CHAPITRE XI
faute qu'on avait faite de garder trop de places , d'atTaiblii rarméc et de manquer Amsterdam.
Le prince de Condé voulut en vain percer dans le cœur de la Hollande inondée. Turenne ne put ni mettre obstacle à U Jonction de Montecuculliet du prince d'Orange, ni empêcher le prince d'Orange de prendre Bonn. L'évéque de Munster, qui avait juré la ruine des États-Généraux , fut attaqué luimême par les Hollandais.
Le parlement d'Angleterre força son roi d'entrer sérieusement dans des négociations de paix, et de cesser d'être Tin- •trument mercenaire de la grandeur de la France. Alors il fallut abandonner les trois provinces hollandaises avec autant de promptitude qu'on les avait conquises. Ce ne fut pas sans les avoir rançonnées : l'intendant Robert tira de la seule province d'Utrecht, en un an, seize cent soixante et huit mille florins. On était si pressé d'évacuer un pays conquis avec tant de rapidité, que vingt-huit mille prisonniers hollandais furent rendus pour un écu par soldat. L'arc de triomphe de la porte Saint-Denis, et les autres monuments de la conquête, étaient à peine achevés, que la conquête était déjà abandonnée. Les Hollandais, dans le court de cette invasion, eurent la gloire de disputer l'empire de la mer, et l'adresse de transporter •ur terre le théâtre delà guerre hors de leur pays. Louis XIV passa dans l'Europe pour avoir joui avec trop de précipitation et trop de fierté de l'éclat d'un triomphe passager : le fruit de cette entreprise fut d'avoir une guerre sanglante à soutenir contre l'Espagne, l'Empire et la Hollande réunis, d'être abandonné de l'Angleterre, et enfin de Munster, de Cologne même, et de laisser dans les pays qu'il avait envahis et quitté! plui de haine que d'admiration pour lui.
Le roi tint seul contre toui les ennemis qu'il s'était faits, La prévoyance de son gouvernement et la force de son État parurent bien davantage encore lorsqu'il fallut se défendre contre tant de pu-issances liguées et contre de grands généraux, que quand il avait pris en voyageant la Flandre française, la Franche-Comté, et la moitié de la Hollande, sur des ôunemis sans défense.
On vit surtout quel avantage un roi absolu, dont les finances
lont bien administrées, a sur les autres rois. Il fournît à la fois une armée d'environ vingt-trois mille hommes à Turenne contre les Impériaux; une de quarante mille à Condé contre le prince dOrange; un corps de troupes était sur les Irontièrei du Roussillon ; une flotte chargée de soldats alla porter la guerre aux Espagnols jusque dans Messine; lui-même marcha pour se rendre maître une seconde fois de la Franche-Comté. Use défendait et il attaquait partout en même temps.
D'abord, dans sa nouvelle entreprise sur ia Franche-Comté, ht supériorité de son gouvernement parut tout entière. Il s'agissait de mettre dans son parti, ou du moins d'endormir les Suisses, nation aussi redoutable que pauvre, toujours armée, toujours jalouse à l'excès de sa liberté, invincible sur ses frontières, murmurant déjà, et s'eiTarouchant de voir Louis XIV une seconde fois dans leur voisinage. L'empereur et l'Espagne sollicitaient les Treize Cantons de permettre au moins un passage libre à leurs troupes, pour secourir la Franche-Comté, demeurée sans défense par la négligence du ministre espagnol ; le roi, de son côté, pressait les Suisses de refuser ce passage : mais l'Empire et l'Espagne ne prodiguaient que des raisons et des prières; le roi, avec de l'argent comptant, détermina les Suisses à ce qu'il voulut, et le passage fut refusé. Louis, accompagné de son frère et du fils du grand Condé, assiégea Besançon. H aimait la guerre de siège, et pouvait croire l'entendre aussi bien que les Condé et les Turenne : mais, tout jaloux qu'il était de sa gloire, il avouait que ces deux grands hommes entendaient mieux que lui la guerre de campagne. D'ailleurs il n'assiégea jamais une ville sans être moralement sûr de la prendre. Louvois faisait si bien let préparatifs, les troupes étaient si bien fournies , Vauban, qui conduisit presque tous les sièges, était un si grand maître dans l'art de prendre des villes, que la gloire du roi était en sûreté. Vauban dirigea les attaques de Besançon : elle fut prise en neuf jours; et au bout de six semaines toute la Franche- Comté fut soumise au roi. Elle est restée à la France, et semble y être pour jamais annexée ; monument de la faiblesse du ministère autrichien-espagnol, et de la force de celui de Louis XIV.
lit llfiCLB DE LOUIS ZIT.