‹ Le siècle de Louis XIV [microform]Chapitre 47 sur 285 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

indisclpllnable de Paris, qui se faisait alors un honneur d'attaquer toutes les nuits le guet qui veille à la garde de la Tille.

Quelques laquais du duc de Créqui s'avisèrent de charger, l'épée à la main, une escouade de Corses (ce sont desgardei du pape qui appuient les exécutions de la justice). Tout lo corps des Corses offensé, et secrètement animé par don Mario Chigi, frère du pape Alexandre VII, qui haïssait le duc de Créqui, vint en armes assiéger la maison de l'ambassadeur (20 août i662). Ils tirèrent sur le carrosse de l'ambassadrice, qui rentrait alors dans son palais; ils lui tuèrent un page, et blessèrent plusieurs domestiques. Le duc de Créqui sortit de Rome, accusant les parents du pape, et le pape lui-même, d'avoir favorisé cet assassinat. Le pape différa tant qu'il put la réparation, persuadé qu'avec les Français il n'y a qu'à temporiser, et que tout s'oublie : il fit pendre un Corse et un sbire au bout de quatre mois, et il fit sortir de Rome le gouverneur, soupçonné d'avoir autorisé l'attentat; mais il fut consterné d'apprendre que le roi menaçait de faire assiéger Rome, qu'il faisait déjà passer des troupes en Italie, et que le maréchal du P)essi3-Praslin était nommé pour les commander. L'affaire était devenue une querelle de nation à nation, et le roi voulait faire respecter la sienne. Le pape, avant de faire la satisfaction qu'on demandait, implora la médiation de tous les princes catholiques; il fit ce qu'il put pour les animer contre Louis XIV; mais les circonstances n'étaient pas favorables au pape : l'Empire était attaqué par les Turcs; l'Espagne était embarrassée dans une guerre peu heureuse contre le Portugal.

La cour romaine ne fît qu'irriter le roi sans pouvoir lui nuire. Le parlement de Provence cita le pape, et fit saisir le comlat d'Avignon. Dans d'autres temps les excommunications de Rome auraient suivi ces outrage? ; mais c'étaient des armes usées et devenues ridicules; il fallut que le pape pliAt : n fut forcé d'exiler de Rome son propre frère ; d'envoyer son neveu, le cardinal Chigi, en qualité de légat à latcre, faire saticfaction an roi; de casser la garde corse, et d'élever dans Ha vie une pyramide avec une inscription qui contenait l'in-

jure et la réparation. Le cardinal Chigi fut le premier légat de la cour romaine qui fût jamais envoyé pour demander pardon : les légats, auparavant, venaient donner des lois, et im» poser des décimes. Le roi ne s'en tint pas à faire réparer un outrage par des cérémonies passagères, et par des monuments qui le sont aussi (car il permit quelques années après la des- . truction de la pyramide); mais il força la cour de Rome à promettre de rendre Castro et Ronciglione au duc de Parme, & dédommager le duc de Modène de ses droits sur Commachio; et il tira ainsi d'une insulte l'honneur solide d'Ctre le protecteur des princes d'Italie.

/En soutenant sa dignité, il n'oubliait pas d'augmenter son pouvoir. Ses finances, bien administrées par Colbert, le mirent en état d'acheter Dunkerque et MardiOuHrord'Angleterre pour cinq millions de livres, à vingt-six livres dix sous le marc (*27 octobre 1662). Charles II, prodigue et pauvre, eui la honte de vendre le prix du sang des Anglais : son chancelier Hyde, accusé d'avoir conseillé ou souffert cette faiblesse, fut banni depuis par le parlement d'Angleterre, qui punit souvent les fautes des favoris, et qui quelquefois môme Juge ses rois.

|tG63.) Louis fit travailler trente mille hommes à fortifier Dunkerque du côté de la terre et de la mer. On creusa entre la ville et la citadelle un bassin capable de contenir trente vaisseaux de guerre ; de sorte qu'à peine les Anglais eurent vendu cette ville, qu'elle devint l'objet de leur terreur.

(30 août 1663.) Quelque temps après, le roi força le duc de Lorraine à lui donner la forte ville de Marsal : ce malheureux Charles IV, guerrier assez illustre, mais prince faible, inconstant et imprudent, venait de faire un traité par leqdel il ionnait la Lorraine à la France après sa mort, à condition que le roi lui permettrait de lever un million sur l'État qu'il abandonnait, et que les princes du sang de Lorraine seraient réputés princes du sang de France. Ce traité, vainement vérifié au parlement de Paris, ne servit qu'à produire de nouvelles inconstances dans le duc de Lorraine, trop heureux ensuite de donner MarsaL et de se remettre à la clémence du roi

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Louis augmentait ses États même pendant la paii, et se te* naît toujours prôt pour la guerre, faisant fortifier ses frontières, tenant ses troupes dans la discipline, augmentant leur nombre, faisant des revues fréquentes.

Les Turcs étaient alors très-redoutables en Europe; ilsatiAquaicnt à la fois l'empereur d'Allemagne et les YénitiensJ^I^ politique des rois de France a toujours été, depuis François I", d'^'tre alliés des empereurs turcs, non-seulement pour les avantages de commerce, mais pour empC'cher la maison d'Autriche de trop prévaloir ; cependant un roi chrétien ne pouvait refuser du secours A l'empereur trop en danger, et l'intérêt delà France était bien que les Turcs inquiétassent la Hongrie, mais non pas qu'ils l'envahissent; enfin, ses traités avec l'Kmpire lui faisaient un devoir de cette démarche ho* norable. Il envoya donc six mille hommes en Hongrie, sous les ordres du comte de Coligni, seul reste de la maison de ce Coligni autrefois si célèbre dans nos guerres civiles, et qui mérite peut-être une aussi grande renommée que cet amiral par son courage et par sa vertu. 1/amitié l'avait attaché au grand Condé,et toutes les offres du cardinal Mazarin n'avaient pu l'engager à manquer à son ami. Il mena avec lui l'élite de la noblcs?e de France, et entr'autres le jeune La Feuillade, homme entreprenant, avide de gloire et de fortune (1604), Ces Français allèrent servir en Hongrie sous le général Montccuculli, qui tenait tête alors au grand vizir Kiuperli ou Kouprogli, et qui depuis, en servant contre la France, balança la réputation de Turcnne. H y eut un grand combat à Saint- Gothard, au bord du Raab, entre les Turcs et l'armée de l'empereur : les Français y firent des prodiges de valeur ; les Allemands mêmes, qui ne les aimaient point, furent obligés de leur rendre justice : mais ce n'est pas la rendre aux Allemands de dire, comme on a fait dans tant de livres, que 1 ;s Français eurent seuls l'honneur delà victoire.

Le roi, en mettant sa grandeur à secourir ouvertement l'empereur, et à donner de l'éclat aux armes françaises, mettait sa politique à soutenir secrètement le Portugal contre l'Espagne. Le cardinal Mazarin avait abandonné formellement les Portugais, par le traité des Pyrénées : mais l'Espagnol

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