CHAPITRE XIII
icrvlcç régulier, ils ne causèrent que de l'embarras, et on fut dégoûté d'eux pour jamais. Ce fut la dernière trace, dans noi armées réglées, qu'on ait vue de l'ancienne chevalerie qui composait autrefois ces armées, et qui, avec le courage naturel à la nation, ne fit jamais bien la guerre.
(Août et septembre 1675.) Turenne mort, Créqui battu et prisonnier. Trêves prise, Montecuculli faisant contribuer l'Alsace, le roi crut que le prince de Condé pouvait seul ranimer laconfiance des troupes que décourageait la mort de Turenno. Condé laissa le maréchal de Luxembourg soutenir en Flandre la fortune de la France, et alla arrêter les progrès de Montecuculli. Autant il venait de montrer d'impétuosité à Senef, autant il eut alors de patience. Son génie, qui se pliait à tout, déploya le même art que Turenne : deux seuls campements arrôlèrent les progrès de l'armée allemande, et firent lever à Montecuculli les sièges d'Haguenau et de Saverne. Après cette campagne, moins éclatante que celle de Senef, et plus estimée, ce prince cessa de paraître à la guerre. Il eût voulu que son fils commandât; il offrait de lui servir de conseU: mais le roi ne voulait pour généraux ni de jeunes gens ni de pnnces; c'était avec quelque peine qu'il s'était servi même du prince de Condé ; la jalousie de Louvois contre Turenne avait contribué, autant que le nom de Condé, à le mettre à la tête des armées.
Ce prince se retira à Chantilli, d'où û vint très-rarement à Versailles voir sa gloire éclipsée, dans un lieu où le courtisan ne considère que la faveur. Il passa le reste de sa vie tourmenté de la goutte, se consolant de ses douleurs et de sa retraite, dans la conversation des hommes de génie en tout genre dont la France était alors remplie. Il était digne de le» entendre, et n'était étranger dans aucune des sciences ni des arts où ils brillaient. Il fut admiré encore dans sa retraite. Mais enfin ce feu dévorant qui en avait fait dans sa jeunesse* un héros impétueux et plein de passions, ayant consumé les forces de son corps né plus agile que robuste, il éprouva la caducité avant i- temps, et, son esprit s'affaiblissant avec son corps, il ne resta rien du grand Condé les deux dernières années de sa vie i il mourut en J686. Montecuculli ge reUra du
Bepvice de l'empereur, en môme temps que le prince de Condé cessa de commander les armées de France.
C'est un conte bien répandu et bien méprisable que Montecuculli renonça au commandement des armées après la mort de Turenne, parce qu'il n'avait, disait-il, plus d'émulé digne de lui. Il aurait dit une sottise, quand môme il ne fût pas resté un Condé. Loin de dire cette sottise dont on lui fait honneur, il combattit contre les Français, et leur fit repasser le Rhin cette année. D'ailleurs, quel général d'armée aurait jamais dit à son maître : « Je ne veux plus vous servir, parce « que vos ennemis sont trop faibles, et que j'ai un mérite « trop supérieur? o