CHAPITRE IV
Ce qui parait surprenant, c'est que le parlement, entraîné par lui, leva l'étendard contre la cour, avant môme d'ôtr* appuyé par aucun prince.
Cette compagnie, depuis longtemps, était regardée bien dlfféremment par la cour et par le peuple. Si l'on en croyait It voix de tous les ministres et de la cour, le parlement de Parit était une cour de justice faite pour juger les causes des citoyens : il tenait cette prérogative de la seule volonté des rois; il n'avait sur les autres parlements du royaume d'autre prééminence que celle de l'ancienneté et d'un ressort plus considérable; il n'était la cour des pairs que parce que la cour résidait à Paris; il n'avait pas plus de droit de faire des remontrances que les autres corps, et ce droit était encore une pure grâce : il avait succédé à ces parlements qui représentaient autrefois la nation française; mais il n'avait de ces anciennes assemblées rien que le seul nom; et, pour preuve incontestable, c'est qu'en effet les états généraux étaient substitués à la place des assemblées de la nation, et le parlement de Paris ne ressemblait pas plus aux parlements tenus par nos premiers rois, qu'un consul de Smyrne ou d'Alep ne ressemble â un consul romain.
Celte seule erreur de nom était le prétexte des prétentions ambitieuses d'une compagnie d'hommes de loi, qui tous, pour avoir acheté leurs offices de robe, pensaient tenir la place des conquérants des Gaules et des seigneurs des fiefs de la couronne. Ce corps, en tous les temps, avait abusé du pouvoir que s'arroge nécessairement un premier tribunal, toujours subsistant dans une capitale. Il avait osé donner un arrétcontre Charles Vil, et le bannir du royaume; il avait commencé ud procès criminel contre Henri III : il avait en tous les temps résisté, autant qu'il avait pu, à ses souverains; et dans cette minorité de Louis XIV, sous le plus doux des gouvernements et sous la plus indulgente des reines, il voulait faire la guerre civile à son prince, à l'exemple de ce parlement d'Angleterre qui tenait alors son roi prisonnier et qui lui fit trancher la tôte. Tels étaient les discours et les pensée* 4u cabinet.
Mais les citoyens de Paris, et tout ce qui tenait à la robe^
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foyaient dans le parlement un corps auguste qui avait renda la justice avec une intégrité respectable, qui n'aimait que le bien de l'État, et qui l'aimait au péril de sa fortune ; qui bornait ion ambition à la gloire de réprimer l'ambition des faforis, et qui marchait d'un pas égal entre le roi et le peuple ; 8t, sans examiner l'origine de ses droits et de son pouvoir, on lui supposait les droits les plus sacrés et le pouvoir le plus ineonteslable : quand on le voyait soutenir la cause du peuple contre des ministres détestés, on l'appelait le père de l'État ; et en faisait peu de différence entre le droit qui donne la coo« ronne aux rois et celui qui donnait au parlement le pouvoir de modérer les volontés des rois.
Entre ces deux extrémités, un milieu Juste était impossible' à trouver; car enfin il n'y avait de loi bien reconnue que celle Ae l'occasion et du temps. Sous un gouvernement vigoureux, le parlement n'était rien : il était tout sous un roi faible ; et l'on pouvait lui appliquer co que dit M. de Guémené, quand cette compagnie se plaignit, sous Louis XI II, d'avoir été précédée par les députés de la noblesse : « I^Iessieurs, vous pren- • drez bien votre revanche dans la minorité. »
On ne veut point répéter ici tout ce qui a été écrit sur cet troubles et copier des livres pour remettre sous les yeux tant de détails alors si chers et si importants et aujourd'hui presque oubliés; mais on doit dire ce qui caractérise l'esprit de la nation, et moins ce qui appartient à toutes les guerres civiles que ce qui distingue celle de la Fronde.
Deux pouvoirs établis chez les hommes uniquement pour le maintien de la paix, un arche v(^que et un parlement de Paris, ayant commencé les troubles, le peuple crut tous ses Emportements justifiés. La reine ne pouvait paraître en public sans être outragée; on ne l'appelait que dame Anne; et si l'on y ajoutait quelque titre, c'était un opprobre. Le peuple lui reprochait avec fureur de sacrifier l'État à son amitié pour Mazarin; et, ce qu'il y avait de plus insupportable, elle entendait de tous côtés ces chansons et ces vaudevilles, monuments de plaisanterie et de malignité qui semblaient devoir éterniser le doute où l'on afi'eclait d'être de sa vertu. Madame d^ llr>tteville dit, avec sa noble et sincère naïveié, que « ces in