CHAPITRE XTIK
reprochait d'atcir trahi l'honneur de la France; et depuîi (m leë loua d'avoir préparé par ce traité la succession à la monarchie espagnole : mais ils ne méritèrent ni le» critiques ni les louanges.
Ce fut enfin par cette paix que la France rendit la Lorraine à la maison qui la possédait depuis sept cents années. Le duc Charles V, appui de l'Empire et vainqueur des Turcs, était mort; son fils Léopold prit, à la paix de Rysvick, possession de sa souveraineté, dépouillé à la vérité de ses droits réels, car il n'était pas permis au duc d'avoir des remparts à sa capitale : mais on ne put lui ôter un droit plus beau, celui de faire du bien à ses sujets, droit dont jamais aucun prince n'a à bien usé que lui.
Il est à souhaiter que la dernière postérité apprenne qu'un des moins grands souverains de l'Europe a été celui qui a fait le plus de bien à son peuple. Il trouva la Lorraine désolée et déserte : il la repeupla, il l'enrichit. Il l'a conservée toujours en paix, pendant que le reste de l'Europe a été ravagé par la guerre. 11 a eu la prudence d'être toujours bien avec la France, et d'être nimé dans l'Empire ; tenant heureusement ce juste milieu qu'un prince sans pouvoir n'a presque jamais pu garder entre deux grandes puissances. Il a procuré à ses peuples l'abondance qu'ils ne connaissaient plus. Sa noblesse, réduite à la dernière misère, a été mise dans l'opulence par ses seuls bienfaits. Voyait*il la maison d'un gentilhomme en ruine, il la faisait rebâtir à ses dépens : il payait leursdettes, il mariait leurs filles; il prodiguait des présents avec cet art de donner qui est encore au-dessus des bienfaits; il mettait dans ses dons Jft magnificence d'un prince et la politesse d'un ami. Les arts, en honneur dans sa petite province, produisaient une circulation nouvelle qui fait la richesse des États. Sa cour était formée sur celle de France ; on ne croyait presque pas avoir changé de lieu, quand on passait de Versailles à Lunéville. à l'exemple de Louis XIV, il faisait fleurir les belles-lettres. Il a établi dans Lunéville une espèce d'université sanspédantisme, où la jeune noblesse d'Allemagne venait se former. On y apprenait de véritables sciences dans des écoles où la physique était démontrée aux yeux par des machines admi-
ffâbles. n a cherché les talents jusque dans les boutiques et dans les forêts , pour les niettre au Jour et les encourager* Enfin, pendant tout son règne, il ne s'est occupé que du soin de procurer à sa nation de la tranquillité, des richesses, des connaissances et des plaisirs. « Je quitterais demain ma sou- « veraineté, disait-il, si je ne pouvais faire du bien. » Aussi Q-Ml goûté le bonheur d'être aimé ; et j'ai vu« longtemps après sa mort, ses sujets verser des larmes en prononçant ton nom. Il a laissé en mourant son exemple à suivre aux plus grands rois, et il n'a pas peu servi à préparer à son fils ^ le chemin du trône de l'Empire.
Dans le temps que Louis XIV ménageait la paix de Rysvick, qui devait lui valoir la succession d'Espagne, la couronne de Pologne vint à vaquer. C'était la seule couronne royale aa monde qui fût alors élective : citoyens et étrangers y peuvent prétendre; il faut, pour y parvenir, ou un mérite assez éclatant et assez soutenu par les intrigues pour entraîner les suffrages, comme il était arrivé à Jean Sobieski, dernier roi ; on bien des trésors assez grands pour acheter ce royaume, qui est presque toujours à l'enchère.
/f L'abbé de Polignac, depuis cardinal, eut d'abord l'habileté de disposer les suffrages en faveur de ce prince de Conti connu par les actions de valeur qu'il avait faites à Steinkerque et à Nervinde. 11 n'avait jamais commandé en chef; il n'entrait point dans les conseils du roi. M. le Duc avait autant de réputation que lui à la guerre ; M. de Vendôme en avait davantage : cependant sa renommée effaçait alors les autres nooas par le grand art de plaire et de se faire valoir, que jamais on ne posséda mieuvquelui. Polignac, qui avait celui de persuader, détermina d'abord les esprits en sa faveur : il balança avec de l'éloquence et des promesses l'argent qu'Auguste, électeur de Saxe, prodiguait. Louis-François, prince de Contï, fut élu roi par le plus grand parti (27 juin 1097), et proclamé par le primat du royaume. Auguste fut élu deux heures après par un parti beaucoup moins nombreux; mais il était prince ■ouverain et puissant; il avait des troupes prêtes sur les fron-
s. »r«B^oi» V, époux de Mtri«-TWrèi».
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tières de Pologne. Le prince de Gontî était abs^^uusaDs argcov, lans troupes, sans pouvoir ; il n'avait pour lui que son nom et le cardinal de Polignac. Il fallait ou que Louis XiV Ve^ péchl^t de recevoir l'offre de la couronne, ^u qu'il lui donnai de quoi l'emporter sur son rival. \Le ministère français passa pour en avoir fait trop, en envoyant le prince de Conti, et trop peu, en ne lui donnant qu'une faible escadre et quelques lettres de change avec lesquelles il arriva à la rade de Danl- Eick. On parut se conduire avec cette politique mitigée qui commence les affaires pour les abandonner. Le prince de Conti ne fut pas seulement reçu à Dantzick ; ses lettres de change y furent prolestéea. Les intrigues du pape, celles de l'empereur, l'argent et les troupes de Saxe, assuraient déjà la coutonne à son rival. Il revint avec la gloire d'avoir été élu. La france eut la mortification de faire voir qu'elle n'avait pas assez de force pour faire un roi de Pologne.
Cette disgrâce du prince de Conti ne troubla poiut la paix du Nord entre les chrétiens. Le midi de l'Europe fut tranquille bientôt après par la paix de Rysvick. Il ne restait plus de guerre que celle que les Turcs faisaient à l'Allemagne, à la Pologne, à Venise et à la Russie. Les chrcHiens, quoique mal gouvernés et divisés entre eux, avaient dans cette guerre (a supériorité. La bataille de Zanta (!•' septembre i697), où le prince Eugène battit le Grand Seigneur en personne, fameuse par la mort d'un grand-visir, de dix-sept bâchas et de plus de vingt mille Turcs, abaissa l'orgueil ottoman et procura la paix de Carlovilz (1699), où les Turcs reçurenLlaJoi. Les Vénitiens eurent la Mprée ; les Moscovites, Asoph ; les Polonais, Kaminieck ; l'empereur, la Transilvanie. La chrétienté fut alors tranquille et heureuse; on n'entendait parler de guerre ni en Asie ni en Afrique. Toute la terre était en paix vers les deux dernières années du dix-septième siècle, époque d'une trop courte durée.
Les malheurs publics recommencèrent bientôt. Le Nord fut troublé, dès l'an 1700, par les deux hommes les plus singuliers qui fussent sur la terre : l'un était le czar Pierre Alexiovitz, empereur de Russie; et l'autre, le jeune Charles XII, roi de Suède, Le ccar Pierre, supérieur à ion siècle et à m