‹ Le siècle de Louis XIV [microform]Chapitre 240 sur 285 · CHAPITRE lUVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE lUVII

qu'en !728. De» personnes qui ont longtemps vécu avec elle m'ont assuré que sa guérison avait été fort longue, et c'est ce qui est bien vraisemblable : mais ce qui ne l'est guère, c'est que Dieu, qui ne fait point de miracles pour amener à notwi religion les dix-neuf vingtièmes de la terre, à qui cette reli. gion est ou inconnue ou en horreur, eût en effet interrompu l'ordre de la nature en faveur d'une petite fille, pour justifie.» une douzaine de religieuses qui prétendaient que Coméliui.» Jansénius n'avait pas écrit une douzaine de lignes qu'on litl attribue, ou qu'il les avait écrites dans une autre intention que celle qui lui est imputée.

Le miracle eut un si grand éclat, que les jésuites écrivirent contre lui. Un P. Annat, confesseur de Louis XIV, publia U Rabat-joie des Jansénistes, à l'occasion du miracle qu'on dit être arrivé à Port-Royal, par un docteur catholique. Annat n'était ni docteur ni docte. Il crut démontrer que si une épine était venue de Judée A Paris guérir la petite Perrier, c'était pour lui prouver que Jésus est mort pour tous, et non pour plusieurs. Tous sifflèrent le P. Annat. Les jésuites prirent alors le parti de faire aussi des miracles de leur côté; mais ils n'eurent point la vogue : ceux des jansénistes étaient les seuls à la mode alors. Ils firent encore quelques années après un autre miracle. Il y eut à Port-Royal une sœur Gertrude guérie d'une enflure à la jambe. Ce prodige-là n'eut point de succès :le temps était passé; et sœur Gertrude n'avait point un Pascal pour oncle.

Les jésuites, qui avaient pour eux les papes et les roi», étaient entièrement décriés dans l'esprit des peuples : on renouvelait contre eux les anciennes histoires de l'assassinat de Henri le Grand, médité par Barrière, exécuté par Châtel, leur écolier; le supplice du P. Guinard, leur bannissement de France et de Venise, la conjuration des poudres, la banqueroute de Séville. On tentait toutes les voies de les rendre odieux. Pascal fit plus, il les rendit ridicules. Ses Lettres provioaalesj qui paraissaient alors, étaient un modèle d'éloquence et de plaisanteries. Les meilleures comédies de Molière n'ont pas plus de sel que les premières lettres provincialee : Bossuet n'a rien de plus sublime que le? dernières.

11 est vrai que tout le livre portait sur un fondement faux, on attribuait adroitement à toute la société les opinions ev ftavagantes de plusieurs jésuites espagnols et flamands. Q^ les aurait déterrées aussi bien chez des casuistes dominicaini et franciscains; mais c'était aux seuls jésuites qu'on en vou« lait. On tâchait, dans ces lettres, de prouver qu'ils avaient un dessein formé de corrompre les mœurs des hommes ; dessein qu'aucune secte, aucune société n'a jamais eu et ne peut avoir. Mais il ne s'agissait pas d'avoir raison, il s'agissait de divertir le public.

Les jésuites, qui n'avaient alors aucun bon écrivain, ne purent effacer l'opprobre dont les couvrit le livre le mieux écrit qui eût encore paru en France. Mais il leur arriva dans leurs querelles la môme chose à peu près qu'au cardinal Mazarin : les Blot, les Marigny et les Barbançon avaient fait rire toute la France à ses dépens; et il fut le maître de la France Ces pères eurent le crédit de faire brûler les Lettres provinciales par un arrêt du parlement de Provence |9 février i 657); ils n'en furent pas moins ridicules, et en devinrent plus odieui à la nation.

On enleva les principales religieuses de l'abbaye de Port- Royal de Paris avec deux cents gardes, et on les dispersa dans d'autres couvents ; on ne laissa que celles qui voulurent signer le formulaire. La dispersion de ces religieuses intéressa *out Paris. Sœur Perdreau et sœur Passarl, qui signèrent et ^n firent signer d'autres, furent le sujet des plaisanteries et des chansons dont la ville fut inondée par celte espèce d'hommes oisifs qui ne voit jamais dans les choses que le cOté plaisant, et qui se divertit toujours, tandis que les persuadés gémissent, que les frondeurs déclament, et que le gouvernement agit.

Les jansénistes s'affermirent par la persécution. Quatre prélats, Arnauld, évéque d'Angers, frère du docteur; Buzanval, de Beau vais; Pavillon, d'Alet, et Caulet, de Pamiers, le même qui depuis résista à Louis XIV sur la régale, se déclarèrent contre le formulaire. C'était un nouveau formulaire composé parle pape Alexandre Vil lui-même, semblable en tout pour le fond aux premiers, reçu en France par les évéques et paf

Page 1