CHAPITRE UVIII
veut le corriger saus trop le mortifier; dans cette vue il s'adresse à son oncle, l'archevêque de Reims; il le prie d'aver« tir son neveu. C'est un malîre instruit de tout, c'est un pèro qui parle.
m Je sais, dit-il, ce que je dois à la mémoire de M. de Loiv f vois * ; mais si votre neveu ne change de conduite, je serai « forcé de prendre un parti. J'en serai fâché, mais il en fau- V dra prendre un. Il a des talents, mais il n'en fait pas un « bon usage. Il donne trop souvent à souper aux princes au « lieu de travailler; il néglige les affaires pour ses plaisirs; f il fait attendre trop longtemps les officiers dans son anti» « chambre : il leur parle avec hauteur et quelquefois avec « dureté. »
VoiU ce que ma mémoire me fournit de cette lettre, que J'ai vue autrefois en original : elle fait bien voir que Louis XIV n'était pas gouverné par ses ministres, comme on l'a cru, et qu'il savait gouverner ses ministres.
11 aimait les louanges, et il est à souhaiter qu'un roi les aime, parce qu'alors il s'ciTorce de les mériter : mais Louis XIV ne les recevait pas toujours, quand elles étaient trop fortes. Lorsque notre académie, qui lui rendait toujours compte des sujets qu'elle proposait pour ses prix, lui fit voir celui-ci : « Quelle est, de toutes les vertus du roi, celle qui mérite la « préférence?» le roi rougit, et ne voulut pas qu'un tel sujet fût traité. Il souffrit les prologues de Quinault, mais c'était dans les beaux ^ours de sa gloire , dans le temps où l'ivresse de la nation excusait la sienne. Virgile et Horace par reconnaissance, et Ovide par une indigne faiblesse, prodiguèrent à Auguste des éloges plus forts, et, si on songe aux proscriptions, bien moins mérités.
Si Corneille avait dit, dans la chambre du cardinal de Hi-
I. Cm mots démentent bien l'infâme calomnie de La Beaumelle, qui OM dire ^a « le msrqiiis de T.ouTois avait craint que Louis XIV ne l'empoisonntt. >
Au reste, cetto lettre doit être encore parmi Us manuscrits laissés par M. le jarde des sceaiu Chanvelin {Kote dé Vollaire.) — Ce n'était pas une lettre, nia\» an mémoire. Il n'est pas dans le» sii Toluincs des Œuvres de Louis XIV^ pybliées v'\ 180«. A. A. Barbier l'ayant trouvé manuscrit dans la hibbothàque Ou ebitean le Kleury, l'a fait imprimer dans la Hevue encyclopédique, au moi» de ««vembra 1125. [Bcuchot.)
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chelieu, à quelqu'un des courtisans : « Dites à M. le cardinal « que je me connais mieux en vers que lui, » jamais ce ministre ne lui eût pardonné; c'est pourtant ce que Despréaux dit tout haut au roi, dans une dispute qui s'éleva sur quelques vers que le roi trouvait bons, et que Despréaux condamnait. « Il a raison, dit le roi, il s'y connaît mieux qu
« moi. »
Le duc de Vendôme avait auprès de lui Villiers, un de ce homme» de plaisirs qui se font un mérite d'une liberté cynique; il le logeait à Versailles dans son app^irtement : on l'appelait communément Villiers-Vendôme. Cet homme condamnait hautement tous les goût» de Louis XIV, en musique, en peinture , en architecture, en jardins. Le roi plnntait-il un bosquet, meublait-il un appartement, construisait-il une fontaine, Villiers trouvait tout mal entendu, et s'exprimait en termes peu mesurés : « Il est étrange, disait le roi, que Vil- « liers ait choisi ma maison pour venir s'y moquer de tout « ce que je fais. » L'ayant rencontré un jour dans les jardins: « Hé bien I lui dit-il en lui montrant un de ses nouveaux ou- « vrages, cela n'a donc pas le bonheur de vous plaire ? — « Non, répondit Villiers. — Cependant, reprit le roi, il y • « bien des gens qui n'en sont pas si mécontent». — Cela peut « être, repartit Villiers, chacun a son avis. » Le roi en riant répondit : « On ne peut pas plaire à tout le monde. »
Un jour Louis XiV jouait au trictrac, il y eut un coup douteux : on disputait ; les courtisans demeuraient dans le silence. Le comte de Grammont arrive. « Jugez-nous, lui dit le yq\^ « — Sire, c'est vous qui avez tort, dit le comte. —Et com- « ment pouvez-vous me donner le tort avant de savoir ce dont « il s'agit? — Ehî sire, ne voyez-vous pas que, pour peu que € la chose eût été seulement douteuse, tous ces messieur» « vous auraient donné gain de cause? »
Le duc d'Antin se distingua dans ce siècle par un art singulier, non pas de dire des choses flatteuses, mais d'en faire. Le roi va coucher à Petit-Bourg; il y critique une grande allée d'arbres qui cachait la vue de la rivière . le duc d'Antin la fait abattre pendant la nuit. Le roi, à son réveil, e»t étonné de ïB plus voir ces arbres qu'il avait condamné».