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CHAPITRE X

Les Turcs, moins formidables, à la vérité, que du temps des Mahomet, des Sélim et des Soliman, mais dangereux encore, et forts de nos divisions, après avoir bloqué Candie pendant huit années, l'assiégeaient régulièrement avec toutes les forces de leur empire. On ne sait s'il était plu» étonnant que les Vénitiens se fussent défendus si iongtemps, ou que les roi» de l'Europe les eussent abandonnés.

Les temps sont bien changés. Autrefois, lorsque l'Europe chrétienne était barbare, un pape, ou môme un moine, envoyait des millions de chrétiens combattre les mahométans dans leur empire; nos États s'épuisaient d'hommes et d'argent pour aller conquérir la misérable et stérile province da Judée : et maintenant que l'île de Candie, réputée le boulevard de la chrétienté, était inondée de soixante mille Turcs, les rois chrétiens reg.jrdaient cette perte avec indifférence. Quelques gaîères de xMalte et du pape étaient le seul secours qui défendait cette république contre l'empire ottoman. Le sénat de Venise, aussi impuissant que sage, ne pouvait avec ses soldats mercenaires et des secours si faibles résister au grand visir Kiuperli, bon ministre, meilleur général, maître de l'empire de la Turquie, suivi de troupe» formidables, et qui même avait de bons ingénieurs.

Le roi donna inutilement aux autres princes l'exemple de secourir Candie. Ses galères, et les vaisseau* nouvellement construits dans le port de Toulon, y portèrent sept mille hommes commandés par le duc de Beaufort : secours devenu *" trop faible dans un si grand danger, parce que la générosité française ne firt imitée de personne.

La Feuillade, simple gentilhomme français, fit une actioiL qui n'avait d'exemple que dans les anciens temps de la chevalerie. Il mena près de trois cents gentilshommes à Candie, à ses dépens, quoiqu'il ne fût pas riche. Si quelque autre nation avait fait pour les Vénitiens à proportion de La Feuillade, il est à croire que Candie eût été délivrée. Ce secours ne servit qu'à retarder la prise de quelques jours, et à verser du sang inutilement. Le duc de Beaufort périt dans une sortie; et Kiuperli entra enfin par capitulation dans cette ville, qui a'élait plus qu'un monceau de ruines (16 septembre <66D),

Les Turcs, dans ce siège, s'étaient montrt^i supérieura au« chrétiens, mûme dans la connaissance de l'art militaire. Les plus gros canons qu'on eût vus encore en Europe furent fondus dans leur camp : ils firent, pour la première fois, des lignes parallèles dans les tranchées. C'est d'eux que nous avons cet usage; mais ils ne le tinrent que d'un ingénieur italien. Il est certain que des vainqueurs tels que les Turcs, avec de l'expérience, du courage, des richesses, et cette constance dans le travail, qui faisait alors leur caractère, devaient conquérir l'Italie et prendre Rome en bien peu de temps : mais les Uches empereurs qu'ils ont eus depuis, leur» mauvais généraux, et le vice de leur gouvernement, ont été le sàlut de la chrétienté.

/ Le roi, peu touché de ces événements éloignés, laissait mûtir son grand dessein de conquérir les Pays-Bas, et de commencer par la Hollande. L'occasion devenait tous les jours plus favorable. Cette petite république dominait sur les mer»; mais sur la terre rien n'était plus faible. (Liée avec l'Espagne et avec l'Angleterre, en paix avec la France, elle se reposait avec trop de sécurité sur les traités et sur les avantages d'un commerce immense. Autant que ses armées navales étaient disciplinées et invincibles, autant ses troupes de terre étaient mal tenues et méprisables. Leur cavalerie n'était composée que de bourgeois, qui ne sortaient jamais de leurs maisons, et qui payaient des gens de la lie du peuple pour faire le service en leur place : l'infanterie était à peu près sur le même pied; les officiers, les commandants mCme des places de guerre, étaient les enfants ou les parents des bourgmestre», nourris dans l'inexpérience et l'oisiveté, regardant leurs emploi» comme des prêtres regardent leurs bénéfices. Le pensionnaire Jean de Witt avait voulu corriger cet abus, mai» il ne l'avait pas assez voulu; et ce fut une des grandes fautes de ce républicain.

(1670.)(}l fallait d'abord détacher l'Angleterre de la Hollande.Scet appui venant à manquer aux Provinces-Unies, leur îuine paraissait inévitable. Il ne fut pas difficile à Loui» XIV l'engager Charles dans ses desseins. Le monarque anglais a'était pas, à la vérité, fort »en»ible à la honte que son règn«

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