‹ Le siècle de Louis XIV [microform]Chapitre 2 sur 285 · VI LETTRE A MILORD HARVEY · texte numérisé non relu

VI LETTRE A MILORD HARVEY

Ce qu*il a fait dans sou royaume doit servira jamais d'exemplel 11 chargea de l'éducation de son fils et de son petit-fils les plus éloquents et les plus savants hommes do l'Europe. ]1 eut l'attention de placer trois enfants de Pie^rre Corneille, deux dans les troupes et l'autre dans l'Église; il exciU le mérite naissant de Racine par un présent considérable pour un jeune homme inconnu et sans bien ; et quand ce génie se fut perfectionné, ces talents, qui souventsont l'exclusion de la fortune, firentla sienne. Il eut plus que de la fortune, il eut la faveur, et quelquefois la femiliarité d'un maître dont un regard était un bienfait. Il était, eD 1C88 et 1689, de ces voyages de Marly tant brigués par les courtisans; il couchait dans la chambre du roi pendant ses maladies, et lui lisait ces chefs-d'œuvre d'éloquence et de poésie qui décoraient ce beau règne.

Cette faveur, accordée avec discernement, est ce qui produit de l'émulation et qui échauffe les grands génies: c'est beaucoup de faire des fondations, c'est quelque chose de les soutenir; mai» 8'en tenir à ces établissements, c'est souvent préparer les mômi asiles pour l'homme inutile et pour le grand homme ; c'est re^* cevoir dans la même ruche l'abeille et le frelon.

Louis XIV songeait à tout; il protégeait les académies, et distinguai ceux qui se signalaient. Il no prodiguait point ses faveurs à un genre de mérite à l'exclusion des autres, comme tant de princes qui favorisent, non ce qui est bon, mais ce qui leur plaît ; la physique et l'étude de l'antiquité attirèrent son attention. Elle ne s€ ralentit pas môme dans les guerres qu'il soutenait contre l'Eu/ope; car, en bâtissant trois cents citadelles, en faisant marcher quatre c^nt mille soldats, il faisait élever l'Observatoire, et tracer une méridienne d'un bout du royaume à l'autre, ouvrage unique dans le monde. 11 faisait imprimer dans son palais les traductions des bons auteurs grecs et latins; il envoyait des ^mètres et des physiciens au fond de l'Afrique et de l'Amérique chercher de nouvelles connaissances. Songez, milord, que, sans le voyage et les expériences de ceux qu'il envoya à Cayenne, en 1672, et sans les mesures de M. Picard», jamais Newton n'eût fait se.; découvertes sur l'attraction. Re-*

1. Vfhhé i. Picard, profeaour d'astroDomie au coUéee d« Fraace «I neoibiv

da rÀciiMnie de» ScicDcet

JJITTaE A MILORD HARVEY VII

gardez, je vous prie, un Cassini et un Huygens qui renoncent tous deux a leur patrie qu'ils honorent, pour venir en France jou.r de l'estime et des bienfaite de Louis XIV. Et pensez-vous que les Anglais mêmes ne lui aient pas d'obligaUonT Dites-moi. je vous prie, dans quelle coui Charles II puisa tant de poUtesse et tant de goûtî Les bonsautejrs de Louis XIV n'ont-ils pas été vos modèles î N'est-ce pas d'eux que votre sage Addison, l'homme de votre nation qui avait le goût le plus sûr, a tiré souvent ses excellentes critiques? L'évoque Burnet avoue que ce goût, acquis en France par les courUsansde Charles », réforma chezVoui jusque la chaire, malgré la différence de nos religions: tant la saine raison a partout d'empirel Dites-moi si les bons livres (k ce temps n'ont pas servi à l'éducation de tous les pnuces de 1 Empire? Dans quelles coufs de l'A'Jemagne n'a-t-on pas vu des théâtres français? Quel prince ne tâchait pas d'imiter Louis Xl\ ? Quelle nation ne suivait pas alors les modas de la France?

Vous m'apportez, milord, l'exemple du czar Pierre le Grand qui a fait naître les arts dans son pays, et qui est le créateu^ d une nation nouvelle; vous me dites que cependant son siècle ne sera pas appelé dans l'Europe le siècle du czar Pierre- vous en concluez que je ne dois pas aiipeler le siècle passé le'siècle de Louis XIV. Il me semble que la différence est bien palpable Le czar Pierre s'est instruit chez les autres peuples;» a porté «urs arts chez lui; mais Louis XIV a instruit les nations: tout jusqu à ses lautes, leur a été utile. Les protestants qui ont quitté ses Etals ont porté chez vous-mêmes une industrie qui faisait la nche^e de la France. Comptez-vous pour rien tant de manufactures de soie et de cristaux? Ces dernières surtout furent per. fectionnées chez vous par nos réfugiés, et nous avons perdrce «ue vous avez acquis.

Enfin la langue française, milord, est devenue presque la langue umverselle. A qui en est-on redevable? était-elle aussi étendue du temps de Henri IV? Non, sans doute; on ne connaissait que 1 Italien et l'espagnol. Ce sont nos excellents écrivain, qui ont fait ce changement. Mais qui a protégé, amployë, ec eouragé ces excellent, écrivains? C'ét«t M. Colbert, me direz- TOUS ; je I avoue, et je prétends bien que le ministre doit partager

fi

I iUftlfr

TShit!t^ .

Page 1