‹ Le siècle de Louis XIV [microform]Chapitre 94 sur 285 · CHAPITRE VflU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VflU

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donnait le temps de se faire de nouveaux alliés, de rétablir les finances, de gagner ceux dont on aurait besoin, et de laisser former dans l'État de nouvelles milices. 11 fallait céder quelque chose, dans l'espérance d'obtenir beaucoup plus.

On pensa que c'étaient là les motifs secret» de cette paix de Rysvick, qui en effet procura par l'événement le trône d'Espagne au petit-fils de Louis XIV. Cette idée si vraisemblable n'est pas vraie : ni Louis XIV ni son conseil n'eurent ces vues, qui semblaient devoir se présenter à eux. C'est un grand exemple de cet enchaînement des révolutions de ce monde, qui entraînent les hommes par lesquels elles semblent conduites. L'intér(5t visible de posséder bientôt l'Espagne, ou une partie de cette monarchie, n'influa en rien dans la paix de Rysvick : le marquis de Torci en fait l'aveu dans ses mémoire» manuscrits. On fit la paix par lassitude de la guerre, el cette guerre avait été presque sans objet; du moins elle n'avait été, do côté des alliés, que le dessein vague d'abaisser la grandeur de Louis XIV, et dans ce monarque que la suite de cette même grandeur qui n'avait pas voulu plier. Le roi Guillaume avait entraîné dans sa cause l'empereur, l'Empire, l'Espagne, les Provinces-Unies, la Savoie. Louis XIV s'était vu trop engagé pour reculer. La plus belle partie de l'Europe avait été ravagée, parce que le roi de France avait usé avec trop de hauteur de ses avantages après la paix de Nimègue : c'était contre sa personne qu'on s'était ligué, plutôt que contre la France. Le roi croyait avoir mis en sûreté la gloire que donnent le» arme»; il voulut avoir celle de la modération : et l'épuisement qui se faisait sentir dans les finances ne lui rendit pas te modération difficile.

e» affaires politiques se traitaient dans le conseil ; le» résolutions s'y prenaient : le marquis de Torci, encore jeune, n'était chargé que de l'exécution. Tout le conseil voulait 11 paix : le duc de Beauvilliers, surtout, y représentait avec forcé la misère des peuples ; madame de Maintenon en était touchée ; le roi n'y était pas insiMisible. Cette misère faisait d'autant plus d'impression, qu'on tombait de cet état florissant où le ministre Colbert avait mis le royaume. Les grands établis-

îements en tout genre avaient prodigieusement coûté, et

l'économie ne xéparait pas le dérangement de ces dépenset forcées. Ce mal intérieur étonnait, parce qu'on ne l'avait Jamais senti depuis que Louis XIV gouvernait p^r lui-même. Voilà les causes de la paix de Rysvick : des sentiments vertueux y influèrent certainement. Ceux qui pensent que les rois et leurs ministres sacrifient sans cesse et sans mesure à l'ambition, ne se trompent pas moins que celui qui penserait qu'ils sacrifient toujours au bonheur du monde.

Le roi rendit donc à la branche aulrichienne d'Espagne tout ce qu'il lui avait pris vers les Pyrénées, et ce qu'il venait de lui prendre en Flandre dans cette dernière guerre : Luxembourg, Mons, Ath, Courtrai ; il reconnut pour roi légitime d'Angleterre le roi Guillaume, traité jusqu'alors de prince d'Orange, d'usurpateur et de tyran; il promit de ne donner aucun secours à ses ennemis. Le roi Jacques, dont le nom fut omis dans le traité, resta dans Saint-Germain avec le nom inutile de roi, et des pensions de Louis XIV : il ne fit plus que des manifestes, sacrifié par son protecteur à la nécessité, et déjà oublié de l'Europe.

Les jugements rendus par les chambres de Brisach * et de Metz contre tant de souverains, el les réunions faites à l'Alsace, monuments d'une puissance et d'une fierté dangereuses, furent abolis; et les bailliages juridiquement saisis fureiti rendus à leurs maîtres légitimes.

Outre ces désiôtements, on restitua à l'Empire Fribourg, Brisach, Kehl, Philipsbourg ; on se soumit à raser les forteresses de Strasbourg sur le Rhin, le Fort-Louis, Trarbac, Ic Mont-Royal , ouvrages où Vauban avait épuisé son art, et le roi ses finances. On fut surpris en Europe , et mécontent en France, que LouisXIV eût fait la paix comme s'il eût été vaincu, fiarlai, Créci etCalIiôres, qui avaient signé cette paix, n'osaient se montrer ni à la cour, ni à la ville; on les accablait de re* proches et de ridicules, comme s'ils avaient fait un seul pas qui o'eûl été ordonné par le ministère. La cour de LouisXIV leui

i . Giannone, ei célèbre par- son utile Histoire d* Naplfs, dit qae o«i uiln»* tA'.tx «tairtit établi» à Touroai. Il se trompe souvent sur toutes It-s alTaires qtii sa io:^t pas celles de son pajs. Il dit, par exeuipie, qu'à Niracgue, Lwuis XIV Et la ^x avtc 1% Suède. Au coatraire, U Suède était son alliés. {NQt4 dâ YalUin^)

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