CHAPITRE XIVIIL
« C'e»t parce que Votre Majesté le» a condamnés qu'elle ne a le» voit plus, » répond le duc.
Nous avons aussi rapporté ailleurs que le m(^me homme, ayant remarqué qu'un bois assez grand, au bout du canal de Fontainebleau, déplaisait au roi, prit le moment d'une promenade, et, tout étant préparé, il se fit donner un ordre de couper ce bois, et on le vit dans l'instant abattu tout entier. Ce» traits sont d'un courtisan ingénieux, et non pas d'un flatteur.
On a accusé Louis XIV d'un orgueil insupportable, parce que la base de sa statue, à la place des Victoires, est entciurée d'esclaves enchaîn^'s. Mais ce n'estpoint lui qui fitérigercette statue, ni celle qu'on voit à la place Vendôme *. Celle de la place des Victoires est le monument de la grandeur d'Ame et de la reconnaissance du premier maréchal de La Feuillade pour son souverain ; il y dépensa cinq cent mille livres , qui font près d'un million aujourd'hui, et la ville en ajouta autant pour rendre la place régulière. Il parait qu'on a eu également tort d'imputer à Louis XIV le faste de cette statue, et de ne voir que de la vanité et de la flatterie dans la magnanimité du maréchal.
On ne parlait que de ces quatre esclaves ; mais ils figurent des vices domptés, aussi bien que des nations vaincues ; le duel aboli, l'hérésie détruite. Les inscriptions le témoignent assez; elles célèbrent aussi la jonction des mers, la paix de Nimègue; elles parlent de bienfaits plus que d'exploits guerriers. D'ailleurs, c'est un ancien usage des sculpteurs de mettre des esclaves au pied des statues des rois. Il vaudrait mieux y reprc^senter des citoyens libres et heureux ; mais enfin on voit des esclaves aux pieds du clément Henri IV et de Louis XIII, à Paris; on en voit à Livourne sou» la statue de Ferdinand de Modicis, qui n'enchaîna assurément aucune nation ; on en voit à Berlin sous la statue d'un électeur qui repoussa le» Suédois *, mais qui ne fit point de conquêtes.