‹ Le siècle de Louis XIV [microform]Chapitre 174 sur 285 · CHAPITRE IXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE IXVII

alors 11 n'y avait plus de courlisans qui reconnussent avec flatterie Estherdans madame de Maintenon, et avec malignité Vasthi dans madame de Montespan, Aman dans M. de Louvois, et surtout les huguenots persécutés par ce ministre dans la proscription des Hébreux. Lo public impartial ne vit qu'une aventure sans inlérCt et sans vraisemblance : un roi insensé^ qui a passé six mois avec sa femme, sans savoir, sans s'informer même qui elle est ; un ministre assez ridiculement barbare pour den: inder au roi qu'il extermine toute une nation, vieillards, femmes, enfants, parce qu'on ne lui a pas fait la révérence ; ce mOme ministre assez bêle pour signifier l'ordre de tuer tous les Juifs dans onze mois, afin de leur donner apparemment le temps de s'échapper ou de se défendre; un roi imbécile, qui sans prétexte signe cet ordre ridicule, et qui sans prétexte fait pendre subitement son favori. Tout cela, sans mtrigue, sans action, sans intérêt, déplut beaucoup à quiconque avait du sens et du goût ; mais, malgré Te vice du sujet, trente vers d'Esther valent mieux que beaucoup de tragédies qui ont eu de plus grands succès.

Ces amusements ingénieux recommencèrent pour l'éducation d'Adélaïde de Savoie, duchesse de Bourgogne, amenée en France à l'âge de onze ans.

C'est une des contradictions de noh. mœurs que, d'un côté, on ait laissé un reste d'infamie attaché aux spectacles publics, et que, de l'autre, on ait regardé ces représentations comme l'exercice le plus noble et le plus digne des personnes royales. On éleva un petit théâtre dans l'opparlement de madame de Maintenon : la duchesse de Bourgogne, le duc d'Orléans, y Jouaient avec lei personnes de la cour qui avaient le plus de talents; lo fameux acteur Baron leur donnait des leçons, et Jouait avec eux. La plupart des tragédies de Duché, valet de chambre du roi, furent composées pour ce théâtre; et l'abbé Genêt, aumônier de la duchesse d'Orléans, en faisait pour la duchesse du Maine, que celte princesse et sa cour représentaient.

Ces occupations formaient l'esprit, et au maient la société >.

i» C«auB«nt î« narquu dt La Fare peut-il dire dana §•• Memoéru «im • dapiiii

Aucun de ceux qui ont trop censuré Louis XIV ne peut disconvenir qu'il ne fût, jusqu'à la journée d'Hochstel, le seul puissant, le seul magnifique, le seul grand presque en tout genre : car, quoiqu'il y eût des héros, comme Jean Sobieski, et des rois de Suède, qui effaçassent en lui le guerrier, personne n'etl'ftça le monarque. Il faut avouer encore qu'il soutint ses malheurs, et qu'il les répara. Il a eu des défauts, il a fait de grandes fautes ; mais ceux qui le condamnent l'auraient-ils égalé s'ils avaient été à sa place ?

La duchesse de Bou.rgogne croissait en grclces et en mérite. Les éloges qu'on donnait à sa sœur en Espagne lui inspirèrent une émulation qui redoubla en elle le talent de plaire. Ce n'était pas une beauté parfaite; mais elle avait le regard tel que son tils, un grand air, une taille noble. Ces avantages étaient embellis par son esprit, et plus encore par l'envie extrême de mériter les sutTrages de tout le monde. Elle était, comme lleurieite d'Angleterre, l'idole et le modèle de la cour, avec un plus haut rang; elle touchait au trône. La France attendait du duc dt Bourgogne un gouvernement tel que les sages de l'antiquité «.n imaginèrent, mais dont l'austérité serait tempérée par les races de cette princesse, plus faites encore pi>ur être senties q e la philosophie de son époux. Le monde sait comme toutes ce. espérance!^ furent trompées. Ce fut le sort de Louis XIV de voi^^ périr en France toute sa famille par des morts prématurées . sa femme à quarante-cinq ans, son fils unique à cinquante • ; et un an après que nous eûmes p»Tilu son tils, nous vîmes son netit-tils, le dauphin duc de Bourgogne; la dauphiite sa femii^e, leur Hls aîné, le

a la mort de Madame, ce oe fut qut'jeu, confusiun et iiu(>olites:(e ? • On jouaK beaucoup daus \ct, vo>a|^e»de Harly et de Fontainebleau, nuais jamais chez madame ûf Alaiuttiii(>u ; et la cour fut eu tuut teuips le modelé de la plus parfaite politesse. La duchr^te d'Orlt^aus, aiurs duches^ie de Chartres, la princcKte de Cooti, madaïua la Duchesse, démeutaieot biou ce que le marquis de La Fare avance, ('et homme, qui dans le conrmerce était de la plus p-audc iudul|;>>urf , n'a presque écrit qu'une satire. Il était iiit'i-niitent du t;ou\eru*'meut : il pasttait m vie dans» une suciétâ qui •e faisait uu ménie de condamuei \é conr; et celte suciét.i fit d'un homme trta. ' aimable uu bititoncu quelquefuis injuste. {Note de VoiUitre.)

l. L'autfur de^ ilémoirrs df madame de Mainteiion, tome IV, dans ud cht» pitre intitule : Madr'niotseile l'Uoutn, dit que • Mousei^aeur fut aniuureui d'une « de ses propres ateurs, et qu'il épousa ensuite mademoitelle Chouia. • Ceac^nie*

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duc de Bretagne, portés à Saint-Denis au même tombeau, au mois d'avril 1712; tandis que le dernier de leurs eafams, monté depuis sur le trône, était dans son berceau aux poriea de la mort. Le duc de Berri, frère du duc de Bourgogne, les suivit deux ans après; et sa fille, dans le même temps, passa du berceau au cercueil.

Ce temps de désolation laissa dans les cœurs une impres- •ion si profonde, que, dans la minorité de Louis XV. J'ai vu plusieurs personnes qui ne parlaient de ces pertes qu'en versant des larmes. Le plus à plaindre de tous les hommes, au milieu de tant de morts précipitées, était celui qui semblait devoir hériter bientôt du royaume.

Ces mêmes soupçons qu'on avait eus A la mort de Madame et à celle de Marie-Louise, reine d'Kspagne, ae réveillèrent avec une fureur singulière. L'excès de la douleur publique aurait presque excusé la calomnie, si elle avait été excusable. Il y avait du délire à penser qu'on eût pu faire périr par un crime tant de personnes royales, en laissant vivre le seul qui pouvait les venger. La maladie qui emporla le dauphin duc de Bourgogne, sa femme et son fils, éta\ une rougeole pourprée épidémique : ce mal fit périr !. Paris, en moins d'un mois, plus de cinq cents persona>.s. M. le duc de Bourbon, petit-fils du prince de Condé,led;:4C de Laïrimouille, madame de La Vrillère, madame de L*stenai, en furent attaqués à la cour; le marquis de Gondrin, fils du duc d'Antin, en mourut en deux jours; sa femme, depuis comtesse de Toulouse, fut à l'agonie. Cette makdie parcourut toute la France , elle fit périr en Lorraine les aînés de ce duc de Lorraine, François,

populaires •o»t reconnut pour (aux par tous les honnêtes gens. Il faudrait étn •on-teulement contemporain, mais être muni de preuves, pour avancer de teUei anecdotes.il n'y a jamais eu le moindre indice que Mou^eifrucurait ép«>usé madetiioW •elle Chouin. Renouveler ainsi, au bout de soixante ans, tics bruits de ville si vagues, ri peu vraisemblables, si décriés, ce n'est point écnre l'histoire, c'est compiler au kasard des scandales pour gagner de l'argent. Sur quel foiideuient cet écnvaia t-l-il le front d'avancer, page 244, que madame la ducLesse de Bourgugue dit on ^ince son épom : « Si j'étais morte, aunex-vous fait le troisième tome de v.»r« • famille? • Il f:tit parler Louis XIV, tous les princes, tous les ministres, coinm» ^il les avait écoutés. On trouve peu de pages dans ces Mémoires qui ne soient ré» ^ies de ces meusonges hardis qui soulèvent tous les honnêtes gens. {Noie d« féi^

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