‹ Le siècle de Louis XIV [microform]Chapitre 81 sur 285 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Ce qu'il 5 a peut-être de plus étonnant, c'est que Loult irt ne se rebuta pas. Il soutenait alors une guerre difficile contre presque toute l'Europe : cependant il tenta encore de changer la fortune de Jacquet par une entreprise décisive, et de faire une descente en Angleterre avec vingt mille hommes. Il comptait sur le parti que Jacques avait conservé en Angleterre. Les troupes étaient assemblées entre Cherbourg et la Hogue ; plus de trois cents navires de transport étaient prôta à Brest. Tourville, avec quarante-quatre grands vaisseaux de guerre, les attendait aux côtes de Normandie. D'Estrées arrivait du port de Toulon avec trente autres vaiseaux. S'il y a des malheurs causés par la mauvaise conduite, il en est qu'ont ne peut imputer qu'à la fortune. Le vent, d'abord favorable à l'escadre de d'Estrées, changea; il ne put joindre Tourville: les quarante-quatre vaisseaux furent attaqués par les flottea d'Angleterre et de Hollande , fortes de près de cent voilefl, La supériorité du nombre l'emporta ( bataille de la Hoguo^ 28 mai 1692) : les Français cédèrent après un combat de dix lieures. Russel, amiral anglais, les poursuivit deux jourB, Quatorze grands vaisseaux^ dont deux portaient cent quatre pièces de canon, échouèrent sur la côte, et les capitaines 7 firent mettre le feu , pour ne les pas laisser brûler par les ennemis. Le roi Jacques, qui du rivage avait vu ce désastre, perdit toutes ses espérances.

Ce fut le premier échec que reçut sur la mer la puissance de Louis XIV. Seignelai , qui , après Colbert sou père , avait perfectionné la marine, était mort à la fin de 1 690. Pontchartrain, élevé de la première présidence de Bretagfne à l'emploi de secrétaire d'État de la marine, ne la laissa point périr. Le même esprit régnait toujours dans le gouvernement. La France eut, dès l'année qui suivit la disgrâce de la Hogue, des (lottes aussi nombreuses qu'elle en avait eu déjà; car Tourville se trouva à la tôte de soixante vaisseaux de ligne, et d'Estrées en avail trente, sans compter ceux qui étaient dans les ports (1696); et même, quatre ans après, le roi fit encore un armement plus considérable que tous les précédents, pour conduire Jacques en Angleterre à la tête de vingt mille Français * mais cette flotte ne fit que se montrer, lea

mesures du parti de Jacques ayant été aussi mal concertées à Londres que celles de son protecteur avaient été bien prises en France.

Il ne resta de ressource au parti du roi détrôné que dans quelques conspirations contre la vie de son rival : ceux qui les tramèrent périrent presque tous du dernier supplice ; et il est à croire que, quand même elles eussent réussi, il n'eût Jamais recouvré son royaume. Il passa le reste de ses jours à Saint-Germain, où il vécut des bienfaits de Louis, et d'une pension de soixante-dix mille francs, qu'il eut la faiblesse de recevoir en secret de sa fille Marie, par laquelle il avait été détrôné. Il mourut en 1700 à Saint-Germain. Quelques Jésuites irlandais prétendirent qu'il se faisait des miracles à son tombrau. On parla même de faire canoniser à Rome, après sa mort, ce roi que Rome avait abandonné pendant sa vie.

Peu de princes furent plus malheureux que lui; il n'y a aucun exemple dans l'histoire d'une maison si longtemps infortunée. Le premier des rois d'Ecosse, ses aïeux, qui eut le nom de Jacques , après avoir été dix-huit ans prisonnier en Angleterre, mourut assassiné avec sa femme par la main de ses sujets; Jacques II, son fils, fut tué à vingt-neuf ans, en combattant contre les Anglais ; Jacques III, mis en prison par son peuple, fut tué ensuite par les révoltés dans une bataille; Jacques IV périt dans un combat qu'il perdit; Marie Stuart, sa petite-fille, chassée de son trône, fugitive en Angleterre, ayant langui dix-huit ans en prison, se vit condamnée à mort par des juges anglais, et eut la tête tranchée; Charles I*», petit-fils de Marie, roi d'Ecosse et d'Angleterre, vendu par les Écossais, et jugé à mort par les Anglais, mourut sur ua échafand dans la place publique : Jacques son fils, septième du nom, et deuxième en Angleterre, dont il est ici question, fut chassé de ses trois royaumes; et, pour comble de malheur, on contesta à son fils jusqu'à sa naissance. Ce fils ne tenta de remonter sur le trône de ses pères que pour faire périr ses amis par des bourreaux; et nous avons vu le prince Charles- Edouard, réunissant en vain les vertus de ses pères et le courage du roi Jean Sobieski, son aïeu) maternel, exécuter lef

'iii

eiplolts et essuyer les malheurs les plus incroyables. Si quelque chose justifie ceux qui croient à une fatalité à laquelle rien ne peut se soustraire, c'est cette suite continuelle de malheurs qui a persécuté la maison de Stuart pendant plus d« trois cents années.

CHAPItRB XVI

De ec qui M passait dans le continent, tandis que Guillaume HI eiiTahissalt I'Aafleterre, l'Ecosse etl'Irlande, jusqu'en 1697. Nouvel enabrasement duPalatlMkl. Tictoirefc ?e8 màréchaul de Catiaai et de Luxembourg, ete.

N'ayant pas voulu rompre le fil des afl'aires d'Angleterre^ )e me ramène à ce qui se passait dans le continent.

Le roi, en formant ainsi une puissance maritime, telle qu'aucun État n'en a jamais eu de supérieure, avait à combattre l'empereur et l'Empire, l'Espagne, les deux puissances maritimes, l'Angleterre et la Hollande, devenues toutes deux plus terribles sous un seul chef, la Savoie, et presque toute l'Italie. Un seul de ses ennemis, tel que l'Anglais et l'Espagnol, avait suffi pour désoler la France ; et tous ensemble ne purent alors l'entamer. Louis XIV eut presque toujours cinq corps d'armée dans le cours de cette guerre, quelquefois sii, jamais moins de quatre. Les armées en Allemagne et en Flandre se montèrent plus d'une fois à cent mille combat- Vmts. Les places frontières ne furent pas cependant dégarnies. Le roi avait quatre cent cinquante mille hommes en armes, en comptant les troupes de la marine. L'empire turc, si puissant en Europe, en Asie et en Afrique , n'en a jamais eu autant, et l'empire romain n'en eut jamais davantage et n'eut en aucun temps autant de guerres à soutenir à la fois. Ceux qui blâmaient Louis XIV de s'être fait tant d'ennemis Yadmiraient d'avoir pris tant de mesures pour s'en défendre, it même pour les prévenir.

Ils n'étaient encore ni entièrement déclarés, ni tous réunis: le prince d'Orange n'était pas encore sorti du Texel, pour •lier chercher le roi son beau-père, et déjà la France avait des armées sur les frontières de la Hollande et sur le Rhin, te roi avait envoyé en Allemagne, à ia tête d'une armée éb

Page 1