CHAPITRE XII
appauvrit nécessairement le trésor public, à moins que les dépouilles des vaincus ne le remplissent. Depuis les ancîeni Romains, Je ne connais aucune nation qui se soit enrichie par des victoires. L'Italie, au seizième siècle, n'était riche que par le commerce. La Hollande n'eût pas subsisté longtemps, lielle se fût tjornée 'X enlever la flotte d'argent des Espagnols, •t si les Grandes Indes n'avaient pas été l'aliment de sa pui»lance. L'Angleterre s'est toujours appauvrie par la guerre, même en détruisant les flottes françaises; et le commerce seul l'a enrichie. Les Algériens, qui n'ont guère que ce qu'iU gagnent par les pirateries, sont un peuple très-misérable.
Parmi les nations de l'Europe, la guerre, au bout de quelques années, rend le vainqueur presque aussi malheureux que le vaincu, i'cst un gouft're où tous les canaux de l'abondance s'engloutissent. L'argent comptant, ce principe de tous les biens et de tous les maux, levé avec Unt de peine dans les provinces, se rend dans les coffres de cent entrepreneurs, dans ceux de cent partisans qui avancent les fonds, et qui achètent par ces avances le droit de dépouiller la nation au nom du souverain. Les particuliers alors, regardant le gouvernement comme leur ennemi, enfouissent leur argent; et le défaut de circulation fait languir le royaume.
Nul remède précipité ne peut suppléer à un arrangement fixe et stable, établi de longue main, et qui pourvoit de loin aux besoins imprévus. On établit la capitation en 1695 » : elle fut supprimée à la paix de Rysvick, et rétabUe ensuite. Le contrôleur général, Pontchartrain, vendit des lettres de noblesse pour deux mille écus en 1696 : cinq cents particuliers en achetèrent ; mais la ressource fut passagère, et la honte durable. On obligea tous les nobles, anciens et nouveaux, d faire enregistrer leurs armoiries , et de payer la penAssio: de cacheter leurs lettres avec leurs armes. Des maltOtiers
I AU tome iV, pige ! 36, de» Mémoiré$ de Jlfaintmof», on trouTe que la *•-
ûitatiou « reudii an delà de» ^-siiéranr.es des (crmiei». » Jamais U n'y a eu d«
fenoe de la capitation. il est dit que • les laquais de Pans allèrent a 1 Hôtel d»
• ville prier qu'on les imposât à la capitaUon. . Ce conte ridicule m détruit d»
lui-même; Ui maîtres payèrent t<NWOura pour leur» domestique», [hof d$ Vc
T. II. •
SîftCLE DE LOUIS XIV.
traitèrent de cette alTaire, et avancèrent l'argent» Le ministère n'eut presque Jamais recours qu'à ces petites ressourceij dam un pays qui en eût pu fournir de plus grandes.
On n'osa imposer le dixième * que dans l'année 1710. Mais ce dixième, levé à la suite de tant d'autres impôts onéreux, parut si dur qu'on n'osa pas l'exiger avec rigueur. Le gouvernement n'en retira pas vingt-cinq millions annuels, à quarante francs le marc.
Colbert avait peu changé la valeur numéraire des monnaies; il vaut mieux ne la point changer du tout. L'argent et l'or, ces gages d'échange, doivent être des mesures invafiables. Il n'avait poussé la valeur numéraire du marc d'argent, de vingt-six francs où il l'avait trouvée, qu'à vingt-sept et à vingt-huit; et, après lui, dans les dernières années de Louis XIV, on étendit cette dénomination jusqu'à quarante livres idéales : ressource fatale par laquelle le roi était soulagé un moment, pour «Hre ruiné ensuite : car, au lieu d'un marc d'argent, on ne lui en donnait presque plus que la moitié. Celui qui devait vingt-six livres, en lt)68, donnait un marc; et qui devait quarante livres, ne donnait qu'à peu près ce môme marc, en 1710. Les diminutions qui suivirent dérangèrent le peu qui restait du commerce autant qu'avait fait l'augmentation.
On aurait trouvé une ressource dans un papier de crédit; mais ce papier doit être établi de.ns un temps de prospérité,^ pour se soutenir dans un temps malheureux.
Le ministre Chamillart commença, en 1706, à payer en billets de monnaie, en billets de subsistance, d'ustensile; et comme cette monnaie de papier n'était pas reçue dans lis coffres du roi, elle fut décriée presque aussitôt qu'elle parut. On f»t réduit à continuer de faire des emprunts onéreux, à consommer d'avance quatre années des revenus de la couronne.
On fit toujours ce qu'on appelle des atTaires extraordinaires: on créa des charges ridicules, toujours achetées par ceux qui
I. C'est le ooiu qu« l'on donnait à un impM qu'on levait dtn* les b^toiM pqrrs«aAtA de l'État. U («-^guttit les bieiu-fund», et s'élevait au di'ièmit 4d ttie