‹ Le siècle de Louis XIV [microform]Chapitre 43 sur 285 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

(fe bon sen», voient tous à peu près leurs intérêts. Un bourreois d'Amsterdam ou de Berne en sait sur ce point autant jue Séjan, Ximénôs, Buckingham, Ricîielieu ou Mazarin, nais notre conduite et nos entreprises dépendent uniqueincai ie la trempe de notre âme, et nos succès dépendent de h fortune.

Par exemple, si un génie tel que le pape Alexandre VI, ou Borgia, son fils, avait eu la Hochelle à prendre, il aurait invité dans son camp les principaux chefs, sous un serment jacré, et se serait défait d'eux ; Mazarin serait entré dans la ville deux ou trois ans plus tard, en gagnant et en divisant les bourgeois ; don Louis de Haro n'eût pas hasardé l'entreprise. Richelieu fit une digue sur la mer, à l'exemple d'Alexandre, et entra dans la RocheHo en conquérant ; miis une marée un peu forte, ou un peu plus de diligence de la part des Anglais, délivraient la Rjchelle, et faisaient passer Richelieu pour un téméraire.

On peut juger du caractère des hommes par leurs entreprises. On peut bien assurer que l'àme de Richelieu respirait la hauteur et la vengeance; que Mazarin était sage, souple, et avide do biens. xMais pour connaître à quel point un ministre a de l'esprit, il faut ou l'entendre souvent parler, ou lire ce qu'il a écrit. H arrive souvent parmi les hommes d'État ce qu'on voit tous les jours parmi les courtisans; celui qui a le plus d'esprit échoue, et celui qui a dans le caractère plus de patience, do force, de souplesse et de suite, réussit.

En lisant les lettres du cardinal Mazarin et les Mémoires du cardinal de Uetz, on voit aisément que Retz était le génie supérieur : cependant Mazarin fut tout-puissant, et Retz fut accablé. Enfin il est très-vrai que, pour faire un puissant ministre, il ne faut souvent qu'un esprit médiocre, du bon sens et de la fortune ; mais, pour être un bon ministre/il faut avoir pour passion dominante l'amour du bien public! Le grand homme d'État est celui dont il reste de grands monuments utiles à la patrie.

/ Le monument qui immortalise le cardinal Mazarin est l'ao ijuisition de l'Alsace. Il donna cette province à li Franca

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daoBle temps que la France ^tait déchaînée centre lui; ci, par une fatalité singulière, il fit plus de bien au royaum') lorsqu'il y était persécuté, que dans la tranquillité d'une puissance absolue.

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