‹ Le siècle de Louis XIV [microform]Chapitre 172 sur 285 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

qu'elle avait inspirée au roi, et qui avait servi à son mariage, devint peu à peu un sentiment vrai et profond que l'âge et l'ennui fortifièrent. Elle s'était déjà donné à la cour et auprès du roi la considération d'une fondatrice, en rassemblant à iNoisi plusieurs tilles de qualité; et le roi avait affecté dt^jà les revenus de l'abbaye de Saint-Denis à cette communauté naissante. Saint-Cyr fut bAti au bout du parc de Versailles, en 1686. Elle donna alors îv cci éiabhssemenl toute sa furme, en fit les règlements avec Godet-Deomarets, évOque de Chartres, et fut elle-même supérieure de ce couvent : elle y allait souvent passer quelques heures; et quand je dis quel'ennuf la déterminait à ces occupations, je no parle que d'après elle. Qu'on lise ce qu'elle écrit à madame de La Maisonfort, dont il est parlé dans le chapitre du quiétisme : m Que ne puis-je vous donner mon expérience! que ne

C/es< ce même La Ligerie qui a donné au public le remède qu'on nomme aigoard'hui la foxidrc des Chartreux. Ce La Ligerie m'a souvent dit qu'il avait averti H. de Louvois qu'il risquait sa vie s'il travaillait en prenant des eaux. Le ministre continua son travail, il mourut pre«que subitement, le 16 juillet 169i, et non pat en 1692, comme le dit l'auteur des faux Mémoires. La Ligerie l'ouvrit, et im trouva d'autre cause de sa mort que celle qu'il avait prédite. On s'avisa de soupçonner le médecin Séron d'avoir empoisonné une bouteille de ces eaux. Nous avoni vu combien ces funestes soupçons étaient alors communs. On prétendit qu'na prince voisin (Victor-Araédée, duc de Savoie), que Louvois avait extrêmement irrité et maltraité, avait gagné le médecin Séron. On trouve un« partie de ces anecdote» dans les Mémoire» du marrinis de La Fare, chap. z. La famille même de Louvoia fit mettre en prison un Savoyard qui frottait dans la maison; mais ce pauvre homme trè»-innocent fut bientôt relâché. Or, si l'on soupçonna, quoique très-mai i propos, un prince ennemi de la France d'avoir voulu attenter à la rie d'un ministre de Louis XIV, ce n'était pas certainement nue raison pour en soupçonner Louis XIV lui-même.

Le même auteur qui dans Ir» Mémoires de Maintenon a rassemblé tant de faua« leté», prétend au même endroit que le rui dit : ■ qu'il avait été défait la même « année de trois hommes qu'il no pouvait souffrir, le maréchal de La Feuillade, « le marquis de Seignclai, et le marquis de Louvois. • Premièrement, M. de Seignolai ne mourut ptunt la même année 1691, mais en 1690. En second lieu, à <^aî Louis XIV, qui s'exprimait toujours avec circonspection et en honnête homme, a-t-il dit des paroles si imprudentes et si odieuses? A qui a-t-il développé unt âme si ingrate et »i dure? A qui a-t-il pu dire qu'l! était bien ai»e d'être défait d« trois hommes qui l'avaient servi avM le plus grand xèle? S»t-il permis de caloaa- Aier auiM, «ans la plus légère preuve, sans la moindre vraisemblance, la mémoire d'un r>i eunnu pour avoir toujours parlé sagement? Tout lecteur »en»é ne veti qu'avec mdignatiun ce» recueils d'impostures dont le public est surchargé; et l'auteur des Mt^motres de Main'enon mériterait d'être châtié, ai le mépri adonl I •buae ue le sauvait de U punitiua. (Note de VoUaire,)

■un) finm^imq^iifW'^

« puÎ8-]e VOUS faire voir l'ennui qui dévore ïe» grands, et h « peine qu'ils ont à remplir leurs journées 1 Ne voyez voui « pas que je meurs de tristesse dans une fortune qu'on aurait « peine à imaginer? J'ai été jeune et jolie; j'ai goûté lesplai- • «ips; j*ai été aimée partout : dans un Age plus avancé, j'ai « passé des années dans le commerce de l'esprit; je sui» fl venue à la faveur; et je vous proteste, ma chère fille, qat « tous les états laissent un vide affreux ^ »

Si quelque chose pouvait détromper de l'ambition, ce serait assurément cette lettre. Madame de Maintenon, qui pourtant n'avait d'autre chagrin que l'uniformité de sa vie auprès d'un grand roi, disait un jour au comte d'Aubigné, son frère : « Je « n'y puis plus tenir; je voudrais être morte. » On sait quelle réponse il lui fit : « Vous avez donc parole d'épouser Dieu le c père? »

A la mort du roi, elle se retira entièrement à Saint-Cyr. Ce qui peut surprendre, c'est que le roi ne lui avait presque rien assuré; il la recommanda seulement au duc d'Orléans. Elle se voulut qu'une pension de quatre-vingt mille livres, qui lui fut exactement paNée jusqu'à sa mort, arrivée en 1749, le 15 avril. On a trop affecté d'oublier dans son épitaphe le nom de Scarron : ce nom n'est point avilissant; et l'omission n^ lert qu'à faire penser qu'il peut l'être.

La cour fut moins vive et plus sérieuse depuis que le roi commença à mener avec madame de Maintenon une vie plus retirée; et la maladie considérable qu'il eut, en 1686, contribua encore à lui ôter le goût de ces fêtes galantes qui avaient lusque-là signalé presque toutes ses années : il fut attaqué d*une fistule dans le dernier des intestins. L'art d€ la chirurgie, qui fit sous ce règne plus de progrès en France que dans tout le reste de l'Europe, n'était pas encore familiarisé avec cette maladie; le cardinal de Richelieu en était mor!, faute d'avoir été bien traité. Le danger du roi émut toute U France; les églises furent remplies d'un peuple innombrabl* qui demandait la guérison de son roi, les larmes aux yeux, >e mouvement d'un attendrissement général fut presque sem*

f. Cette l«tir« e%t authentique, et l'aateur l'avait déjà vue eo maiiu&ciit avaia |M W fila du grand RaciAe l'eût fait im^ rimer. {Note de Voltaire.)

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