CHAPITRE Vil
Charles II, roi d'Angleterre, qui passait alors pour gouverner par lui-même, inspira de l'émulation à Louis XIV. Si cela est, il surpassa beaucoup son rival» et il mérita toute sa vie ce qu'on avait dit d'abord de Charles.
/ Il commença par mettre de Tordre dans les finances, dô-
^rangées par un long brigandage ; la discipline fut rétablie dans
les troupes, comme Tordre dans les finances ; la magnificence
et la décence embellirent sa cour; les plaisirs même eurent
. de Téclat et de la grandeur : tous les arts furent encouragés,
W tous employés à la gloire du roi et de la France.
Ce n'est pas ici le lieu de le représenter dans sa vie privée, ni dans l'intérieur de son gouvernement ; c'est ce que nous ferons à part : il suffit de dire que ses peuples, qui, depuis la mort de Henri le Grand, n'avaient point vu de véritable roi, et qui détestaient Tempire d'un premier ministre, furent remplis d'admiration et d'espérance quand ils virent Louis XIV faire à vingt-deux ans ce que Henri IV avait fait à cinquante. Si Henri IV avait eu un premier ministre, il eût été perdu, parce que la haine contre un particulier eût ranimé vingt factions trop puissantes. Si Louis XIII n'en avait pas eu, ce prince, dont un corps faible et malade énervait Tâme, eût succombé sous le poids. Louis XIV pouvait sans péril avoir ou n'avoir pas de premier ministre : il ne restait pas la moindre trace des anciennes factions ; il n'y avait plus en France qu'un maître et des sujets. 11 montra d'abord qu'il ambitionnait toute sorte de gloire, cl qu'il voulait être aussi considéré an dehors qu'absolu au dedans.
Les anciens rois de TKurope prétendent entre eux une entière (égalité, ce qui est très-naturel; mais les rois de France ont toujours réclamé la préséance que mérite l'antiquité de leur race et de leur royaume; et s'ils ont cédé aux empe> reurs, c'est parce que les hommes ne sont presque jamaii assez hardis pour renverser un long usage. Le chef de la ré* publique d'Allemagne, prince électif et peu puissant par luimême, a le pas sans contredit sur tous les souverains, à causa de ce titre de césar et d'héritier de Charlemagne : la chancellerie allemande ne traitait pas même alors les autres roii de majesté. Les rois de France pouvaient disputer la préséanrt
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