‹ Le siècle de Louis XIV [microform]Chapitre 88 sur 285 · CHAPITRE ZTI · texte numérisé non relu

CHAPITRE ZTI

Loovois était mort (16 Juillet 1691); on était très-mécontcnl de Barbesieux, son fils: enfin la mort du maréchal de Luxembourg (4 janvier 1695), sous qui les soldats se croyaient invincibles, sembla mettre un terme à la suite rapide des victoirei

de la France.

L'art de bombarder les villes maritimes avec des vaisseaux jetomba alors sur ses inventeurs. Ce n'est pas que la machine infernale avec laquelle les Anglais voulurent brûler Samt- Malo, et qui échoua sans faire d'effet, dût son origine à l'mdustrie des Français : il y avait déjà longtemps qu'on avait hasardé de pareilles machines en Europe. C'était l'art de faire partir les bombes aussi juste d'une assiette mouvante que d'un terrain solide, que les i^rançais avaient inventé; et ce fut par cet art que Dieppe, le Havre-de-Crflce, Saint-Malo, Dunkerque et Calais, furent bombardées par des Oottes anglaises. Dieppe, dont on peut approcher plus facilement, fut la seule qui sou ffrit un véritable dommage. Cette ville, agréable aujourd'hui par ses maisons régulières, et qui doit ses embellissements à son malheur, fut presque toute réduite en cendres. Vingt maisons seulement du Havre-de-r^rflce furent écrasées et brûlées parles bombes; mais les fortifications du port furent renversées. C'est en ce sens que la médaille frappée en Hollande est vraie, quoique tant d'auteurs franijais se soient récriés sur sa fausseté. On lit dans l'exergue en latin : « Le port du Havre brûlé et renversé, etc. » Cette inscription ne dit pas que la viUe fut consumée, ce qui eût été faux ; mais qu'on avait brûlé le port, ce qui était vrai.

Quelque temps après, la conquête de Namur fut perdue. On avait en France prodigué des éloges à Louis XIV pour ravoir prise, et des railleries et des satires indécentes contre le roi Guillaume, pour ne l'avoir pu secourir avec une armée iQ quatre-vingt mille hommes. Guillaume s'en rendit maître ie la mOme manière qu'il l'avait vu prendre : il l'attaqua aux yeux d'une armée encore plus forte que n'avait été la sienne f jand Louis XIV l'assiégea ; il y trouva de nouvelles fortificatîons que Vauban avait faites. La garnison française qui la défendit était une armée; car, dans le temps qu'il en forma linvesUssement le maréchal de Poufflers se Jeta dans la

place avec sept régiments de dragons. Ainsi Namur était dt' fendue par sfize mille hommes, et prête à tout moment à être secourue par près de cent mille.

Le maréchal de Boufflers était un homme de beaucoup de mérite, un général actif et appliqué, un bon citoyen, ne songeant qu'au bien du service, ne ménageant pas plus ses soinr que sa vie. Les mémoires du marquis de Feuquières lui re* prochent plusieurs fautes dans la défense de la place et de l« citadelle ; ils lui en reprochent encore dans la défense de Lille, qui lui a fait tant d'honneur. Ceux qui ont écrit l'histoire de Louis XIV ont copié servilement le marquis de Feuquières pour la guerre, ainsi que Tabbé de Choisi pour les anecdotes. Ils ne pouvaient pas savoir que Feuquières, d'ailleurs excellent officier, connaissant la guerre par principes et par expérience, était un esprit non moins chaqrîn qu'éclairé, l'Aristarque et quelquefois le 7oïle des généraux : il altère des faits pour avoir le plaisir de censurer des fautes. Il se plaignait de tout le monde, et tout le monde se plaignait de lui. On disait qu'il était le plus brave homme de l'Europe, parce qu'il dormait au milieu de cent mille de ses ennemis. Sa capacité n'ayant pas été récompensée par le bâton de maréchal do France, il employa trop contre ceux qui servaient l'État des lumières qui eussent été très-utiles s'il eût eu l'esprit aussi conciliant que pénétrant, appliqué et hardi.

11 reprocha au maréchal de Villeroi plus de fautes et de plus essentielles qu'à Boufflers. Villeroi, à la tête d'environ quatrevingt mille hommes, devait secourir Namur; mais, quand même les maréchaux de Villeroi et de Boufflers eussent faij généralement tout ce qui se pouvait faire (ce qui est bien rare)| il fallait, par la situation du terrain, que Namur ne fût point secourue, et se rendît tôt ou tard. Les bords de la Méhaigne, couverts d'une année d'observation qui avait arrêté les secourt du roi Guillaume, arrêtèrent alors nécessairement ceux du 3iaréchal de Villeroi.

Le maréchal de Boufflers, le comte de Guiscard, gouverneur, de la ville, le comte du Châtelet du Lomont, commandant de Tinfanlerie, tous les officiers et les soldats, défendirent la fille avec une opiniâtreté et une bravoure admirable qui ne

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recula pas la prise de deux joun. Quand une ville est assiégée par une armée supérieure, que les travaux sont bien conduits, et que la saison est favorable, on sait à peu près en combien de temps elle sera prise, quelque vigoureuse que la défense puisse être. Le roi Guillaume se rendit maître de la ville et de la citadelle, qui lui coûtèrent plus de temps qu'à. Louis XIV (septembre 1695}.

Le roi, pendant qu'il perdait Namur, fit bombarder Bruxelles: ▼engeance inutile qu'il prenait sur le roi d'Espagne, de ses villes bombardées par les Anglais. Tout cela faisait une guerre ruineuse et funeste aux deux partis.

C'est, depuis deux siècles, un des clfels de l'industrie et de le fureur des hommes, que les désolations de nos guerres ne se bornent pas à notre Europe. Nous nous épuisons d'hommes et d'argent, pour aller nous détruire aux extrémités de l'Asie et de l'Amérique. Les Indiens, que nous avons obligés par force et par adresse à recevoir nos établissements, et les Américains, dont nous avons ensanglanté et ravi le continent, nous regardent comme des ennemis de la nature humaine, qui accourent du bout du monde pour les égorger, et pour le détruire ensuite eux-mtîmcs.

Les Français n'avaient de colonie dans les grandes Indes que celle do Pondichéry, formée par les soins de Colbert avec des dépenses immenses, dont le fruit ne pouvait être recueilli qu'au bout de plusieurs années. Les Hollandais s'en saisirent aisément, et ruinèrent aux Indes le commerce de la France à peine établi.

(1695.) Les Anglais détruisirent les plantations de la France à Saint-Domingue (1696). Un armateur de Brest ravagea celles qu'ils avaient à Gambie, dans l'Afrique. Les armateurs de Saint-Malo portèrent le fer et le feu à Terre-Neuve, sur la côte orientale qu'ils possédaient. Leur île de la Jamaïque fut insultée par les escadres françaises, leurs vaisseaux pris et brûlés, leurs côtes saccagées*,

(Mai 1697.)?ointis, chef d'escadre, à la tête de plusieurs taisseaux du roi et de quelques corsaires de l'Amérique, alla surprendre, auprès de la ligne, la ville de Carthapène, magasin et entrepôt des trésors que l'Esnagne tire du Mexique. Le

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