LETTRE A MILORD HARVEY
la gloire du maître; mais qu'eût fait un Colbcrt sous un autre prince, sous votre roi Guillaume, qui n'aimait rien, sous le roi| d'Espagne Charles If, sous tant d'autres souverains"?
Croiriez-vous bien, railord, q^e Louis XIV a l'é formé le goût de sa cour en plus d'un genre^Il choisit Lulli pour son mu sicien, et ôta le privilège à Cambert, parce que Cambcrt étail un homme médiocre, et Lulli un homme supérieur. Il savait dis-] tinguer l'esprit du génie ; il donnait à Quinault les sujets de ses! opéras ; il dirigeait les peintures de Le Brun ; il soutenait Boileau,] Racine, et Molière contre leurs ennemis ; il encourageait les ai utiles comme les beaux-arts, et toujours en connaissance di cause; il prétait de l'argent à Van-Kobais pour établir ses manufactures; il avançait des millions à la compagnie des Indes qu*il avait formée ; il donnait des pensions aux savants et auxi braves officiers. Non-seulement il 8*6St fait de granoes choses' BOUS son règne, mais c'est lui qui les faisait. Souffrez doncj milord, que je tiche d'élever à sa gloire un monument que je] consacre encore plus à l'utilité du genre humain.
Je ne considère pas seulement Louis XIV parce qu'il a fait du! bien aux Français, mais parce qu'il a fait du bien aux hommes ; t'est comme homme, et non comme sujet, que j'écris; j*) veux' peindre le dernier siècle, et non pas simplement un prince. Je mis las des histoires où il n'est question que des aventures f un roi, comme s'il existait seul ou que rien n'existât que par^;^ IQpport à lui: en un mot, c'est encore plus d'un grand siècle que ^ f un grand roi que j'écris l'histoire.
Pellisson eût écrit plus éloquemment que moi; mais il était courtisan, et il était payé. Je ne suis ni l'un ni l'autre: c'est à moi qu'il appartient de dire la vérité.
J'espère que dans cet ouvrage vous trouverez, milord, quelques-uns de vos sentiments; plus je penserai comme vous, piuf j'aurai le droit d'espérer l'approbation publique.