CHAPITRE XVI
qne^là n'avaient blâmé que son ambition, en l'admirant, iaîèrent alors contre sa dureté, et blâmèrent même ta politique : car ai les ennemi» avaient pénétré dans ses États comme lui chez les ennemis, ils eussent mis ses villes en ^ndres.
Ce danger était à craindre : Louis, en couvrant ses frontières de cent mille soldats, avait appris à l'Allemagne à faire de pareils efforts. Cette contrée, plus peuplée que la France, peut aussi fournir de plus grandes armées. On les lève, on les assemble, on les paye plus difficilement : elles paraissent plus tard en campagne ; mais la discipline, la patience dans les fatigues, les rendent, sur la fin d'une campagne, aussi redoutables que les Français le sont au commencement. Le duc de Lorraine, Charles V, les commandait. Ce prince, toujours dépouillé de son État par Louis XIV, ne pouvant y rentrer, avait conservé l'Empire à l'empereur Léopold : il l'avait rendu vainqueur des Turcs et des Hongrois. U vint, avec l'électeur de Brandebourg, balancer la fortune du roi de France. Il reprit Bonn et Mayence, très-mal fortifiées, mais défendues d'une manière qui lut regardée comme un modèle de défense de places. Bonn ne se rendit qu'au bout de trois mois et demi de siège (12 octobre 1689), après que le baron d'Asfeld, qui y commandait, eût été blessé à mort dans un assaut général.
Le marquis d'Uxelles, depuis maréchal de France, l'un des hommes les plus sages et les plus prévoyants, fit, pour défendre Mayence, des dispositions si bien entendues, que sa garnison n'était presque point fatiguée en servant beaucoup. Outre les soins qu'il eut au dedans, il fit vingt et une sorties sur les ennemis, et leur tua plus de cinîi mille hommes. Il fit même quelquefois deux sorties en plein jour; enfin il fallut se rendre, faute de poudre, au bout de sept semaines. Cette défense mérite place dans l'histoire, et par elle-même, et par la manière dont elle fut reçue dans le public. Paria, cette ville immense pleine d'un peuple oisif qui veut juger ie tout, et qui a tant d'oreilles et tant de langues avec si peu d'yeux, regarda d'Uxelles comme un homme timide et sans Jugement. Cet homme, à qui tous les bons officiers donnaient
de justes éloges, étant, au retour de la campagne, à la comôdic, sur le théâtre, reçut des huées du public ; on lui cria, Mayence. Il fut obligé de se retirer, non sans mépriser, avec los gens sages, un peuple si mauvais estimateur du mérite, et dont cependant on ambitionne les louanges.
<Juin 1689.) Environ dans le môme temps, le maréchal d'Humières fut battu à Valcour sur la Sambre, aux Pays-Cas, par le prince de Valdeck; mais cet échec, qui fit tort à sa réputation, en flt peu aux armes de la France. Louvois, dont il était la créature et l'ami, fut obligé de lui ôter le commandement de cette armée, il fallait le remplacer.
Le roi choisit le maréchal de Luxembourg, malgré son ministre qui le haïssait, comme il avait haï Turenne. « Je vous jt promets, lui dit le roi, que j'aurai soin que Louvois aille « droit. Je l'obligerai de sacritler au bien de mon service la « haine qu'il a pour vous : vous n'écrirez qu'à moi, vos lettre» « ne passeront point par lui. » Luxembourg commanda donc en Flandre, et Catinat en Italie. On se défendit bien en Allemagne sous le maréchal de Lorgcs. Le duc de Noailles avait quelque succès en Catalogne; mais en Flandre, sous Luxem» bourg, et en Italie, sous Catinat, ce ne fut qu'une suite conUnuelle de victoires. Ces deux généraux étaient alors les plui estimés en Europe.
Le maréchal duc de Luxembourg avait dans le caractère des traits du grand Condé, dont il était l'élève : un génie ardent, une exécution prompte, un coup d'oeil juste, un esprit avide de connaissances, mais vaste et peu réglé; plongé dans les intrigues des femmes ; toujours amoureux, et même souvent aimé, quoique contrefait et d'un visage peu agréable, ayanl plus de qualités d'un héros que d'un sage*.
Catinat avait dans l'esprit une application et une agilili qui le rendait capable de tout, sans qu'il se piquât jamaia de rien : il eût été bon ministre, bon chancelier, comme bon général». 11 avait commencé par être avocal, et avait quitté
I. Voyez le» anecdotes à l'article de la Chambre ardente, chap. xxri. II est aujourd'hui géuéralemenl regardé par le» militaire» coumie le premier homme de tnerre qui ait connu l'art de faire mauceuTrer et combattre de ijraudea aruér». WoU de Voltaire.)
t. On Toit par les LeUrêi de madanu de Maintenon qu'elle n'aimait pas M