CHAPITRE XXXVI
la juridiction séculière et l'ecclésiastique; et, depuis Charlemagne, les eflorls réitérés des grands liefs contre les souverain^ les évéqucs élevés souvent contre les rois, les papes aux prisi« avec les rois et les evèqucs.
On disputait peu dans l'Église îaline aux premiers siècles: les invasions continuelles des barbares permettaient à peine de penser; et il y avait peu de dogmes qu'on eût assez développés pour fixer la croyance universelle. Tresque tout l'Oocidcnt rejeta le culte des images au siècle de Charlcmagne; un évèque de Turin, nommé Claude, les proscrivit avec chaleur, et retint plusieurs dogmes qui sont encore aujourd'hui ie fondement de la religion des protestants. Ces opinions se perpétuèrent dans les vallées du Piémont, du Dauphiné, de ta Provence, du Languedoc : elles éclatèrent au douzième siècle; elles produisirent bientôt après la guerre des Albigeois; et, ayant passé ensuite dans l'université de Prague, elles excitèrent la guerre des llussiies. Il n'y eut qu'environ cent ans d'intervalle enire la fin des troubles qui naquirent de la cendre de Jean Hus et de Jérôme de Prague et ceux que la v-ente des indulgences fit renaître. Les anciens dogmes embrassés par les Vaudois, les Albigeois, les Hussites, renouvelés et diiréremmcnt expliqués parLuther et Zuingle, furent reçus avec avidité dans l'Allema|;ne, comme un prétexte pour s'emparer de tant de terres dont les évèques et les abbés s'étaient mis en possession, et pour résister aux empereurs, qui alorâ marchaient à grands pas au pouvoir despotique. Ces dogmes triomphèrent en Suède et en Danemark, pays où les peuplci étaient libres sous des rois.
Les Anglais, dans qui la nature a mis l'esprit d'indépendance, les adoptèrent, les mitigèrent, et en composèrent unf religion pour eux seuls. Le presbytérianisme établit en Écosscj dans les temps malheureux, une espèce de république don: le pédanlisme et la dureté étaient beaucoup plus intolércbîei que la rigueur du climat, et même que la tyrannie des évoques, qui avait excité tant de plaintes : il n'a cessé d'être dangereux en Ecosse que quand la raison, les lois et la forc5 l'ont réprimé. La réforme pénétra en Pologne, et fit beaucoup deprogrès dans le« seules villes od le couple n'est point ei-
clave. La plus grande et la plus riche partie de la république helvétique n'eut pas de peine à la recevoir : elle fut sur le point d'être établie à Venise par la mOme raison; et elle y eût pris racine, si Venise n'eût pas été voisine de Rome, et peut-être si le gouvernement n'eût pas craint la démocratie  laquelle le peuple aspire naturellement dans toute répu« blique, et qui était alors le grand but de la plupart des prédicants. Les Hollandais ne prirent cette religion que quand ib secouèrent le joug de l'Espagne. Genève devint un lîltat entièrement républicain en devenant calviniste.
Toute la maison d'Autriche écarta ces religions de ses États autant qu'il lui fut possible. Elles n'approchèrent presque point de l'Espagne; elles ont été extirpées par le fer et par le feu dans les États du duc de Savoie, qui ont été leur berceau. Les habitants des vallées piémontaises ont éprouvé, en 1655, ce que les peuples de Mér^idol et de Cabrière éprouvèrent en France sous François I«'. Le duc de Savoie absolu a exterminé chez lui la secte dès qu'elle lui a paru dangereuse; il n'en reste que quelques faibles rejetons ignorés dans les rochers qui les renferment. On ne vit point les luthériens et les calvinistes causer de grands troubles en France sous le gouvernement ferme de François !•' et de Henri H ; mais, dès que le gouvernement fut faible et partagé , les querelles de religion furent violentes. Les Condé et les Coligni, devenus calvinistes parce que les Guise étaient catholiques, bouleversèrent l'État à l'envi; la k^gèreté et l'impétuosité de la nation, la fureur de la nouveauté et l'enthousiasme, tirent pendant quarante ans du peuple le plus poli un peuple de barbares.
Henri IV, né dans cette secte qu'il aimait, sans être entêté d'aucune, ne put, malgré ses victoires et ses vertus, régner sans abandonner le calvinisme : devenu catholique, il ne fut pas assez ingrat pour vouloir dtlruire un parti si longtemps ennemi des rois, mais auquel il devait en partie sa couronne; et, s'il avait voulu détruire cette faction, il ne l'aurait pas pu : il la chérit, la protégea, et la réprima.
Les huguenots en France faisaient alors À peu près ladouïîême partie de la notion : il y avait parmi eux des seigneurs puissants; des villes entières étaient protestantes. Hs avaient
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faîtla guerre aux rois; on avait été contraint de leur donner des places de sûreté. Henri III leur en avait accordé quatorze dans le seul Dauphiné, T.îontauban, Nîmes, dans le Languedoc, Saumur, et surtout la Rochelle, qui faisait une république à part, et que le commerce et la faveur de l'Angleterre pouvaient rendre puissante. Enfin Henri IV sembla satisfaire son goût, sa politique, et mCmc son devoir, en accordant au parti le célèbre édit de Nantes, en !b08. Cet édit n'était au fond que la confirmation des privilèges que les protestants de France avaient obtenus des rois précédents les armes à la main, et que Henri le Grand, affermi sur le trône, leur laissa par bonne
volonté.
Tar cet édit de Nantes (30 avril 1598), que le nom de Henri IV rendit plus célèbre que tous les autres, tout seigneur de fief haut justicier pouvait avoir dans son chAteau plein exercice delà religion prétendue réformée; tout seigneur sans haute justice pouvait admettre trente personnes à son prêche; l'entier exercice de cette religion était autorisé dans tons les lieux qui ressorlissaient immédiatement à un parlement.
Les calvinistes pouvaient faire imprimer, sans s'adresser aux supérieurs, tous leurs livres dans les villes où leur religion était permise.
Ils étaient déclarés capables de toutes les charges et dignités de l'État : et il y parut bien en effet, puisque le roi fit ducs et pairs les seigneurs de La Trimouille et de Rosni.
On créa une chambre exprès au parlement de Paris, composée d'un président et de seize conseillers, laquelle jugea (tous les procès des réformés, non-seulement dans le district hmmcnse du ressort de Paris, mais dans celui de Normandie ït de Bretagne : elle fut nommée ia chambre de l'édit. W n'y mt jamais, à la vérité, qu'un seul calviniste admis de droit ^armi les conseillers de cette juridiction : cependant, commue elle était destinée à empêcher les vexations dont le parti si plaignait, et que les hommes se piquent toujours de rempli» un devoir qui les dislingue, cette chambre, composée de catholiques, rendit toujours aux huguenots, deleui-aveu même. la ju8ti.«;e la plus impartiale.
Ils avaient une espèce de petit parlement à Castres, indé-