‹ Le siècle de Louis XIV [microform]Chapitre 26 sur 285 · CHAPITRE IT · texte numérisé non relu

CHAPITRE IT

Le prince de Conli, fr^re du grand Condô, auMÎ Jaloui de •on aîné qu'incapable de l'égaler; le duc de Longuevillo, le duc de Beaufort, le duc de Bouillon, animi^a par l'esprit remuant du coadjuteur, et avides de nouveautés, se flattant d'élever leur grandeur sur les ruines de l'État et de faire servir à leurs desseins particuliers les mouvements aveugles du parlement, vinrent lui offrir leurs services. On nomma, dans 13 grand'chambre, les généraux d'une armée qu'on n'avait pas. Chacun se taxa pour lever des troupes. Il y avait vingt conseillers pourvus de charges nouvelles créées par le cardinal de Richelieu. Leurs confrères, par une petitesse d'esprit dont toute société est susceptible, semblaient poursuivre sur eux 1er mémoire de Richelieu ; ils les accablaient de dégoût:^, et ne les regardaient pas comme membres du parlement : il fallut qu'ils donnassent chacun quinze mille livres pour les frais de la guerre et pour acheter la tolérance de leurs confrères.

La grand'chambre, les enquêtes, les requêtes, la chambre des comptes, la cour des aides, qui avaient tant crié contre des impôts faibles et nécessaires, et surtout contre l'augmentation du tarif, laquelle n'allait qu'à deux cent mille livres, fournirent une somme de près de dix millions de notre monnaie d'aujourd'hui pour la subversion de la patrie. On rendit un arrêt par lequel 11 fut ordonné de se saisir de tout l'argent des partisans de la cour. On en prit pour douze cent mille da nos livres. On leva douze mille hommes par arrêt du parlement : chaque porte cochère fournit un homme et un cheval. Cette cavalerie fut appelée la cavalerie des portes cochères, Lo coadjuteur avait un régiment à lui qu'on nommait le régiment de Corinthe, parce que le coadjuteur était arche vêaus titulaire de Corinthe.

Sans les noms de roi de France, de grand Condé, de capitale du royaume, celte guerre de la Fronde eût été aussi ridicuie que celle des Barberins ; on ne savait pourquoi on était en armes. Le prince de Condé assiégea cent mille bourgeois avec huit mille soldats. Les Parisiens sortaient en campagne, ornéa de plumes el de rubans; leurs évolutions étaient le sujet da plaisanteries des gens du métier. Ils fuyaient dès qu'ils reo-

contraient deuxcents hommes de l'armée royale. Tout se tour- Dait en raillerie; le régiment de Corinthe ayant été battu par un petit parti, on appela cet échec la première aux Corinthiens,

Ces vingt conseillers qui avaient fourni chacun quinze mille livres n'eurent d'autre honneur que d'être appelés les gutnzevingts.

Le duc de Beaufort- Vendôme, petit-fils de Henri IV, l'idole du peuple, et l'instrument dont on se servit pour le soulever, prince populaire, mais d'un esprit borné, était publiquement l'objet des railleries de la cour et de la Fronde môme. On ne parlait jamais de lui que sous le nom de roi des halles. Une balle lui ayant fait une contusion au bras, il disait que ce n'était qu'une confusion.

La duchesse de Nemours rapporte, dans ses Mémoires, que le prince de Condé présenta à la reine un petit nain bossu, armé de pied en cap : « Voilà, dit-il, le généralissime de « l'armée parisienne. » 11 voulait par là désigner son frère, le prince de Conti, qui était en effet bossu, et que les Parisiens avaient choisi pour leur général. Cependant ce même Condé fut ensuite général des mêmes troupes; et madame de Nemours ajoute qu'il disait que toute cette guerre ne méritait d'être écrite qu'en vers burlesques. Il l'appelait aussi la guerre des pots de chambre.

Les troupes parisiennes, qui sortaient de Paris et revenaient toujours battues, étaient reçues avec des huées et des éclats de rire. On ne réparait tous ces petits échecs que par des couplets et des épigrammes. Les cabarets et les autres maisons de débauche étaient les tentes où l'on tenait les conseils de guerre, au milieu des plaisanteries, des chansons et de In gaieté la plus dissolue. La licence était si effrénée, qu'une nuit les principaux officiers de la Fronde, ayant rencontré le saint-sacrement qu'on portait dans les rues à un homme qu'on soupçonnait d'être Mazarin, reconduisirent les prêtres à coupi de plat d'épée.

Enfin on vit le coadjuteur, archevêque de Paris, venif prendre séance au parlement avec un poignard dans sa ^oche, dait on apercevait la poignée, et ou triait : VoC^ <i bréviaire de notre archevàaue.

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