‹ Le siècle de Louis XIV [microform]Chapitre 205 sur 285 · CHAPITRE IXXl · texte numérisé non relu

CHAPITRE IXXl

Co qu'il y avait de romanesque réussit, et le peu de vértté miMé à ces chimères nouvelles fut d'abnrd combattu. Mais ei.fin ce peu de vérité perça à l'aide de la méthode qu il avait introduite : car avant lui on n'avait point de fil dans ce labyrinthe, et du moins il en donna un ^ont on se servit après qu'il se fut égaré. C'était beaucoup de détruire les chimèrci du péripatélisme, quoique i)ar d'autres chimères. Ces deux fantômes se combattirent ; ils tombèrent l'un après l'autre, et la raison s'éleva enfin sur leurs ruines. Il y avait à Florence une académie d'expériences, sous le nom de.l Cimento, établie par le cardinal Léopold de Médicis, vers l'an 1665. On sentait déjà dans cette patrie des arts qu'on ne pouvait comprendre quelque chose du grand édifice de la nature qu'en l'cxamioaiit pièce à pièce. Cette académie, après les jours de Galilée, et dès le icinps de Torricelli, r»>ndit de grands services.

Quelques philosophes en Angleterre, sous la sombre administration de Cromwell, g assemblèrent pour chercher en paix de? vérités, tandis que le fanatisme opprimait toute vérité. Charles II, rappelé sur le trône de ses ancêtres par le repentir et par l'inconstance de sa nation, donna des lettres patentes à cette académie naissante; mais c'est tout ce que le gouvernement donna. La société royale, ou plutôt la société Vibre de Londres, travailla pour l'honneur de travailler. C'est de son sein que sortirent de nos Jours la découverte sur la lumière, sur le principe de la gravitation, l'aberriition des étoiles fixes, sur la géométrie transcendante, etceat autres inventions qui pourraient à cet égard faire appeler co siècle le sit't/*? des Anglais, aussi bien que celui de Louis XIV.

En 1606, M. Colbert, jaloux de cette nouvelle gloire, voulut que les Français la partageassent; et, à la prière de quelques gavants, il fit agréer à Louis XIV l'établissement d'une académie des sciences. Elle fut libre jusqu'en 1699, comme celle d'Angleterre, et comme l'Académie française. Colbert attira d'Italie Dominique Cassini, Huyghens de Hollande, et Roémer de Danemark, par de fortes pensions. Uoômer détermina la vitesse des rayons solaires; Huyghens découvrit l'anneau et un des satellites de Saturne, et Cassini les quatre autres. On doit à Huyghens, sinon la première invcation des horloges à

pendules, du moins les vrais principes de la régularité de leurs mouvement?, principes qu'il déduisit d'une géométrie sublime. On a acquis peu à peu des connaissances de toutes les i)arties de la vraie physique, en rejetant tout système. Le publie fut étonné de voir une chimie dans laquelle on ne cherchait ni le grand œuvre, ni l'art de prolonger la vie au delà des bornes de la nature, une astronomie qui ne prédisait pas les événements du monde, une médecine indépendante iks phases de la lune. La corruption ne fut plus la mère des animaux et des plantes. Il n'y eut plus de prodiges dès que la nature fut mieux connue : on l'étudia dans toutes ses productions.

La géographie reçut des accroissements étonnants. A peine Louis XIV a-t-il fait b.ltir l'Observatoire, qu'il fait commencer, en 1 669, une méridienne par Dominique Cassini et par Picard. Elle est continuée vers le nord, en 1683, par la Ilire ; et enfin Cassini la prolonge, en 1700, jusqu'à l'extrémité du Koussillon. C'est le plus beau monument de l'astronomie, et il suffit pour éterniser ce siècle.

On envoie, en t672, des physiciens à la Oiïenne faire des observations utiles. Ce voyage a été la première origine de la conuMissance de l'aplatissement de la terre, démontré depuis par le grand Newton; et il a préparé à ces voyages plus fameux, qui depuis ont illustré le règne de Louis XV.

On fait partir, en 1700, Tournefort pour le Levant : il y va recueillir des plantes qui enrichissent le jardin royal, autrefois abandonné, remis alors en honneur, et aujourd'hui devenu digne delà curiosité de l'Europe. La bibliothèque royale, déjà nombreuse, s'enrichit -ous Louis XIV de plus de trente mille volumes; et ceî exemple est si bien suivi de nos jours, qu'cUe en contient déjà plus de cent quatre-vingt mille. Il fait rouvrir l'école de droit, fermée depuis cent ans; il établit dans toutes le? universités de Fiàuce un professeur de droit français. H semble qu'il ne devrait pas y eu avoir d'aulres, et que les bonnes lois romaines, incorporées à celles du pays, devraient former un seul corps des lois de la

Dation.

Sous lui les journaux s'établissent. On a'ignor*». pas que le

Journal des Savante, qui com mcnça en 1065, est le père (k tous les ouvrages de ce genre dont Tturope est aujourd'hui remplie, et dans lesquels trop d'abus se sont glissés, comme dans les choses les plus utiles.

L'Académie des belles-lettres, formée d'abord, en 1663, de quelques membres de l'Académie française, pour transmettre à la postérité par des médailles les actions de Louis XIV, devint utile au public dès qu'elle ne fut plus uniquement occupée du monarque, et qu'elle s'appliqua aux recherches de l'antiquité, et à une critique judicieuse des opinions et des faits. Elle fit à peu près dans l'histoire ce que l'Académie des sciences faisait dans la physique ; elle dissipa des

erreurs.

L'esprit de sagesse et de critique, qui se communiquait de proche et! proche, détruisit insensiblement beaucoup de superstitions. C'est à cette raison naissante qu'on dut la déclaration du roi, de 1672, qui défendit aux tribunaux d'admettre les simples accusations de sorcellerie. On ne l'eût pas osé sous Henri IV et sous Louis XIII ; et si, depuis 1072, il y a eu encore des accusationsdemaléfices, les juges n'ont condamné d'ordinaire les accusés que comme des profanateurs qui d'ailleurs employaient le poison *.

11 était très-commun auparavant d'éprouver les sorciers en les plongeant dans l'eau, liés de cordes : s'ils surnageaient ils étaient convaincus. Plusieurs juges de province avaient ordonné ces épreuves, et elles continuèrent encore longtemps parmi le peuple. Tout berger était sorcier; et les amuleltes, les anneaux constellés étaient en usage dans les villes : les

I. Su 1609, lix cents sorciers furent condamnés, dan^ le ressort du parlesent de Toulouse, et la plupart brûlés. Nicolas Rémi, dans la Uémonolâtrie, rapporte neuf cents arrêts rendus en quinze ans contre des sorciers dans la senl« Lorraine. Le fameux curé Louis, brûlé à Aix en 101 1, avait avoué qu'il était sorcier, et les juges l'avaient cru.

C'est une chose honteuse que le père Lebrun, dans sou Traité de» pratiq%u» tupersUtiexues, admette encore de Trais sortilèges ; il va même jusqu'à dire qut « it parlement de Paris reconnaît des sortilèges. > Il se trompe; le parlement «ro- « connaît des profanations, des maléfices, mais non des etlets surnaturels opOrés ff par le diabU. • Le livre de dom Calmet sur les v&mpires et sur les apparitions f passé pour un délire ; mais il fait voir combien l'esprit humain est porté à I» •vpersiitioB. {Soto d» Voltaire,)

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