CHAPITRE II
slastîqucs, ^/ *bbé8, i^évéques, neuf électeurs, parmi lesquels on p^t compter aujourd'hui quatre rois, enfin l'em percur, chef de tous ces potentats, composent ce grand corps germanique, que le flegme allemand a fait subsister jusqu'à DOS jours, avec presque autant d'ordre qu'il y avait autrefois de confusion dans le gouvernement français.
Chaque membre de l'empire a ses droits, ses privilèges, ses Obligations; et la connaissance difficile de tant do lois, souvent contestées, fait ce que l'on appelle en Allemagne Vétude du droit publiCy pour laquelle la nation germanique est si renommée.
L'empereur,(|>ar lui-méme^e^eraitguère, à la vérité, plus puissant ni plus riche qu'un doge de Venise. Vous savez que l'Allemagne, partagée en villes et en principautés, ne laisse •u chef de tant d'États que la prééminence avec d'exlrémei honneurs, sans domaines, sans argent, et par conséquent sans pouvoir.
U ne possède pa^à titrk d'empereur un seul village.(Cependant>etie dignité, souvent aussi vaine que.supréme;^ était devenue si puissante entre les mains des Autrichiens, qu'on a craint souvent qu'ils ne convertissent en monarchie absolue cette république de princes.
Deux partis divisaient alors et partagent encore aujourd'hui l'Europe chrétienne, et surtout l'Allemagne.
Le premier est celui des catholiques, plus ou moins soumis au pape ; le second est celui des ennemis de la domination spirituelle et temporelle du pape et des prélats cathoUques. Nous appelons ceux de ce parti du nom général de protestants, quoiqu'ils soient divisés en luthériens, calvinistes et autres, qui se haïssent entre eux presque autant qu'ils haïssent Rome!
En Allemagne, la Saxe, une partie du Brandebourg, le Palatinat, une partie de la Bohème, de la Hongrie, les États de 1» maison de Brunsvick, le Virtemberg, la Hesse, suivent la religion luthérienne, qu'on nomme évangdique. Toutes les villes libres impériales ont embrassé cette secte, qui a semblé plui convenable que la religion catholique à des peuples jaloux de leur liberté.
Les calvinistes, répandus parmi les luthériens, qui sont les
81ECLE DE LOUIS XÎV.
cfmii,
plus forf3, ne font qu'un parti médiocre; les catholiques
posent le reste de l'empire, et/ayant à leur tête la malwh d'Autriche, ils étaient sans doute les plus puissant».
Non-seulement l'Allemagne, mais tous les États chrétien! •aignaient encore des plaies qu'ils avaient reçues de tant de guerres de religion, fureur particulière aux chrétiens, ignorée des idolâtres, et suite malheureuse de l'esprit dogmatique introduit depuis si longtemps dans toutes les conditions. Il y a peu de points de controverse qui n'aient causé une guerre civile, et les nations étrangères (peut-être notre postérité) ne pourront un jour comprendre que nos pères se soient égorgé* mutuellement, pendant tant d'années, en préchant la patience.
Je vous ai déjà fait voir» comment Ferdinand II fut près de
/changer l'aristocratie allemande en une monarchie absolue,
j et comment il fut sur le point d'être détrôné par Gustavo-
Adolphe.(Son fils, Ferdinand III, qui hérita de sa politique, et
fit comme lui la guerre de son cabinet, régna pendant la mi--
! norité de Louis XIV. )
L'Allemagne n'était point alors aussi florissante qu'elle l'est devenue depuis; le luxe y était inconnu, et les commodités de la vie étaient encore très-rares chez les plus grands seigneurs. Elles n'y ont été portées que vers l'an 1686 par les réfugiés français, qui allèrent y établir leur» manufactures. Ce pays fertile et peuplé manquait de commerce et d'argent; la gravité des nirrurs, et la lenteur particulière aux Allemands, le» privaient de ces plaisirs et de ces art» agréables, que la sagacité italienne cultivait depuis tant d'années, et que l'industrie française commençait dès lors à perfectionnera Les Allemands, riches chez eux, étaient pauvres ailleurs; et cette pauvreté, Jointe à la difficulté de réunir en peu de temps sou» les même» étendard» tant de peuples différents, les mettait à peu pré», comme aujourd'hui, dans l'impossibilité de porter et de soutenir longtemps la guerre chez leurs voisins. Aussi c'est presque toujours dans l'Empire que les Français ont fait la guerre contre les empereurs. La différence du gouvernement et du génie