‹ Le siècle de Louis XIV [microform]Chapitre 169 sur 285 · CHAPITRE XIVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIVII

fait rapporté dans tous les auteurs, qui d'ailleurs se sont trompés sur les noms, sur le lieu et uur les dates. Louis XIV était alors dans sa quarante-huitième année, et la personne qu'il épousait dans sa cinquante-deuxième. Ce prince , comblé de gloire, voulait m^ler aux fatigues du gouvernement les douceurs innocentes d'une vie privée; ce mariage ne l'engageait à rien d'indigne de son rang ; il fut toujours problématique à la cour : si madame de Maintenon était mariée, on respectait en elle le choix du roi, sans la traiter en

reine.

La destinée de cette dame paraît parmi nous fort étrange, quoique Vhisloire fournisse beaucoup d'exemples de fortunes plus grandes et plus marquées, qui ont eu des commencements plus petits. La marquise de Saint-Sébastien, que le roi de Sardaigne Victor-Amédée épousa, n'était pas au-dessus de madame de Maintenon ; l'impératrice de Russie, Catherine, était fort au-dessous; et la première femme de Jacques II, roi d'Angleterre, lui était bien inférieure, selon les préjugés de l'Europe, inconnus dans le reste du

monde.

Klle était d'une ancienne maison, petite-fille de Théodore- Agrippa d Aubigné, gentilhomme ordinaire de la chambre de Henri IV; son père. Constant d'Aubigné, ayant voulu faire im établissement à la CaroliLC, et s'étant adressé aux Anglais, fut mis en prison au chAleau Trompette, et en fut délivré par la fille du gouverneur, nommé Cardillac, gentilhomme bordelais. Constant d'Aubigné épousa sa bienfaitrice, en 1627, et la mena à la Caroline. De retour en France avec elle, au bout de quelques années, tous deux furent enfermés à Niort, en Poitou, par ordre de la cour. Ce fut dans cette prison de Niort que naquit, en 1635, Françoise d'Aubigné , destinée à éprouver toutes les rigueurs et toutes les faveurs de la fortune. Menée à l'âge de trois ans en Amérique, laissée par la négligence d'un domestique sur le ri>age, prête à y être iévorée d'un serpent , ramenée orpheline à l'âge de douze ans, élevée avec la plus grande dureté chez madame de Neuillant, mère de la duchesse de Navailles, sa parente, elle fut trop heureuse d'épouser, en 1651 , Paul Scarron, oui k>-

SIÈGLB DB LOUIS XIY.

geait auprès d'elle dans la rue d'Fnfer *. Scarroa était d'unA ancienne famille du parlement, illustrc^e par de grandes alliance» ; mais le burlesque dont il faisait profession l'avilissait en le faisant aimer. Ce fut pourtant une fortune poui mademoiselle d'Aubigné d'épouser cet homme disgracié de la nature, impotent, et qui n'avait qu'un bien très-médiocre i elle fit, avant ce mariage, abjuration de la religion calviniste, qui était la sienne comme celle de ses ancêtres. Sa beauté et son esprit la firent bientôt distinguer; elle fut recherchée ivec empressement de la meilleure compagnie de Paris; et ce temps de sa jeunesse fut sans doute le plus heureux de sa vie *. Après la mort de son mari, arrivée en IHfiO, elle fit longtemps solliciter auprès du roi une petite pension de quinze cents livres, dont Scarron avait joui. Enfin, au bout de quelques années, le roi lui en donna une de deux mille, en lui disant : « Madame, je vous ai fait attendre longtemps; « mais vous avez tant d'amis , que J'ai voulu avoir seul ce « mérite auprès de vous. »

Ce fait m'a été conté par le cardinal de Fleuri, qui se plaisait à le rapporter souvent, parce qu'il dirait que Louis XIV lui avait fait le môme compliment en lui donnant l'é\èché de Fréjus.

Cependant il est prouvé par les lettres mOmes de madame de Maintenon qu'elle dut à madame de Montespan ce léger secours qui la tira de la misère. On se ressouvint d'elle quelques années après, lorsqu'il fallut élever en secret le duc

!. Son mariage btcc Scarron était, disait-elle, « ane union oo le cœor eatrail poar peu de chose, et le corps en vérité pour rien. ■

s. U eit dit dans les prétcudus ilémoires de JHaintenon, tome I*', page Si 6, • qu'elle n'eut longtemps qu'un seul lit atec la célèbre Ninon Lenclos, sur lec ■ oui-dire de l'abbé de Cbiteauueuf et de l'auteur du Siècle de Louis XIV. • Mais il ne se troure pas un mot de cette anecdote chez l'auteur du Siècle de Louis XI Vf m dans tout ce qui nous reste de M. l'abbé de Cb&teauneuf. L'auteur 4<i Mémoires de Maintenon ne cite jamais qu'au hasard; ce (ait n'est rapporté fue dans les Mémoires du marquis de La Fare, page 1 90, édition de Rotterdana. C'était encore la mode de partager son lit avec ses anus, et cette mode qui ne subsiste pics était très-aucieuuc, même à la cour. Ou toit dau» l'hibtuire de France fue Charles IX, pour sauver le comte de La Rochcfouoauld des massacres de la Saint-Barthélemi, lui proposa de coucher au Louvre dans son lit, et que le due de Guise et le prisée de Condé ataient longtemps coiché ensemble. {Note âê V9itatta.)

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