CHAPITRE XXXVH
do la Sorbonne en 1654. La présence du chancelier parmi des théologiens eut un air de despotisme qui déplut au public; et le soin qu'on eut de garnir la salle d'une foule de docteurs, moines mendiants qui n'étaient pas accoutumés de s'y trouver en si grand nombre, fit dire à Pascal dans ses Provinciales, « qu'il était plus aisé de trouver des moines que des raisons.»
La plupart de ces moines n'admettaient point le congru israe, la science moyenne, la grUce versatile de Molina; mais ils soutenaient une grâce suffisante ii laquelle la volonté peut consentir, et ne consent jamais ; une grâce efficace à laquelle on peut résister, et à laquelle on ne résiste pas; et ils expliquaient cela clairement en disant qu'on pouvait résister à cette grâce dans le sens divisé, et non pas dans le sens composé.
Si ces choses sublimes ne sont pas troj» d'accord avec la raison humaine, le sentiment d'Arnauld et des jansénistes semblait trop d'accord avec le pur calvinisme. C'était précisément le fond de la querelle des gomaristes et des arminiens. Elle divisa la Hollande comme le jansénisme divisa la France: mais elle devint en Hollande une faction politique, plus qu'une dispute de gens oisifs; elle fit couler sur un échafaud le sang du pensionnaire Barnevelt : violence atroce que les Hollandais détestent aujourd'hui, après avoir ouvert les yeux sur l'absurdité de ces disputes, sur l'horreur de la persécution, et sur l'heureuse nécessité de la tolérance, ressource des sages qui gouvernent centre l'enthousiasme passager de ceux qui argumentent. Cette dispute ne produisit en France que des mandements, des bulles, des lettres de cachet et des brochures, parce qu'il y avait alors des querelles plus importantes.
Arnauld fut donc seulement exclu de la faculté. Cette petite persécution lui attira une foule d'amis; mais lui et les jansénistes eurent toujours contre eux l'Église et le pape. Une des premières démarches d'Alexandre VH, successeur d'Innocent X, fut de renouveler les censures contre les cinq propositions. Les évéques de France, qui avaient déjà dressé un formulaire, en firent encore un nouveau, dont la fin était conçue en ces termes : « Je condamne de cœur et de bouche « la doctrine des ciiiq propositions contenues dans le livre do
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c Cornélius Jangénius, laquelle doctrine n*e8t point CAllê de « saint Augustin, que Jansénius a mal expliquée. »
Il fallut depuis souscrire cette formule; et les évoques It présentèrent dans leurs diocèses à tous ceux qui étaient suspects. On la voulut faire signer aux religieuses de Port-Royal de Paris et de Port-Royal des Champs. Ces deux maison» étaient le sanctuaire du jansénisme : Saint-Cyran et Arnauld les gouvernaient.
II? avaient établi auprès du monastère de Port-Royal des Champs une maison où s'étaient retirés plusieurs savants vertueux, mais entêtés, liés ensemble par la conformité des sentiments : ils instruisaient des jeunes gens choisis. C'est de cette école qu'est sorti Racme, le poète de l'univers qui a le mieux connu le cœur humain. Pascal, le premier satirique français, car Despréaux ne fut que le second , était intimement lié avec ces illustres et dangereux solitaires. On présenta le formulaire à signer aux filles de Port-Royal de Parit et de Port-Royal des Champs : elles répondirent qu'elles ne pouvaient en conscience avouer, après le pape et les évoques, que les cinq propositions fussent dans le livre de Jansénius, qu'elles n'avaient pas lu ; qu'assurément on n'avait pas pris sa pensée; qu'il se pouvait faire que ces cinq proposition* fussent erronées, mais que Jansénius n'avait pas tort.
Un tel entêtement irrita la cour. Le lieutenant civil d'Anbrai (il n'y avait point encore de lieutenant de police) alla à Port-Royal des Champs faire sortir tous les solitaires qui s'y étaient retirés, et tous les jeunes gens qu'ils élevaient. On menaça de détruire les deux monastères. Un miracle les sauva*
Mademoiselle Perrier, pensionnaire de Port-Royal de Paris, nièce du célèbre Pascal, avait mal à un œil; on fit à Port- Royal la cérémonie de baiser une épine de la couronne (fu'oQ mit autrefois sur la tête de Jésus-Christ. Cette épine était depuis quelque temps à Port-Royal. Il n'est pas trop aisé de prouver comment elle avait été sauvée et transportée de Jérusalem au faubourg Saint-Jacques. La malade la baisa; elle parut guérie plusieurs jours après. On ne manqua pas d'affirmer et d'attester qu'elle avait été guérie en un clin d'œil l'une fistule lacrymale désespérée. Cette fille n'est morte