CHAPITRE Vil
aux empereurs, puisque la France avait fondé le véritable empire d'Occident, dont le seul nom subsiste en Allemagne : ils avaient pour eux non-seulement la supériorité d'une couronne héréditaire sur une dignité élective, mais Tavantago d'être issus, par une suite non interrompue, de souverains jui régnaient sur une grande monarchie plusieurs sièclea ivant que, dans le monde entier, aucune des maisons qui possèdent aujourd'hui des couronnes fût parvenue à quelque élévation : ils voulaient au moins précéder les autres puis- Minces de l'Europe. On alléguait en leur faveur le nom de très-chrétien; les rois d'Espagne opposaient le titre de catholique; et depuis que r.harles-Quint avait eu un roi de France prisonnier à Madiid, la fierté espagnole était bien loin de céder ce rang. Les Anglais et les Suédois, qui n'allèguent aujourd'hui aucun de ces surnoms, reconnaissent le moins qu'ils peuvent cette supériorité.
C'était à Rome que ces prétentions étaient autrefois débattues : les papes, qui donnaient les États avec une bulle, se croyaient à plus fortefTaison endroit de décider du rang entre les couronnes. Cette cour, où tout se passe en cérémonie, était le tribunal où se jugeaient ces vanités de la grandeur : la France y avait eu toujours la supériorité quand elle était plus puissante que l'Espagne; mais, depuis le règne de Charles-Quint, l'Espagne n'avait négligé aucune occasion de se donner l'égalité. La dispute restait indécise ; un pas de plus ou de moins dans une procession, un fauteuil placé près d'un autel ou vis à-vis la chair d'un prédicateur, étaient des Criomphes, et établissaient des titres pour cette prééminence. La chimère du point d'honneur était extrême alors sur cet article entre les couronnes, comme la fureur des duels entre les particuliers.
( 1661. ) Il arriva qu'à l'entrée d'un ambassadeur de Suèdi à Londres, le comte d'Estrade, ambassadeur de France, et le baron de Vatteville, ambassadeur d'Espagne, se disputèrent le pas. L'Espagnol, avec plus d'argent et une plus nombreuse suite, avait gagné la populace anglaise: il fait d'abord tuer les chevaux des carrosses français, et bientôt les gens du comte d'Estrade, blessés et dispersés,
laissèrent les Espagnols marcher l'épée nue^ comme en triomphe.
Louis XIV, informé de cette insulte, rappela l'ambassadaui qu'il avait à Madrid, fit sortir de France celui d'Espagne, rompit les conférences qui se tenaient encore en Flandre au sujet des limites, et fit dire au roi Philippe IV, son beaupère, que, s'il ne reconnaissait la supériorité de la couronne de France, et ne réparait cet affront par une satisfaction solenncile, la guerre allait recommencer. Philippe IV ne vou* lut pas replonger son royaume dans une guerre nouvelle pour la préséance d'un ambassadeur : il envoya le comte de Fucntès déclarer au roi, à Fontainebleau, en présence de tous les ministres étrangers qui étaient en France (24*mars 1662), « que « les ministres espagnols ne concourraient plus dorénavant « avec ceux de France. » Ce n'en était pas assez pour reconnaître nettement la prééminence du roi, mais c'était asseï pour un aveu authentique de la faiblesse espagnole. Cette cour, encore flère, murmura longtemps de son humiliation : depuis, plusieurs ministres espagnols ont renouvelé leurs anciennes prétentions ; ils ont obtenu l'égalité à Nimôgue : mais Louis XIV acquit alors, par sa fermeté, une supériorité réelle dans l'Europe, en faisant voir combien il était à craindre.
A peine sorti de cette petite affaire avec tant de grandeur, il en marqua encore davantage dans une occasion où sa gloire semblait moins intéressée. Les jeunes Français, dans les guerres faites depuis longtemps en Italie contre l'Espagne, avaient donné aux Italiens, circonspects et jaloux, l'idée d'une nation impétueuse : l'Italie regardai l toutes les nations dont elle était inondée comme des barbares, et les Français comme des barbares plus gais que les autres, mais plus dangereiw, qui portaient dans toutes les maisons les plaisirs avec le mépris, et la débauche avec l'insulte. Ils étaient craints partoiht, et surtout à Rome.
Le duc de Créqui, ambassadeur auprès du pape, avait ré^ 7olté les Romains par sa hauteur : ses domestiques, gens qui poussent toujours à l'extrême les défauts de leur maître, commeltaieul dans Rome les mCmcs désordres que la jeunesse
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