CHAPITRE XXXVI
en 1702, et faire Jeter une relique conservée précieusement depuis plusieurs siècles dans l'église de Notre-Dame, et adorée sous le nom du nombril de Jésus-Christ. Tout Chd.lons mui> mura contre 1 évoque ; présidents, conseillers, gens du roi trésoriers de France, marchands, notables, chanoines, curés, prolestèrent unanimement par un acte juridique contre l'entreprise de l'évoque, réclamant le saint nombril, et alléguant : la robe de Jésus-Christ conservée à Argenteuil ; son mouchoir, fx Turin et à Laon; un des clous de la croix, à Saint-Denis; son prépuce, à Rome: le même prépuce, au Puy en Vêlai; et tant d'autres reliques que l'on conserve et que l'on méprise, et qui font tant de tort à une religion qu'on révère. Mais la sage fermeté de l'évéque l'emporta à la fin sur la crédulité du peuple.
Quelques autres superstitions, attachées à des usages reipectables, ont subsisté. Les protestants en ont triomphé; mais Us sont obligés de convenir qu'il n'y a pas d'Église catholique où ces abus soient moins communs 3t plus méprisés qu'en France.
I /esprit vraiment philosophique, qui n'a pris racine que vers le milieu de ce siècle, n'éteignit point les anciennes et nouvelles querelles théologiques, qui n'étaient pas de son ressort. On va parler de ces dissensions, qui font la honte de la raison humaine.
CHAPITRB XXXVl
Un calvinisme au itïsiy.t de I otÂt XIV.
Il est aiîreux sans doute que l'Église chrétienne ait toujours ' été déchirée par ses querelles, et que le sang ait coulé pendant tant de siècles par des mains qui portaient le Dieu de la paix. Cette fureur fut inconnue au paganisme ; il couvrit h Uirve de ténèbres, mais il ne l'arrosa guère que du sang des 1 tnimaux ; et si quelquefois, chez les juifs et chez les païens, en dévoua des victimes humaines, ces dévouements, tout horribles qu'ils étaient, ne causèrent point de guerres civiles. La religion des païens ne consistait aue dans la morale et dam
les feie» : la morale, qui est commune aux hommes de ioui ios temps et de tous les lieux, et les fêtes, qui n'étaient que des réjouissances, ne pouvaient troubler le genre humain.
L'esprit dogmatique apporta chez les hommes la fureur des guerres de religion. J'ai recherché longtemps comment et pourquoi cet esprit dogmatique, qui divisa les écoles de l'antiquité païenne sans causer le moindre trouble, en a produit parmi nous de si horribles. Ce n'est pas le seul fanatisme qui en est cause; car les gymnosophistes et les hramins, les plus fanatiques des hommes, ne firent jamais de mal qu'à eux ^Cmes. Ne pourrait-on pas trouver l'origine de cette uouvcllo peste qui a ravagé la terre, dans ce combat naturel de l'esprit républicain qui anima les premières lîlglises contre l'autorité qui hait la résistance en tout genre? Les assemblées secrètes, qui bravaient d'abord dans des caves et dans des grottes lea lois de quelques empereurs romains, formèrent peu à peu un État dans l'État: c'était une république cachée au milieu de l'empire. Constantin la lira de dessous terre pour la mettre à côté du trône. Bientôt l'autorité attachée aux grands sièges se trouva en opposition avec l'esprit populaire qui avait inspiré jusqu'alors toutes les assemblées des chrétiens. Souvent, dès que l'évèque d'une métropole faisait valoir un sentiment, un évoque suffragant, un prêtre, un diacre, en avaient un contraire. Toute autorité blesse en secret les hommes, d'autant plus que toute autorité veut toujours s'accroître. Lorsqu'on trouve pour lui résister un prétexte qu'on croit sacré, on so fait bientôt un devoir de la révolte : ainsi les uns deviennent persécuteurs, les autres rebelles, en attestant Dieu des deux
côtés.
Nous avons vu combien, depuis les disputes du prêtre Ariui coL^tre un évéquc, la fureur de dominer sur les âmes a troublé la terre. Donner son sentiment pour la volonté de Dieu, oramander de croire sous peine de la mort du corps et di^
urments éternels de l'âme, a été le dernier période du despotisme de l'esprit dans quelques hommes; et résister à ces deux menaces a été dans d'autres le dernier effort de la liberté naturelle. Cet Essai sur les mamrs, que vous avez f)arcouru, TOUS a fait ^oir, depuis Théodose, une lutt«» perpétuelle entre