‹ Le siècle de Louis XIV [microform]Chapitre 242 sur 285 · CHAPITRE UXVIl · texte numérisé non relu

CHAPITRE UXVIl

et sans occupation, se fit dévote; et, comme elle haïssait It tour, et qu'il lui fallait de l'intrigue, elle se fil Janséniste. Elle bâtit un corps de logis à Port-Royal des Champs, où elle le retirait quelquefois avec les solitaires. Ce fut leur temps le plus florissant. Les Arnauld, les Nicole, les Le Maître, les Herman, les Saci, beaucoup d'hommes qui, quoique moins

eélèbpes,avaientpourtantbeaucoup de mérite et de réputation, s'assemblaient chez elle : ils substituaient au bel esprit que la duchesse de Longueville tenait de l'hôtel de Rambouillet leurs conversations solides, et ce tour d'esprit mâle, vigoureux et animé, qui faisait le caractère de leurs livres et de leurs entretiens. Ils ne contribuèrent pas peu à répandre en France le bon goût et la vraie éloquence; mais malheureusement ils étaient encore plus jaloux d'y répandre leurs opinions. Ils semblaient être eux-mêmes une preuve de ce système de la fatalité qu'on leur reprochait; on eat dit qu'ils étaient entraînés par une détermination invincible à s'attirer des persécutions sur des chimères, tandis qu'ils pouvaient jouir de la plus grande considération et de la vie la plus heureuse, en renonçant à ces vaines disputes.

(1679.) La faction des jésuites, toujours irritée des Ltttret provinciales, remua tout contre le parti. Madame de Longueville, ne pouvant plus cabaler pour la fronde, cabala pour le jansénisme. Il se tenait des assemblées à Paris, tantôt chei elle, tantôt chez Arnauld. Le roi, qui avait résolu d'extirper le calvinisme, ne voulait point d'une nouvelle secte. Il menaça; et enfin Arnauld, craignant des ennemis armés de Vautorité souveraine, privé de l'appui de madame de Longueville, que la mort enleva, prit le parti de quitter pour jamais la France, et d'aller vivre dans les Pays-Bas, inconnu, sans fortune, même sans domostiouft»; lui dont le neveu avait été •linistre d'État ; lui qui aurait pu être cardinal : le plaisir d'écrire en liberté lui tint lieu de tout. Il vécut jusqu'en 1694 dans une retraite ignorée du monde, et connue à ses seuls amis, toujours écrivant, toujours philosophe supérieur à la mauvaise fortune, et donnant jusqu'au dernier moment l'exemple d'une âme pure, forte et inébranlable.

Son parti fut toujours per^cuté dans les Pays-Bas ctthoU-

ques, pays qu'on nomme d'obédience, et où les bulles des papes sont des lois souveraines. 11 le fut encore plus en France.

Ce qu'il y a d'étrange, c'est que la question, « si les cinq « propositions se trouvaient en effe» dans Jansc^nius, n était toujours le seul prétexte de cette petite guerre intestine. La distinction du fait et du droit occupait les esprits. On proposa enfin, en 1701, un problème théologique, qu'on appela le cas de conscience par excellence : « Pouvait-on donner les sacre- « ments à un homme qui aurait signé le formulaire en croyant « dans le fond de son cœur que le pape et même l'Église peu- ■ vent se tromper sur les faits? » Quarante docteurs signèrent qu'on pouvait donner l'absolution à un tel homme.

Aussitôt la guerre recommence. Le pape et les évéques voulaient qu'on les crût sur les faits. L'archevêque de Paris, Noailles, ordonna qu'on crût le droit d'une foi divine et le fait d'une foi humaine; les autres, et même l'archevêque de Cambrai, Fénelon, qui n'était pas content de M. de Noailles, exigèrent la foi divine pour le fait. Il eût mieux valu peutêtre se donner la peine de citer les passages du livre; c'est ce qu'on ne fit jamais.

Le pape Clément XI donna, en 1705, la bulle Vineam Domini, par laquelle il ordonna de croire le fait, sans expliquer si c'était d'une foi divine ou d'une foi humaine.

C'est une nouveauté introduite dans l'Église de faire signer des bulles à des filles : on fit encore cet honneur aux religieuses de Port-Royal des Champs. Le cardinal de Noailles fut obligé de leur faire porter cette bulle, pour les éprouver. Elles signèrent, sans déroger à la paix de Clément IX, et en se retranchant dans le silence respectueux à l'égard du fait.

On ne sait ce qui est plus singulier, ou l'aveu qu'on demandait à des filles, que cinq propositions étaient dans un livre latin, ou le refus obstiné de ces religieuses.

Le roi demanda une bulle au pape pour la suppression de leur monastère; le cardinal de Noailles les priva des sacrements; leur avocat fut mis à la Bastille; toutes les religieuses lurent enlevées et mises chacune dans un couvent moins dé- {obéissant; le lieutenant de police fit démolir, en 1709, leur BQaisoTx de fond en comble; et enfin, en 171 i, on déterra les

corps qui étaient dans l'église et dans le cimetière, pour Ifli transporter ailleurs.

Les troubles n'étaient pas détruits avec ce monastère : lei jansénistes voulaient toujours cabaler, et les jésuites se rendra nécessaires. Le P. Quesnel, prêtre de l'Oratoire, ami du célèbre Arnauld, et qui fut conrpagnon de sa retraite jusqu'au dernier moment, avait, dès l'an t67t, composé un livre de réflexions pieuses sur le texte du Nouveau Testament. Ce livre contient quelques maximes qui pourraient paraître favorables au jansénisme ; mais elles sont confondues dans une si grande foule de maximes saintes et pleines de cette onction qui gagne le cœur, que l'ouvrage fut reçu avec un applaudissement universel. Le bien s'y montre de tous côtés, et le mal il faut le chercher. Plusieurs évéques lui donnèrent les plus grands éloges dans sa naissance, et les confirmèrent quand le livre eut reçu encore par l'auteur sa dernière perfection. Je sais même que l'abbé Renaudot, l'un des plus savants hommes de France, étant à Home, la première année du pontifie at de Clément XI, allant un jour chez ce pape qui aimait les savants, et qui l'était lui-même, le trouva lisant le livre du P. Quesnel. « Voilà, lui dit le pape, un livre excellent. Nous « n'avons personne à Home qui soit capable d'écrire ainsi : je M voudrais attirer l'auteur auprès de moi. » C'est le même oape qui depuis condamna le livre.

il ne faut pourtant pas regarder ces éloges de Ck'mcnt X!, et les censures qui suivirent les éloges, comme une contradiction. On peut être très-touché dans une lecture des beautés frappantes d'un ouvrage, et en condamner ensuite les défauts cachés. Un des prélats qui avaient donné en France l'ap probationlaplus sincère au livre de Quesnel était le cardina. de Noailles, archevêque de Paris 11 s'en était déclaré le protecteur, lorsqu'il était évêque de Chaions, et le livre lui était dédié. Ce cardinal, plein de vertus et de science, le plus douï des hommes, le plus ami de la paix, protégeait quelques jan sénistes, sans l'être, et aimait peu les jésuites, sans leur nuire tt sans les craindre.

Ces jésuites commençaient à jouir d'un grand crédit, depuis que le P. de La ChaisCi gouvernant la conscience d^

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