CHAPITRE XXVIl
plus précieux qu'on ne pense : elles découvrent ce mélanf* de religion et de galanterie, de dignité et de faiblesse, qui ise trouve si souvent dans le cœur humain, et qui était dam celui de Louis XIV. Celui de madame de Maintenon parait n la fois plein d'une ambition et d'une dévotion qui ne sa eombattent jamais. Son confesseur, Gobelin, approuve également l'une et l'autre ; il est directeur et courtisan : sa pénitente, devenue ingrate envers madame de Montespan, se dissimule toujours son tort : le confesseur nourrit cette illusion; elle fait venir de bonne foi la religion au secours de ses charmes usés, pour supplanter sa bienfaitrice devenue sa rivale.
Ce commerce étrange de tendresse et de scrupule de li part du roi, d'ambition et de dévotion de la part de la nouvelle maîtresse, paraît durer depuis 1681 jusqu'à 1686, qui fut l'époque de leur moriage.
Son élévation ne fut pour elle qu'une retraite : renfermée dans son appartement, qui était de plain-pied à celui du roi, elle se bornait à une société de deux ou trois dames retirées comme elle; encore les voyait-elle rarement, le roi venait tous les jours chez elle après son dîner, avant et après le Bouper, et y demeurait jusqu'à minuit : il y travaillait avec «es ministres, pendant que madame de Maintenon s'occupait ila lecture, ou à quelque ouvrage des mains, ne s'empressant jamais de parler d'affaires d'État, paraissant souvent loi ignorer, rejetant bien loin tout ce qui avait la plus légère apparence d'intrigue et de cabale; beaucoup plus occupée de complaire à celui qui gouvernait que de gouverner, et ménageant son crédit, en ne l'employant qu'avec une circonspection extrême Elle ne profita point de sa place pour faire tomber toutes les dignités et tous les grands emplois dans la famille. Son frère, le comte d'Aubigné, ancien lieutenant général, ne fut pas même maréchal de France; un cordon bl?u et quelques parts secrètes * dans les fermes généralei
I. Voyez lei lettres à son frère : ■ Je touh conjure de rivre rommodément, ot < de manger les dix-buit mille francs de l'atTaire que nous ai >i« failo. Nous «a fl feioct d'auties. • {NoU dt VoUair§ )
furent sa seule fortune : aussi disait-il au mnréchal de Vivonne, frère de madame de Montespan, « qu'il avait eu son bâton « de maréchal en argent comptant. »
Le marquis de Villelte , son neveu , ou son cousin , ne fut que chef d'escadre; madame de Caylus, fille de ce marquis de Villettc, n'eut en mariage qu'une pension modique donnée par Louis XIV. Madame de Maintenon, en mariant sa nièce d'Aubigné au fils du premier maréchal de Noailles ', ne lui donna que deux cent raille francs : le roi fit le reste. Elle n'avait elle-même que la terre de Maintenon, qu'elle avait achetée des bienfaits du roi : elle voulut que le public lui pardonnât son élévation en faveur de r>on désintéressement, La seconde femme du marquis de Vilîette, depuis madame de Bolingbroke, ne put jamais rien obtenir d'elle; je lui ai souvent entendu dire qu'elle avait reproché à sa cousine le peu qu'elle taisait pour sa famille, et qu'elle lui avait dit en colère : «< Vous voulez jouir de votre modération, et que « votre famille en soit la victime. » Madame de Maintenon oubliait tout quand elle craignait de choquer les sentiments de Louis XIV ; elle n'osa pas môme soutenir le cardinal de Noailles contre le P. Le Tellier. Llle avait beaucoup d'amitié pour Racine; mais cette amitié ne fut pas assez courageuse pour le protéger contre un léger ressentiment du roi. Un Jour, touchée de l'éloquence avec laquelle il lui avait parlé de la misère du peuple, en 1('>98, misère toujours exagérée, mais qui fut portée réellement depuis jusqu'à une extrémité déplorable, elle engagea son ami à faire un mémoire qui montrât le mal et le remède. Le roi le lut; et en ayant témoigné du chagrin, elle eut la faiblesse d'en nommer l'auteur, et celle de ne le pas défendre. Racine, plus faible encore, fut pénétré d'une douleur qui le mit depuis au toa>beau ••
1. Le compilateur des Mtmoire$ de madame de Maintenon dit, tome IV, page tOO : • Rousseau, Tipère acharnée contre ses bienfaiteurs , fit des couplets • saanques contre le maréchal de Nuaiiies. • CcU n'est pas vrai; il ne faut ealumnier personne. Rousseau, très-jeune alors, ne connaissait pas le premier maréchal de Noailles. Les chansons satiriques dont II parle étaient d'un gentilhomme nuuimé de Cabanac, qui les avouait hautement. {Noie de Voltaire.)
t. Ce fait a été rapporté p^r le fils de riliu&lie Racine, dans la Vie de toa
Du même fonds de cararlère dont ello ^tait incapable <9« rendre service, elle Tétait aussi de nuire. L'ahbé de (.hoir! rapporte que le ministre Louvois s'ôiaii jeté aux pieds de Louis XIV pour l'empêcher d'épouser la veuve Scarron. SI Tabbé de Choisi savait ce fait, mndnmc de Maintenon en élail Instruite, et non-seulement elle pardonna à ce ministre, mais elle apaisa le roi dans les mouvements de colère que l'humeur brusque du marquis de Louvois inspirait quelquefois à son mattre^
Louis XIV, en épousant madame de Maintenon, ne se donna donc qu'une compagne agréable et soumise. La seule distinction publique qui faisait sentir son élévation secrète, c'est qu'à la messe elle occupait une de ces petites tribunes ou lanternes dorées qiv ne semblaient faites que pour le roi et la reine : d'ailleurs nul extérieur de grandeur. La dévotion
père. {Note de Voltaire.) — Le passage de Voltaire relatif à Rarine demanda quelque» expli'^atiois. I.ouis XIV ne m montra point biuleinent clugrioé, mais irrité du mémoire de Haciue. t Parce qu'il fait Darfailciiient des vers, dit-il, croit-il
• tout savoir, et parce qu'il e«t ptùite, reut-iî être uunislre? • Madame de Maintenon fit prévenir le puéte de ne pins la venir voir ians être appelé. Ce fut pour lui une nouvelle foudroyante. IJ fut pris de la fièvre et ne tarda point à ressentir le« premières atteintes d'une maladie de foie. Ma.ta.ue de Slaiufenon, qui le vit furtivement à Versailles, essaya vainement de le cousoler. i Que craignez-vou»? lui
t dit-elle; c'est moi qui suis cause de votre malheur. Il est de mon intérêt et de t mon honneur de réparer ce que j'ai fait. Votre fortune devieut la mienne. Laissci
• passer ce nuage, je ramènerai le beau temps. — Non, non, madame, répondit « Raoïue, vous ne le rainènerez jan.uis peur moi. . Une rirconstance nouvelle vint jouter bientôt à ses chagrins. Les charges des secrétaires du nù ayant été la.xée»,
. il te trouva fort embarrassé pwir acquitter la taie, et fit remettre à Louis XIV, par de» amis puissants, un placct, afin d'c;» obtenir l'exemption. . Cela ne se peut
• accorder, > dit le monarque eu rece^raut le placel; et il ajouta : • S'il se
• trouve dans la suite quelque occasion de déacramairer Rarine, j'en serai fort « aue. • Ce refus, dont quelques paroles bienveillantes devaient cependant adoucir 1 amertume, en attristant profondément le poète, aggrava sa maladie; ca B'élait pas, du reste, comme on l'a tant de ^oi« répété, l'amour-piopre du courtisan et l'humiliation de la disgrâce, qui provoquaient cette mortelle tristesse; mai» le regret d'avoir oiïensé un bienfaiteur, et la crainte d'avoir eu même temp» perd» \ appui le plus puissaul et le plus sûr de sa jeune famille.
I. Qui croirait que dans les Mémoires de madame de }faintin.'*i , lome III, page Î73, U est dit que ce ministre craignait que le roi ne l'empoisonnât T II e«> l|ten étrange que l'on débite à Pari* des horreur» si insensée», à la suite de tan» a« conte» ridicules.
Cette sottise atroce est .'ondée s.ir un bruit populaire qui courut à la mort du marquis de Louvois. Ce minisire prenait des eaui (de Balaruc) que Séron sou ■édeoa Uû avait ordonnée», et ^u« U Ligeije, .ou chirurgien, lui faisait boira.