‹ Le siècle de Louis XIV [microform]Chapitre 27 sur 285 · i....^»Çkr · texte numérisé non relu

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OBAPITRB IV.

Il vînt un héraut d'armes à la porte Saînt-Antoîne, accompagné d'un gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, pour iignifier des propositions. Le parlement ne voulut point k recevoir; mais il admit dans la grand'chambre un envoyé do i'archiduc Léopold, qui faisait alors la guerre à la France.

Au milieu de tous ces troubles, la noblesse s'assembla ea corps aux Augustins, nomma des syndics, tint publiquement des séances réglées. On eût cru que c'était pour réformer la France, et pour assembler les états généraux; c'était pour un tabouret que la reine avait accordé à madame de Pons ; peut- ^tre n'y a-t-il jamais eu une preuve plus sensible de la légèreté d'esprit qu'on reprochait aux Français.

Les discordes civiles qui désolaient l'Angleterre, précisément en m^me temps, servent Men à faire voir les caractères des deux nations. Les Anglais avaient mis dans leurs troubles civils un acharnement mélancolique et une fureur raisonnes : ils donnaient de sanglantes batailles; le fer décidait tout; les échafauds étaient dressés pour les vaincus; leur roi, pris en combattant, fut amené devant une cour de justice, interrogé Bur l'abus qu'on lui reprochait d'avoir fait de son pouvoi/, condamné à perdre la tète, et exécuté devant tout son peuple, avec autant d'ordre, et avec le môme appareil de Justice, que si on avait condamné un citoyen criminel, sans que, dans la Cî>urs de ces troubles horribles, Londres se fût ressentie un moment des calamités attachée^ aux guerres civiles.

Les Français, au contraire, se précipitaient dans les séditions par caprice et en riant : les femmes étaient à la tête des factions; l'amour faisait et rompait les cabales. La duchesse de Longucville engagea Turenne, à peine maréchal de France à faire révolter l'armée qu'il commandait pour le roi.

C'étaî'^ la même armée que le célèbre duc de Saie-Yeintf r ivait rassemblée. Elle était commandée, après la mort du duc de Veimar, par le comte d'Erlach, d'une ancienne maison dQ canton de Berne. Ce fat ce comte d'Erlach qui donna cette armée à la France, et qui lui valut la possession de l'Alsace. Le vicomte de Turenne voulut le séduire; l'Alsace eût éU perdue pour Louis XIV, mai^^ il fut inébranlable ; il contint lei troupe» veimrricnnes dans la fidélité qu'elles devaient à leui

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serment. Il fut môme chargé par le cardinal Mazarin d'arrôter le vicomte. Ce grand homme, infidèle alors par faiblesse, fut •bligé de quitter en fugitif l'armée dont il était général, pour plaire à une femme qui se moquait de sa passion : il devint, le général du roi de France, lieutenant de don Esteva de Gamare, avec lequel il fut battu à Réthel par le maréchal du Plessis-Praslin.

On connaît ce billet du maréchal d'Hocquincourt à la duchesse de Montbazon : Péronne est à la belle des belles. On sait ces vers du duc de La Rochefoucauld, pour la duchesse ds Longueville, lorsqu'il reçut, au combat de Saint-Antoine, un coup de mousquet qui lui fit perdre quelque temps la vue t

Pour mériter son cœur, pour plaire à tes beaui yeux J'ai fait la guerre aux rois; je l'aurais faite aux dieux.

On voit, dans les Mémoires de Mademoiselle, une lettre de Gaston, duc d'Orléans, son père, dont l'adresse est : A meS" dames les comtesses, maréchales de camp dans l'armée do ma filk contre le Mazarin,

La guerre finit et recommença à plusieurs reprises; il n'y eut personne qui ne changeai souvent de parti. Le prince de Condé, ayant ramené dans Paris la cour triomphante, se livra au plaisir de la mépriser après l'avoir défendue; et, ne trouvant pas qu'on lui donnât des récompenses proportionnées à ta gloire et à ses services, il fut le premier à tourner Mazarin en ridicule, à braver la reine, et à insulter le gouvernement qu'il dédaignait. 11 écrivit, à ce qu'on prétend, au cardinal : Air illustrissimo signor FaquiJio. Il lui dit un jour : Adiev, Mars, Il encouragea un marquis de Jarsai à faire une déclaration d'amour à la reine, et trouva mauvais qu'elle osât s'en offenser. Il se ligua avec le prince de Conti, son frère, et le duc de Longueville, qui abandonnèrent le parti de la Fronde. On avait appelé la cabale du duc de Beaufort, au commencement de la régence, celle des importants; on appelait celle de Condé le parti des petits-maîtres, parée ! qu'ils voulaient être les maîtres de l'État. Il n'est resté de tous ces troubles d'autres traces que ce nom de petit-maître, qu'on applique aulourd hui à la jeunesse avantageuse et mal élevée, et le nom

SIECLE DE LODIS HT

de prondeurs, qu'on doone aux censeurs du gouvernement

On employa de tous côtés des moyens aussi bas qu'odieux« Joli, conseiller au Châtelet, depuis secrétaire du cardinal de Retz, imagina de se faire une incision au bras, et de se faire tirer un coup de pistolet dans son carrosse, pour faire accroire %ue la cour avait voulu l'assassiner.

Quelques jours après, pour diviser le parti du prince de Condé et les frondeurs, et pour les rendre irréconciliabIe8,^n tire des coups de fusil dans les carrosses du graud Condé, et on tue un de ses valets de pied, ce qui s'appelait une joliade renforcée. Qui fit cette étrange entreprise? est-ce le parti du cardinal Mazarin? Il en fut très-soupçonné. On en accusa le cardinal de Retz, le duc de Beaufort et le vieux Broussel en plein parlement, et ils furent justifiés.

Tous les partis se choquaient, négociaient, se trahissaient tour à tour. Chaque homme important, ou qui voulait l'être, prétendait établir sa fortune sur la ruine publique; et le bien public était dans la bouche de tout le monde. Gaston était jaloux de la gloire du grand Condé et du crédit de Mazarin. Condé ne les aimait ni ne les estimait. Le coadjuteur de l'archevêché de Paris voulait être cardinal par la nomination de la reine, et il se dévouait alors à elle pour obtenir cette dignité étrangère qui ne donnait aucune autorité, mais un grand relief. Telle était alors la force du préjugé, que le prince de Conti, frère du grand Condé, voulait aussi couvrir sa couronne de prince d'un chapeau rouge. El tel était en même temps le pouvoir des intrigues, qu'un abbé sans naissance et sans mérite, nommé La Rivière, disputait ce chapeau romain au prince. Ils ne Feurent ni l'un ni l'autre : le prince, parce que, enfin, il sut le mépriser; La Rivière, parce qu'on se moqua de son ambition : mais le coadjuteur l'obtint pour avoii abandonné le prince de Condé aux ressentiments de la reine.

Ces ressentiments n'avaient d'autre fondement que de pe* ^tes querelles d'intérêt entre le grand Condé et Mazarin. Nul crime d'État ne pouvait être imputé à Condé ; cependant ou l'arrêta dans le Louvre, lui, son frère de Conti et son beaufrère de Longueville, sans aucune formalité, et uniquement parce que Mazarin le craignait. Cette démarche était, à la vé-

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