CHAPITRE XXXL
effets de la baguette de coudrier, avec laquelle on croit décou- Trir les sources, les trésors et les voleurs , passaient pour certains, et ont encore beaucoup de crédit dans plus d'une province d'Allemagne. Il n'y avait presque personne qui ne sa fît tirer son horoscope : on n'entendait parler que de secrets magiques; presque tout était illusion. Des savants, des magistrats, avaient écrit sérieusement sur ces matières : on distinguait parmi les aute/Ts une classe de démonographes. Il y avait des règles pour dis. erner les vrais magiciens, les vrais possédés, d'avec les faux; enfin, jusque vers ces temps-là,' on n'avait guère adopté de 1 antiquité que des erreurs en tout genre.
Les idées superstitieuse» étaient tellement enracinée» chez les hommes, que les comètes les effrayaient encore en 1680. On osait à peine combattre cette crainte populaire. Jacquet Bernouilli.l'un des plus grands mathématiciens de l'Europe, en répondant à propos de cette comète aux partisans du préjugé, dit que la chevelure de la comète ne peut être un signe de la colère divine, parce que cette chevelure est éternelle; mais que la queue pourrait bien en être un : cependant ni la tète ni la queue ne sont éternelles. Il fallut que Bayle écrivît contre le préjugé vulgaire un livre fameux, que les progrès de la raison ont rendu aujourd'hui moins piquant qu'il ne
l'était alors.
On ne croirait pas que les souverains eussent obligation aux philosophes; cependant il est vrai que cet esprit philosophique qui a gagné presque toutes les conditions, excepté le bas peuple, a beaucoup contribué à faire valoir les droits des souverains. Des querelles qui auraient produit autrefois doi excommunications, des interdits, des schismes, n'en ontpoidi causé. Si on a dit que les peuples seraient heureux quand ili auraient des pliilosophes pour rois, il est très-vrai de dire que les rois en sont plus heureux quand il y a beaucoup de leuif sujets philosophes.
Il faut avouer que cet esprit raisonnable qui commence à présider à l'éducation dans les grandes villes n'a pu empocher les fureurs des fanatiques des Cévennes, ni prévenir la démence du petit peuple de Paris autour d'un tombeau i
SIÈCLE Dl LOUIS XIV.
Sainl-Médard, ni calmer des disputes aussî acharnées que frivoles entre des hommes qui auraient dû être sages : mais, avant ce siècle, ces disputes eussent causé des troubles dans l'État; les miracles de Saint-Médard eussent été accrédités par les plus considérables citoyens ; et le fanatisme, renfermé dans les montagnes des Cuvennes, se fût répandu dans les
villes.
Tous les genres de science et de littérature ont été épuisés dans ce siècle ; et tant d'écrivains ont étendu les lumières de l'esprit humain, que ceux qui en d'autres temp.^ auraient passé pour des prodiges ont été confondus dans la foule. Leur gloire est peu de chose, à cause de leur nombre, et la gloire du siècle en est plus grande.