CHAPITRE IXXVll
Louis XIV, était en e let à la tête de l'Église gallicane. Le P. Quesnel, qui les craignait, était retiré à Bruxelles avec le savant bénédictin Gerboron, un prêtre nommé Brigode, et plusieurs autres du même parti : il en était devenu chef après la mort du fameux Arnauld, et jouissait comme lui de cette gloire flatteuse de s'établir un empire secret, indépendant des souverains, de régner sur des consciences, et d'être l'Ame d'une faction composée d'esprits éclairés. Les jésuites, plui répandus que la faction, et plus puissants, déterrèrent bientôt Que^nel dans i^a solitude. Ils le persécutèrent auprès de Philippe V, qui était encore maître des Pays-Bas, comme ils avaient poursuivi Arnauld son maître auprès de Louis XIY. Ils obtinrent un ordre du roi d'Espagne de faire arrêter ces solitaires. Quesnel fut mis dans les prisons de l'archevêché de Malines. Un gentilhomme, qui crut que le parti janséniste ferait sa fortune s'il délivrait le chef, perça les murs et fit évader Quesnel, qui se retira à Amsterdam, où il est mort, en \li9y dans une extrême vieillesse, après avoir contribué à former en Hollande quelques églises de jansénistes, troupeau faible qui dépérit tous les jours.
Lorsqu'on l'arrêta on saisit tous ses papiers, et on y trouva tout ce qui caractérise un parti formé. Il y avait une copie d'un ancien contrat fait par les jansénistes avec Antoinette Bourignon, crlèbre visionnaire, femme riche et qui avait acheté, sous le nom de son directeur, l'Ile de Nordstrand, près du Holstein, pour y rassembler ceux qu'elle prétendait associer à une secte de mystiques qu'elle avait voulu établir. Cette Bourignon avait imprimé à ses frais dix-neuf gros volumes de pieuses rêveries, et dépensé la moitié de son bien à faire des prosélytes. Elle n'avait réussi qu'à se rendre ridicule, et même avait essuyé les persécutions attachées à toute innovation. Enfin, désespérant de s'établir dans son lie, elle l'avait revendue aux jansénistes, qui ne s'y établirent pas plus
qu'elle.
On trouva encore dans les manuscrits de Quesnel un projet plus coupable s'il n'avait été insensé. Louis XlV ayant envoyé en HoHande, en 1684, le comte d'Avaux, avec plein pouvoir d admettre à une trêve de vingt années les puissances qui
SIÈCLE DE LOUfi XIV.
youdraieni y entrer, les jansénistes, sous le nom de dmiple$ de saint Augustiiiy avaient imaginé de se faire comprendre dani cette trêve, comme s'ils avaient été en effet un parti formidable, tel que celui des calvinistes le fut si longtemps. Cette idée chimérique était demeurée sans exécution ; mais enfin les propositions de paix des janfénistes avec le roi de France avaient été rédigées par écrit : il y avait eu certainement dans ce projet une envie de se rendre trop considérables, et c'en était assez pour être criminels. On (it aisément croire à Louis XIV qu'ils étaient dangereux.
Il n*était pas assez instruit pour savoir que de vaines opi- "^ons de spéculation tomberaient d'elles-mêmes si on les abandonnait à leur inutilité. C'était leur donner un poids qu'elles n'avaient point, que d'en faire des matières d'État. Il ne fut pas difficile de faire regarder le livre du l\ Quesnel comme coupable, après que l'auteur eut été traité en séditieux. Les jésuites engagèrent le roi lui-même à faire demander à Rome la condamnation du livre : c'était en effet faire condamner le cardinal de Noailles, qui en avait été le protecteur le plus zélé. On se flattait avec raison que le pape Clément XI mortifierait l'archevêque de Paris. Il faut savoir que, quand Clément XI était le cardinal Albaui, il avait fait imprimer un livre tout moliniste de son ami le cardinal de Sfondrate, et que M. de Noailles avait été le dénonciateur de ce livre. Il était naturel de penser qu'Albani, devenu pape, ferait au moins contre les approbations données à Quesnel ce qu'on avait fait contre les approbations données à Sfou-
drate.
On ne se trompa point : le pape Clément XI donna, ver» l'an 1708, un décret contre le livre de Quesnel. Mais alors lei affaires temporelles empêchèrent que cette affaire spirituelle, qu'on avait sollicitée, ne réussit : la coup était mécontente de Clément XI, qui avait reconnu l'archiduc Charles pour roi d'Espagne, après avoir reconnu Philippe V. On trouva des nullités dans son décret; il ne fut point reçu en France; et les querelles furent assoupies jusqu'A la mort du P. de La Chaise, confesseur du roi, honmie doux, avec qui lei voies de conciliaflo* étaient toujours ouvertes et qui mén»-