‹ Le siècle de Louis XIV [microform]Chapitre 75 sur 285 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

cesseuf du roi de Siam à servir dans la cuisine, emploi pont ^quel elle était née.

Cette soif de gloire, qui portait Louis XIV à bc distinguer tn tout des autres rois, paraissait encore dans la hauteur qu'il affectait avec la cour de Rome. Odescalchi, Innocent XI, fili d'un banquier du Milanais, était sur le trône de l'Église; c'était un homme vertueux, un pontife sage, peu théologien, prince courageux, ferme et magnifique. Il secourut contre let Turcs l'Empire et la Pologne de son argent, et les Vénitiens de ses galères : il condamnait avec hauteur la conduite de Louis XIV, uni contre des chrétiens avec les Turcs. On s'étonnait qu'un pape prît si vivement le parti des empereurs, qui se disent rois des Romains, et qui, s'ils le pouvaient, régneraient dans Rome; mais Odescalchi était né sous la domination autrichienne ; il avait fait deux campagnes dans les troupes du Milanais. L'habitude et l'humeur gouvernent let hommes : sa fierté s'irritait contre celle du roi , qui de son côté hii donnait toutes les mortifications qu'un roi de France peut donner à un pape, sans rompre de communion avec lu!. Il y avait depuis longtemps dans Rome un abus difficile à déraciner, parce qu'il était fondé sur un point d'honneur dont se piquaient tous les rois catholiques. Leurs ambassadeurs à Rome étendaient le droit de franchise et d'asile affecté à leur maison jusqu'à une très-grande distance qu'on nomme quartier : ces prétentions, toujours soutenues, rendaient la moitié de Rome un asile sûr à tous les crimes. Par un autre abus, ce qui entrait dans Rome sous le nom des ambassadeurs ne payait jamais d'entrée. Le commerce en souffrait, et le fisc en était appauvri.

Le pape Innocent XI obtint enfin de l'empereur, du roi d'Espagne, de celui de Pologne, et du nouveau roi d'Angleterre, Jacques II, prince catholique, qu'ils renonçassent à ces droits odieux. Le nonce Hanucci propcisa à Louis XIV de con courir comme lesautres rois à la tranquillité et au bon ordre de Rome. Louis, très-mécontent du pape, répondit « qu'il no « s'était jamais rf^glé sur l'exemple d'autrui, et que c'était à « lui de servir d'exemple. » Il envoya à Rome le marquis do Latardin en ttiabasKidft pour braver le pape (novembre t687X

Lavardin entra dans Rome, malgré les défenses du pontife, escorté de quatre cents gardes de la marine, de quatre cents ofllciers volontaires, et de deux cents hommes de livrée, tout armés : il prit possession de son palais, de ses quartiers, et de l'église de Saint-Louis, autour desquels il fit poster de» sentinelles et faire la ronde» comme dans une place de guerre. Le pape est le seul souverain à qui on pût envoyer une telle ambassade ; car la supériorité qu'il affecte sur les têtes couronnées leur donne toujours envie de l'humilier, et la faiblesse de son État fait qu'on l'outrage toujours impunément. Tout ce qu'Innocent XI put faire, fut de se servir contre le marquis de Lavardin des armes usées de l'excommunication : armes dont on ne fait pas même à Rome plus de cas qu'ailleurs, mais qu'on ne laisse pas d'employer comme une ancienne formule, ainsi que les soldats du pape sont armés seulement pour la forme.

Le cardinal d'Estrées, homme d'esprit, mais négociateur louvent malheureux, était alors chargé des affaires de France à Rome. D'EsIréci?, ayant été obligé do voir souvent le marquii de Lavardin, ne put être ensuite admis à l'audience du pape sans recevoir l'absolution; en vain il s'en défendait, Innocent XI s'obstinait à la lui donner, pour conserver toujoun cette autorité imaginaire par les usages sur lesquels elle est fondée.

Louis, avec la même hauteur, mais toujours soutenue par les souterrains de la politique, voulut donner un électeur à Cologne. Occupé du soin de diviser ou de combattre l'Empire, il prétendait élever à cet électoratle cardinal de Furstemberg, évoque de Strasbourg, sa créature et la victime de ses intérêts, ennemi irréconciliable de l'empereur, qui l'avait fait emprisonner dans la dernière guerre comme un Allemand vendu i la France.

Le chapitre de Cologne, comme tous les autres chapitres d'Allemagne, a le droit de nommer son évêque, qui par là âevieiit électeur. Celui qui remplissait ce siège était Ferdinand de IJavière, autrefois l'allié, et depuis l'ennemi du roi, comme tant d'autres princes. Il était malade à l'extrémité! L'argent du roi, répand:; & prepos parmi les chaD-laei. to

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8IÈCLB DB LOUIS IIV.

Intrigues et lès promesses, firent élire le cardinal de Furstemberg comme coadjuleur; et, après la mort du prince, il fât 61h une seconde fois par la pluralité des suffrages. Le pape^ par le concordat germanique, a le droit de conférer l'évôcbé à l'élu, et l'empereur a celui de confirmer l'électorat. L'empereur et le pape Innocent XI, persuadés que c'était presque la mCme chose de laisser Furstemberg sur ce trône électoral ei d'y mettre Louis XIV, s'unirent pour donner cette principauté tu jeune Bavière, frère du dernier mort (octobre 4688). Lé roi se vengea du pape en lui Otant Avignon, et prépara là guerre à l'empereur. Il inquiétait en même temps l'électeur palatin au sujet des droits de la princesse palatine. Madame^ seconde femme de Monsieur, droits auxquels elle avait renoncé par soti contrat de mariage. La guerre faite ft l'Espagtiej en 1667, pour les droits de Marie-Thérèse, malgré une pareille renonciation, prouve bien que les contrats sont faits pour les particuliers. Voilà comme le roi, au comble de sa grandeur, indisposa, ou dt^pouilla, ou humilia presque tous les princes; mais aussi presque tous se réunissaient contre lui.

GHAPITHB XV

Le roi Jacquet détrôné par son gendre, Guillaume III, et proMfA

par Louis XIV.

Le t^rince d'Orange, plus ambitieux que Louis XIV, avait conçu des projets vastes qui pouvaient paraître chimériquei dans un stathoudcr du Hollande, mais qu'il justifia par sooi habileté et son courage. Il voulait abaisser le roi de France, et détrôner le roi d'Angleterre. Il n'eut pas de peine à liguer petit à petit ri£urope contre la France : l'empereur, une partie de l'Empire, la Hollande, le duc de Lorraine, s'étaient d'abord secrètement ligués à Augsbourg (1687) ; ensuite l'Espagne et la Savoie s'unirent à ces puissances. Le pape» sans être expressément un des confédérés, les animait tout par ses intrigues; Venise les favorisait, sans se déclarer ouvertement : tous les princes d'Italie étaient pour eux. Dans le Nord, la Suède était alors du parti des Impériaux^ et le Daoe-

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