‹ Le siècle de Louis XIV [microform]Chapitre 200 sur 285 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

feulent se mettre à Vabri de la taille ; car l'impôt de la taille étant avilissant en France, et les hommes étant nés vains, l'appât qui les décharge de cette honte fait toujours dca dupes , et les gages considérables attachés à ces nouvcllei charges invitent à les acheter dans des temps difficiles, parcs qu'on ne fait pas réflexion qu'elles seront supprimées dans des temps moins fAcheux. Ainsi, en 1707, on inventa la dignité des conseillers du roi rouleurs et courtiers de vin; et cela produisit cent quatre-vingt mille livres : on imagina des greffiers royaux, des subdélégués des intendants des provinces; on inventa des conseillers du roi contrôleurs nux empilements des bois, des conseillers de police, des charges de barbiersperruquiers, des contrôleurs -visiteurs de beurre frais, des essayeurs de beurre salé. Ces extravagances font rire aujourd'hui, mais alors elles faisaient pleurer.

Le contrôleur général Desmarets, neveu de l'illustre Colbert, ayant, en 1709, succédé à Chamillart, ne put guérir un mal que tout icndait incurable. ^ ^^

La nature conspira avec la iortune pour cccûbler l'Lîât. Le cruel hiver de 170!> força le roi de remettre aux peuples neuf millions de tailles dans le temps qu'il n'avait pas de quoi payer ses soldat?. La disette des denrées fut si excessive, qu'il en coûta quarante-cinq millions pour les vivres de l'armée. La dépense de celle année 1709 montait à deux cent vingt et un millions, et le revenu ordinaire du roi n en produisit pas quarante-neuf. 11 fallut donc ruiner l'État pour que les ennemis ne s'en rendissent pas les maîtres. Le désordre s'accrut tellement et fut si peu réparé, que, longtemps après la paix, au commencement de l'annéa 1715, le roi fut obligé de faire négocier trente-deux millions de billets, pour en avoir huit en espèces. Enfin il laissa à sa mort deux milliard? Bix cents millions de dettes, à vingt-huit livres le marc, à quoi les espèces se trouvèrent alors réduites; ce qui fait environ quatre milliards cinq cents millions de notre monnaie courante, en 1760.

Il est étonnant, mais il est vrai, que cette immense dette ri'aurait point été un fardeau impossible à soutenir, «'il y avait eu alors un commerce florissant, un papier de crédit

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