CHAPITRE X
TrftYm et magnificence de Louii XIV. Aventure singulière en Portugal» Ciiinik en France. Secours en Candie. Conquête de la HoUande-
Louis XIV, forcé de rester quelque temps en paix, continua, comme il avait commencé, à régler, à fortifier et embellir son royaume. Il fit voir qu'un roi absolu qui veut le bien vient à bout de tout sans peine. Il n'avait qu'à comman-' 3iêr, et les succès dans l'administration étaient aussi rapides que l'avaient été ses conquêtes. C'était une chose véritablement admirable de voir les ports de mer, auparavant déserts, ruinés, maintenant entourés d'ouvrages qui faisaient leur ornement et leur défense, couverts de navires et de matelots, et contenant déjà près de soixante grands vaisseaux qui polyvalent armer en guerre. De nouvelles colonies, protégées par son pavillon, partaient de tous côtés pour l'Amérique, pour les Indes orientales, pour les côtes de l'Afrique. Cependant en France, et sous ses yeux, des édifices immenses occupaient des milliers d'hommes avec tous les arts que l'architecture entratne après elle ; et dans l'intérieur de sa cour et de sa capitale, des arts plus nobles et plus ingénieux donnaient à la France des plaisirs et une gloire dont les siècles précédentf n'avaient pas eu môme l'idée. Les lettres florissaient; le bon goût et la raison pénétraient dans les écoles de la barbarie. Tous ces détails de la gloire et de la félicité de la nation trouveront leur véritable place dans cette histoire; il ne s'agit ici que des affaires générales et militaires.
Le Portugal donnait en ce temps un spectacle étrange à l'Europe. Don Alphonse, fils indigne de l'heureux don Juan de Bragunce, y régnait ; il était furieux et imbécile. Sa femme, fille du duc de Nemours, amoureuse de don Pèdre, frère d'Alphonse, osa concevoir le projet de détrôner son mari| et d'épouser son amant. L'abrutissement du mari justi^
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SIECLB DE LOUIS XIT.
fia l'audace de la reine, n était d'une force de corps au-de»- 6U8 de l'ordinaire ; il avait eu publiquement d'une courtisane un enfant qu'il avait reconnu ; enfin il avait couché trè»-longlenaps avec la reine : malgré tout cela elle l'accusa d'impuissance; et ayant acquis dans le royaume, par son habileté, l'autorité que son mari avait perdue par ses fureurs, elle le fit enfermer (Novembre <6G7). Elle obtint bientôt de Rome une bulle pour épouser son beau-frère. U n'est pas étonnant que Rome ait accordé cette bulle; mais il l'est que des personnes toutes-puissantes en aient besoin. Ce que Jules H avait accordé satLé difficulté au roi d'Angleterre Henri VIII, Clément IX l'accorda à l'épouse du roi de Portugal. La plus petite intrigue fait dans un temps ce que le» plus grands ressorts ne peuvent opérer dans un autre. Il y a toujours deux poids et deux mesures pour tous les droiU des rois et des peuples. Ces deux mesures étaient au Vatican depuis que les papes influèrent sur les affaires de l'Europe. Il serait impossible de comprendre comment tant de nations avaient laissé une si étrange autorité au pontife de Rome, tj Fon ne savait combien l'usage a de force.
Cet événement, qui ne fut une révolution que dans la famille royale, et non dans le royaume de Portugal, n'avani rien changé aux affaires de l'Europe, ne mérite d'attention ijue par sa singularité.
La Franco reçut bientôt après un roi qui de^iendait da trône d'une autre manière (1668). Jean Casimir, .^i de Pologne, renouvela l'exemple de la reine Christine. Fatigué des embarras du gouvernement, et voulant vivre heureux, il choisit sa retraite à Paris, dans l'abbaye de Saint-Germaia, dont il fut abbé. Paris, devenu depuis quelques années le sé^ Jour de tous les arts, était une demeure délicieuse pour un roi qui cherchait les douceurs de la société, et qui aimait les lettres. H avait été jésuite et cardinal avant d'être roi, et, dégoûté également de la royauté et de l'église, il ne cherchait qu|à vivre en parlicuHer et en sage, et ne voulut jamais souffrir qu'on lui donnât à Paris le titre de majesté.
Mais une affaire plus intéressante tenait tous les princes chrétiens attentifs.