CHAPITRE VI
tontes les factions anglaises, quoique divisées entre elles, conspiraient également à ne jamais reconnaître de roi». lisM trompèrent tous deux : la fortune fit, peu de mois après, ce que ces deux ministres auraient pu avoir la gloire d'entreprendre. Charles fut rappelé dans ses États par les Anglais, sans qu'un seul potentat de l'Europe se fût jamais mis en devoir ni d'empêcher le meurtre du père, ni de servir au rétablissement du fils. Il fut reçu dans les plaines de Douvres par vingt mille citoyens qui se jetèrent à genoux devant lui. Des vieillards, qui étaient de ce nombre, m'ont dit que presque tout le monde fondait en larmes. Il n'y eut peut-être jamais de spectacle plus touchant, ni de révolution plus subite (juin 1660). Ce changement se fit en bien moins de temps que le traité des Pyrénées ne fut conclu ; et Charles II était déjà paisible possesseur de l'Angleterre, que Louis XIV n'était pas encore marié par procureur.
(Août 1660.) Enfin le cardinal Mazarin ramena le roi et la nouvelle reine à Paris. Un père qui aurait marié son fils sans lui donner l'administration de son bien n'en eût pas usé autrement que Mazarin; il revint plus puissant et plus jaloux de sa puissance, et même des honneurs, que jamais. Il exigea ©I obtint que le parlement vînt le haranguer par députés. C'était une chose sans exemple dans la monarchie ; mais ce n'était pas une trop grande rt'puration du mal que le parlement lui avait fait. Il ne donna plus la main aux princes du sang, en lieu tiyers, comme autrefois. Celui qui avait traité don Louis de Haro en égal voulut traiter le grand Condé en inférieur, l) marchait alors avec un faste royal, ayant, outre ses gardes, une compagnie de mousquetaires, qui a été depuis la seconde compagnie des mousquetaires du roi. On n'eut plus auprès de lui un accès libre : si quelqu'un était assez mauvais courtisan pour demander une grâce au roi, il était perdu. La reino mère, si longtemps protectrice obstinée de Mazarin contre la France, resta sans crédit dès qu'il n'eut plus besoin d'elle. Le roi son fils, élevé dans une soumission aveugle pour ce ministre, ne pouvait secouer le joug qu'elle lui avait imposd, aussi bien qu'à elle-même; elle respectait son ouvrage, et Louis XiV n'osait pas encore régner du vivant de Mazaria.
Ur. ministre est excusabiC du mal qu*il fait, lorsque le z fernail de l'filal est forcé dans sa main par les tcmpCIcs; mais, dans le calme, il est coupable de tout le bien qu'il ne fuit pas. Mazariri ne fit de bien qu'à lui, et à sa famille, pai rapport à lui. Huit années de puissance absolue et tranquille^ depuis son dîTuier retour jusqu'à sa mort, ne furent marquées par aucun établissement glorieux ou utile; car le col- ^Jége des Quatre-Nations ne fut que l'effet de son testament.
11 gouvernait les finances comme l'intendant d'un seigneur obéré. Le roi demandait quelquefois do l'argent à Fouquet, qui lui répondait \% Sire, il n'y a rien dans les cofTres de « Votre Majesté, mais monsieur le cardinal vous en prêtera, ift Mazarin était riche d'environ deux cents millions, à compter condme on fait aujourd'hui. Plusieurs mémoires disent qu'il en amassa une partie par des moyens trop au-dessous ae la grandeur de sa place. Ils rapportent qu'il partageait avec les armateurs les profils de leurs courses. C'est ce qui ne fut Jamais prouvé; mais les Hollandais l'en soupçonnèrent, et ils n'auraient pas soupçonné le cardinal de Richelieu.
On dit qu'en mourant il eut des scrupules, quoiqu'au dehors Il montrât du courage. Du moins il craignit pour ses bienz, et il en fit au roi une donation entière, croyant que le roi les lui rendrait. Il no se trompa point ; le roi lui remit la donation au bout de trois jours. Enfin il mourut (9 mars t661); et il n'y eut que le roi qui semblAt le regretter, car ce prince savait déjà dis.^imuler. Le joug commençait à lui peser, il était impatient de régner : cependant il voulut paraître sen- •ible à une mort qui le mettait en possession de son trd..e.
Louis XIV et la cour portèrent le deuil du cardinal Mazarin; honneur peu ordinaire, et que Henri IV avait fait à la mémoire de Gabriellc d'Kstrées.
On n'entreprendra pas ici d'examiner si le cardinal Mazarin la été un grand ministre ou non : c'est à ses actions de parler .et à la postérité de juger. Le vulgaire suppose quelquefoit une étendue d'esprit prodigieuse, et un génie presque divin, dans ceux qui ont gouverné des empires avec quelque succès. Ce n'est point une pénétration supérieure qui fait les hommei d'État, c'est leur caractère. Le»hommw. pour peu qu'ils aient