CHAPITRE XilX
n donna trente tranc» par tonneau d'exportation, et quarante d'importation. Tous ceux qui tirent construire des vai«r seaux dans les ports du royaume reçurent cinq livre» pou* chaque tonneau que leur navire pouvait contenir.
On ne peut encore trop s'étonner que l'abbé de Choisi ai» oensuré ces établissements dans ses mémoires, qu'il faut lire avec défiance. Nous sentons aujourd'hui tout ce que le ministre Colbert fit pour le bien du royaume ; mais alors on ne le sentait pas; il travaillait pour des ingrats. On lui sut à Paris beaucoup plus mauvais gré de la suppression de quelques rentes sur J 'hôtel de ville, acquises à vil prix depuis 1656, et du décri où tombèrent les bilh'ts de l'épargne, prodigués sous le précédent ministère, qu'on ne fut sensible au bien général qu'il faisait. Il y avait plu» de bourgeois que de citoyens. Peu de personnes portaient leurs vues sur l'avantage public. On sait combien l'intérêt particulier fascine les veux, et rétrécit l'esprit; je ne dis pas seulement l'intérêt d'un commerçant, mais d'une compagnie, mais d'une ville. Lapé» 'lonse grossière d'un marchand, nommé Hazon, qui, consulté par ce ministre, lui dit : « Vous avez trouvé la voiture ren- « versée d'un côté, ei vous l'avez renversée de l'autre, » était encore citée avec complaisance dans ma jeunesse; et cette anecdote se retrouve dans Moréii. U a fallu que l'esprit philosophique, introduit fort tard en France, ait réforme les préjugés du peuple pour qu'on rendît enfin une justice entière à Id mémoire de ce grand homme. Il avait la même exactitude que le duc de Sulli, et des vues beaucoup plus étendues. L'un ne savait que ménager ; l'autre savait faire de grandi établissements. Sulli, depuis la paix de Vervins, n'eut d'autre embarras que celui de maintenir une économie exacte et sévère; et il fallut que Colbert trouvât des ressource! prompte» et immenses pour la guerre de 1067, et pour celle de 1672. Henri IV secondait l'économie de Sulli; les magnificences de Louis XIV contrarièrent toujours le système de
Colbert
Cependant presque tout fut réparé ou créé de son temps, La réduction de l'intérêt au denier vingt, des emprunts du loi «t des partie uliew, fat la preuve ienbible, eu 1665, d'un*
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abondante circulation. Il voulait enrichir la France et h peupler. Les mariages dans les campagnes furent encouragéi par une exemption de tailles pendant cinq annt'îea pour ceirx qui s'établiraient à l'âge de vingt ans; et tout pèro de famille qui avait dix enfants était exempt pour toute sa vie, parce qu'il donnait plus à l'État par le travail de ses enfants qu'il n'eût pu donner en payant la taille. Ce règlement aurait dû demeurer à jamais sans atteinte.
Depuis l'an 1063 jusqu'en 1672, chaque année de ce mini», tère fut marquée par l'établissement de quelque manufacture. Les draps fins, qu'on tirait auparavant d'Angleterre, de Hollande, furent fabriqués dans Abbeville. I.e roi avançait au manufacturier deux mille livres par chaque métier battant, outre des gratifications considérables. On compla, dans l'année 1669, quarante-deux mille deux cents métiers en laine dans le royaume. Les manufactures de soie perfectionnées produisirent un commerce de plus de cinquante millions de ce temps-là; et non-seulement l'avantage qu'on en tirait était beaucoup au-dessus de l'achat des soies nécessaires, mais la culture des mûriers mit les fabricants en état de se passer des soies étrangères pour la trame des étoffes.
On commença, dès 1666, à faire d'aussi belles glaces qu'à Venise, qui en avait toujours fourni toute l'Europe; et bientôt on en fit dont la grandeur et la beauté n'ont jamais pu élre imitées ailleurs. Les tapis de Turquie et de Perse furent surpassés à la Savonnerie. Les tapisseries de Flandre cédèrent à celles des Gobelins. Le vaste enclos des Gobelins était rempli alors de plus de huit cents ouvriers; il y en avait trois cents qu'on y logeait. Les meilleurs peintres dirigeaient l'ouvrage, ou sur leurs propres dessins ou sur ceux des anciens maîtrei d'Italie. C'est dans cette enceinte des Gobelins qu'on fabriquait encore des ouvrages de rapport, espèce de mosaïque admirable, et l'art de la marqueterie fut poussé à sa perfection.
Outre cette belle manufacture de tapisseries aux Gobelins^ on en établit une autre à Beauvais. Le premier manufacturief eut six cents ouvriers dans cette ville; et le roi lui fit présent de soixante mille livres.
Seiie cents filles furent occupées aux ouvrages de deo-