, mais viager; elle roi lui fit payt^r toujours une ponsion de mille louis d'or par moi». Elle allait prendre tous les ans les eaux à Bourbon, et y mariait des filles du voisinage, qu'elle dotait. l2:ile n'était plus dans l'Age où l'imagination, frappée par de vives impression», envoie aux Carmélites; elle mourut A Bourbon eii t707. Un an après lu mariage de mademoiselle de Nantes avec

a'étanl sern de l'abbé Dubois, sous-précepteur du duc de Chartres, pour fairt roussir la n«*gocialiou, cet abbé ueu viul à bout qu'avec peine, et qu'il demanda pour récompense le chaptau de cardinal. Tout ce qui regarda la cour est ainsi écrit dans beaucoup d'histoires. {NoU de Voltaire.)

M. le Duc, mourut à Fonlainebleau le prince de Condé, l'âge de soixante-six ans (11 décembre 16H6), d'une raalad qui empira dans l'elTort qu'il fît d'aller voir madame Duchesse , qui avait la petite vérole. On peut juger par ce empressement qui lui coûta la vie, s'il avait eu de la repu gnance au mariage de son pelit-fîls avec cette fille du roi et de madame de Montespan, comme l'ont écrit tous ces gaze tiers de mensonge dont la Hollande était alors infectée. On trouve encore dans une histoire du prince de Cond<^, sortie de ces mômes bureaux d'ignorance et d'imposture^ que le roi le plaisait en toute occasion à mortifier ce prince, et qu'au mariage de la priucesse de Conti, fille de madame de la Valliôre, le secrétaire d'État lui refusa le titre de haut et puissant seigneur, comme si ce titre était celui qu'on donne aux princes du sang. L'écrivain qui a composé l'histoire de Louis XIV dans Avignon, en partie sur ces malheureux mémoires, pouvait-il assez ignorer le monde et les usages de notre cour pour rapporter des faussetés pareilles?

Cependant, aprùs le mariage do madame la Duchesse, après l'éclipsé totale de la mt^'re, madame de Maintenon, victorieuse, prit un tel ascendant, et inspira à Louis XIV tant de tendresse et de scrupules, que le roi, par le conseil du P. La tlhaise, l'épousa secrèlement, au mois de janvier lt)86, dans une petite chapelle qui était au bout de l'appartement occupé depuis par le duc de Bourgogne. Il n'y eut aucun contrat, aucune stipulation. L'archevCque de Paris, llarlai de Chanvalon, leur donna la bc'nédiction ; le coniesseur y assista; Montchevreuil * et Bontems, premier valet de t liainbre *, y furent comme témoins. Il n'est plus permis de supprimer ce

I. It non pas le cbeY&Iier de Forbin, comme ie discut leg Mt'moires de Choistf, On ne prend pour confidents d'un tel secret que des domcstiqui-s affidés, et def Aommes attachés par leur service à la persomie du roi. U n'y eut point d'acte d« célébration : on n'en fait que pour constater un état ; et il ne s'agit ici que de e« qu'on appelle un mariage de conscience. Comment peut-on rapporter qu'après la mort de rarchevè<|ue de Paris, Haj-lai, eu 1695, près de dix ans après le mariage, « tes laquais trouvèrent dans de vieilles culottes l'acte de célébration. • Ce conte, oui n'est pas même fait pour des laquais, ne se trouve que dans les Mfmoirei de |Lm(er)cn. {Note de Voltaire.)

t. Ainsi que U femme dm chambre de madame de Maiutenon: dit m aLuatinail Manon.

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