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LE ROI DE CARREAU

pour elle... pour passer un mois auprès d'elle... et se voir enlever cebonhiui'... par un rapriie ! I

— Corbleu! s'i-rria le gémirai en se levant aven colère et en repoussant du pied son faulmiil qu'il renversa au milieu de la chambre, me prend-on pour un conscrit?.. Croit-on que je me laisserai mener par une femme, par un enfant ? Vous viendrez, madame, car je l'ai dit... vous viendrez!

Céi-iie se leva, et toute tremblante, elle répondit froidement :

— Je n'irai pas.

— El pourquoi? morbleu!

— Pourquoi?... Cécile ne tremblait plus; elle avait pris sa résolution ; et résignée à tout, n'écoutant (|ue son devoir... elle répondit à demi-voix, maisavec fermeté : — Parce que je ne le veux pas I

Le général furieux allait s'élancer vers elle; mais un gémissement sourd se fit entendre... C'était Henri qui se trouvait mal et allait tomber sur le parquet... Je le soutins dans mes bras... et la colère du général, changeant à l'instant d'objet, se tourna vers son neveu : L'imprudint ! l'imbécile ! qui depuis une heure reste là debout... Il n'y a rien de plus mauvais... Sa blessure se sera rouverte... je le lui dis toujours... mais personne ici ne m'écoute... personne nem'obéit... allez tous au diable I... Eh bien! revient-il à 'ni?

— Ou\ monsieur, répondit Cécile, qui s'était élancée près de Henri, lui avait fait respirer des sels et lui prodiguait les soins les plus touchaus.

— Ah ! dit le général, le voilà qui ouvre les yeux.

Cécile s'éloigna vivement, rentra dans sa chambre suivie de sa mère, et quelques instans après le général alla les rejoindre; mais il parait que ses prières et ses menaces furent inutiles, car ii nous dit le soir : Cette petite fiile-là a une tête (le fer.

— Elle n'ira donc pas à Baréges! s'écria. Henri.

— Non, mon ami... nous irons tous les deux, et elle, pendant ce temps, nous attendra dans mon château de Lescar, aux.énvirons de Pau.

— Quoi! général, vous avez cédé! dit Henri d'un ton de reproche.

— Et con liient faire '.'... à moins de la tuer ! il n'y avait que ce moyen... je le '.ni ai parbleu proposé!.'

— Et qu'ai-elle répondu?

— Elle a répondu: Si vous me tuez... tant mieux... je n'irai pas à Baréges... — Le raisonnement était juste! .Une obstinée... je vous dis !... une tète de fer... Du reste la meilleure petite femme du monde.

■ Le lendemain, de grand matin, les deux voitures étaient prêtes. — Tous les paquets étaient faits, par madame ellemême, me dit la femme de chambre ; elle n'a pas dormi de la nuit. — Les chevaux étaient attelés; Cécile s'élança vivement dans la berline, et au moment où j'offrais la main à la vicomtesse pour l'aider à monter en voiture : Eh bien ! monsieur, me dit elle, vous voyez qu'avec de la religion et des principes... il n'y a jamais de mariages disproportionnés, jamais de danger.

11 y a au moins cambais et souffrances, me dis-je en moimême, cil voyant la flgure pâle de Cécile, et en voyant dans ses yeux de grosses larmes qu'elle voulait sans d.mie cacher à tout le monde, car apercevant de loin son rcari qui s'avançait vers elle, appuyé sur le bras de son neveu... elle s'éi-ria vivement: Partez... partez, pysiillou !.. Le fouet se lit entendre, les chevaux s'ébranlèrent, et la voiture disparut à nos yeux, pendant que le vieillard s'écriait: Eh bion!... eh bien !... voyez la folle... partir sa.is nous dire adieu... sans nous embrasser.

— iVlafoi, monsieur, vous qui cl:erchic7. un sujet de comédie, en voi;à une ! — Ou iilutôi un drame, me di--je en moimême, en contenip'ant la tigure de Henri, (.;ui, incapable de voir, d'entendre ou de répondre, se laissa mettre par moi en cha'se .^e poste à <-6té du ^.'encrai. Il ne pensa mémi' pas à ::ie remercier... ni à me dire adieu. PauM'e jeune homme! il en mourra, me disais-je.

Quelques lieuie* après, je paitis aussi pour les Pyrénées ! Rassurez-vous, lecteur, et ne hémissez pas! Je ne vous nié-

lierai pas sur les pics du Mopt-Perdu, aussi curieux peut-être et plu? accessible que le Mont-Blanc; je ne vous conduirai pas à Lui, à Saint-Sauveur, dont l'aspect est si riant et si pittoresque; je me hâterai de vous faire traverser le chaos, cette pluie d'énormes rochers tombés du ciel ou vomis par l'enfer. Je ne vous ferai pas entrer dans l'enceinte de Gavarnie: confondu à l'aspect d.' tant de magnificence, ébloui par tant de merveilles, vous ne voudriez pas en sortir. Je vous montrerai seulement les tours du Marboré, immenses rochers découpésen créneaux, citadelle magique dont les neiges éter-' nelles reluisent au soleil comme des remparts de diamant. Je vous montrerai de loin la brèche de Roland, cp mur de granit qui séparait la France de l'Espagne, et que Roland découpa d'un (Oup de sa bonne épée... Venez, approchez! il fit pour vous une ouverture de deux ou trois cents pieds, par la(|uelle vous pouvez apercevoir l'Aragon et le parcourir tout entier. C'est là, au pied de ces sublimes tours, que combattirent autrefois Aj^ramant et Ferragus contre les preux de Cliarlemagne. Vous n'êtes point seul dans ces déserts, vous y êtes entouré de tous les héros de l'Arioste, et avec lui, vous vous élèveriez dans lesnues, slcen'était le froid qui voussai. sit et vous force à redescendre sur terre; venez alors, venez vous réchauffer au feu du bon montagnard, regagnons K' village de Cèdres, moitié français, moitié espagnol, où nous déjeunerons sans doute avec quelque contrebandier; puis, traversant le Bastan et franchissant le Tourmalet, nous descendons dans la délicieuse vallée de Campan, ce paradis terrestre qui nous conduira à Bagnères; et si vous êtes fatigué, si vous voulez trouver le calme et le bonheur, c'est là qu'illaut vous arrêter et vous reposer.

C'estceque je fis.

Chemin faisant et tout en gravissant les montagnes, j'avais trouvé dans une fable de La Fontaine, l'idée d'une comédie en cinq actes que nos derniers événemens politiques pouvaient rendre assez piquante. Je m'arrêtai à Bagnères pour l'écrire. Je louai dans un endroit charmant, à côté de la belle maison de monsieur Lugo, une petite maisonnette qui donnait sur les allées de Maintenon.

Je passai là les quinze jours les plus tranquilles et les plus heureux de ma vie, travaillant matin et soir, et parcourant dans la journée le pays enchanteur (jui m'environnait, les vallées de Campan et de l Espom e, le ccuvent de Medoux et rfelisêe Saint-Paul! Un jour, je gravissais le camp de César ou la pêne de l'Heyris ; un autre jour, je tentais des excursions au Pic du Midi, d'où l'on découvre les plaines du Bigorre et du Béarn. Que l'air pur des montagnes, que ces riantes vallées, que ce beau soleil vous donnent de joie et de sàiité ! ils vous rendent la jeunesse et le bonheur ; car h'), au sommet de ces montagnes, tout est oublié, la souffrance du corps et les chagrinsde l'âme. Par malheur, en descendant, on les retrouve dans l'a plaine et à la ville, où ils nous attendent !

Mes ciiK] actes terminés, il fallut partir et quitter (e beau pays. Je traversai le riant vallon d'Argèles, la ville de Lourdes; j'admirai la jolie chapelle de Notre Da're-de-Bêtharram, et je me dîiigeai sur Pau, où plusieurs motifs m'appelaient. D'abord, j'avais un ami, un aimable et excellent jeune homme, ancien chef d'escadron de la garde, (jui habitait avec sa jolie famille le château royal de Pau, et je ne voulais pas quilter le Midi. sans l'embrasser ; et puis, aux environs de cette ville était lé domaine de Lescar, où la vicomtesse d'Orlhcs et le général m'avaieit engagé h m'arrêter quelques juurs. J'avais grande envi»' de revoir Cécile, et j'ari ivai au château.

C'était un fort bel cdilice, admirablement bien situé; le parc s'étendait jusqu'aux bords du Gave, et, de-; fenêtres du salon, on décauvrait les coteaux de Jurançon, et à l'horizon, à quinze lijues, les ti:cntagiies bleuâtres, Its cimes blanchi-s dei Pvrénées.

En descendant de voilure, je fus reçu |)ar la vicomtesse et safilie, (|ui me tirent raccue.l le plus aimable. Le général, que l'on attendait, était encore à Raiéges ; mais quel fut mon étonneiiien', lorsqu'en entrant d.;iis le salon, j'aperçus uioiisieur Henri de Caslelnau, assis sur un canapé et ILsaiit le jouinal !

SCRIBE

-^Le général l'a envoyé en avant, me dit la vicomtesse, pour porter des dt'])éches au gouverneur de Pau et pour savoir des nouvelles de Céeile, qui a été très malade.

— Eu vérité! m'écriaije avec inquiétude.

— Ce n'est rien, elle va beaucoup mieux, et eij attendant le général, Henri ne pouvait pas demeurer ailleurSfljue dans lecliàteau de son onele; c'est, du reste, l'intention fofmplle ce mon gendre, qui, depuis une semaine, nous annonce chaque jour son arrivée.

— Voilà donc une semaine que monsieur de Caslelnauiçsl ici dis-je à la vicomtesse, qui, devinant l'idée qui me préoccupait, se Uàla de m* répondre :

— Rassurez-vous, monsieur; d'abord, vous connaissez ma lille, et ensuite je puis vous attester que pendant tout ce temps, je ne l'ai pas (juittée une minute, de la journée.

Elle disait vrai. iJécile restait au salon à travailler près de sa mère, et dins les promenades mêmes du parc, jamais Henri ne se trouvait seul avec elle. Il faut dire aussi (lu'il n'en cliercliait pas les occasions.

Sa tenue cl ses nianières étaient admirables. Tout respirait eu lui l'alfection la plus tendre, les soins les pliii empressés; mais pas un mot, pas un regard n'aurait pu trahir aux yeux d'un tirjnt'er le secret de son âme. Il avait même repris île la gaiié, de l'enjouement, il était moins distrait, il prenait part à la conversation, et seulement alors, je m'aperçus qu'il était furi aiiuable, fort instruit, cl ([n'a une modestie très grande il joigiiai'. l'esprit le plus lin et le plus délicat, un noble caiacière, des pensées élevées et généreuses... enlin une foule de bonnes ([ualifîs cachées jusqu'alors et qui malmenant brillaient dans tout leur éclat.

La vicomtesse nous lut un article du joursal qui parlait d'un suicide.

— Le niallicuieu.^!... s'rcria Cécile d'un air (jui semblait presiiue une api)riil)..tion.

— I, 'insensé ! ^'ccria Henri avec mépris.

— Cila ne vous arriveiait donc pas'? lui dis-je vivement.

— Jamais, monsit'ur, jamais! Mourir pour soi, c'est se priver d'un si grand bonlieur!

— Et lequel?

— Celui de mourir l'ourccux qu'on aime!

Allons, me disjc, il l'aime toujours, mais il a pris son parti avec courage et lésiynation. 11 auiala force de combattre et de vaincre!

La vicomtesse me proposa d'entendre la lecture de son dernier roman. J'accjptai, et j'entrai avec elle dans son cabinet d'étmie, en pensant que dans ce moment son amourpropre d'aiiieur l'eiu; ortait sur sa surveilhince de mère, et qu'elle allait ainsi Lisser à Henri quebiues instaiis de tèteà-tête.

Je me (rompais ; il n'en profita même pas ! La lecture ([ue je soutins avec un cuurage béroïi|ue, fut longue, je m'en vante... Pendant ce temps, j'entendis Cécile jouer sur son piano des airs tristes vl mélaiicoliciues ; mais elle était seule, car j'avais aperç.i de luiii Henri, se promenant dans une des allées du parc, et (|uaiid je rentrai dans le salon, elle était seule encore, assise dans un grand fauteuil, la tète appuyée sur sa main et les Jfiix rouges ! Elle se leva vivement et vint à moi le sourire sur les lèvres. Dans le mouvement qu'elle lit, son mouchoir tomba... Je me bitai de le ramasser... Il était mouillé... Elle s'en aperçut et me dit en me montrant un livre (jui était sur la cheminée : Je suis bien ridicule, n'estce pas?... C'est ce roman ([ui m'a l'ail pleurer. Je regardai. . c'était un ouvrage de sa mère! Je n'avais pas besoin de cette preuve pour être peisuadé (|n'elle me trompait !

Le suir il y eut beaucoup de monde au château... Toute la société de Pau et des environs vint rendre visite. Cécile taisait les honneurs de son salon avec une gr.'iee et une aisance qui ne paraissaient lien lui couler; elle s'occupait dr tout le monde, excepté de Henri, li ([ui, de temps en temps seulement, elle donnait (lueliines ordres pour l'urrangement des tables de jeu.

. On me mit au \\hist avec trois digniiaircs du déparlement; de vieux messieurs furent placés au pi(|uet, de vieilles dames au bos.on, sous la présidei:ce de la vicomtesse. Le receveur

des contributions jouait avec monsieur le maire au billard, et Céci'e, prenant autour d'elle les jeunes personnes et lesjeu- ■ nés gens, leur proposa, pour les oc.'uper, des jeux innoeens qui furent acceptés avec enthousiasme. Les jeux innoeens sont encore en honneur en province, surtout dans le département des Basses-Pyrénées.

Pendant ce temps, je faisais des fautes qui durent donner à mont partner une bien mauvaise idée des joueurs de la capitale: mais il était dit que Cécile me ferait toujours perdre au whist, car cette fois encore, je pensai h elle bien plus qu'à mon jeu... Et mes yeux se dirigeaient constamment sur le cercle joyeux qu'elle présidait!

Henri s'en était éloigné et regardait jouer au billard ; des jeunes personnes rappelèrent le bel aide-de-camp, et bon gré mal gré, il fallut bien qu'il prit une place. Cel'c iju'il choisit était loin de Cécile, et dans les pémter.ces qu'il ordonna, il évita toutes les occasions cjui auraient pu le rapprocher d'elle. Une fois cependant, et d'ajirès les règles rigoureuses du jeu, il fut ordonné ;\ Cécile d'aller embrasser le jeune aide-decamp .. Elle se leva .. En ce moment je coupai ^ mon partner un huit de cœur qui était roi'. ... \\ fit un mouvement d'impatience, peu m'importait! Mim attention se i)orlait tout entière sur la jeune femme, qui s'approcha tranquillement de Henri et lui présenta ses deux joues fraîches et rosées.

Henri les effleura du bout des lèvres. Il ne rougit point, il ne pSlit iioinl, il ne perdit pas connaissance, comme je m'y attendais, il resta calme et de sang-froid. Décidément, me dis-je, c'est un héros! Et je l'admirais, et je le plaignais, et sans le vouloir, je me surpris faisant des vœux pour lui et pour cet amour sans espoir !

Tous les gag( s étaient touché.^ ; les jeunes demoiselles et quelipies jeunes gens s'assirent autour d'une grande table ronde qui tenait le milieu du salon, et l'on se mit ;'i feuilleter des albums, des revues et des gravures. Les uns prirent le crayon et dessinèrent, d'autres peignaient à la cépia quelques l)Oints de vue des environs, et Henri, par complaisance psur une petite tille placée à côté de lui, sculptait, avec un canil anglais, un morceau de bois auipiel il donnait la ligure d'un ermite ; genre de travail auquel se livrent ave(^ succès les bergers des Alpes ou des Pyrénées. — Le bois était dur, le canif coupait très bien, ei dans un iiiouvcinent un peu brusque, la fer glissa de la main droite, et fil ;i Henri une coupure assez forte fi un doigt de la main gauche. Cécile poussa un cri et devint tonte pAle ! Un instant après, elle se mil à rire. La blessure n'était rien, mais saignait be.incoup. Tous les mouchoirs de ces dames furent h l'instant ofl'erts au blessé, tous les nécessaires s'ouvrirent, on chercha du talfelas d'Angleterre, on le dé 'oupa, et vingt petites mains l.iieii blanches et bien adroites s'ofl'rirenl à panser sa blessure. On riait beaucoup et on avançait peu ; c'était très diflicile. La coupure avait porté sur la seconde i)lialange du doigt, et l'appareil ne pouvait jamais tenir. L'on avait beau recommencer et chercher ù l'assujettir de nouveau, au moindre mouvement il se dérangeait.

— Mais, monsieur, restez donc tranquille, et surtout ne ployez pas votre doigt.

-^Eh! mesdames, c'est aisé ft dire... Mais je n'y pense jamais.

— Monsieur a raison, m'écriai je, et il laudrait, pour tenir son doigt immobile, ce (|ue l'on appelle en chirurgie des... des...

— Des éc'isses! s'écria Henri, comme pour un bras ou une jambe cassée.

— Précisément!...

— Et où en trouver? s'écria tout le monde en riant.

— En voici! Et sur la table où notre whist vcnaii de finir, je pris une car;e.. C'était, je crois, un roi de carrean; je le roulai autour du dcigt blcjsé... Ces dames rassUjctlireiit avec une soie, el ainsi retenu désormais par cet appareil de carton, il n'y avait plus à craindre (pie le doigt se ployât et que la blessure se rouvrit. Le pansement s'ache\a aux cris de joie et aux aiiiilaudissemeiis de toute rassem"..lée qui me félicita sur mes lalens en chirurgie. Henri me pria de lui présenter mon mémoire pour mes frais et honoraires, et Cécile

LE ROI DE CARREMi.

me promit sa dienlèlo pour teutfs les piqûres d'épingle ou d'aiguille qu'elle se ferait.

Onze heures venaient de sonner, eliaeun prit son bougeoir, et je rentrai dans ma chambre, d'où j'entendais encore, dans les corridors, les courses joyeuses et les éclats de rire de celte folle jeunesse.

La lendemain, à dixtieures,je descendis dans le salon et je causais avec la vicomtesse, lorsqu'à notre grande surprise, nous voyons entrer le général qui nous crie gaiment :

— Bonjour, mes chers amis.

— Eh ! mon Dieu ! mon gendre, d'où venez-vous? Comment arrivez-voHS? On n'a pas entendu de voilure entrer dans la cour.

— C'est que je suis arrivé ce matin à ciiq Iicures, pendant que vous dormiez tous.

— En vérité!

— Je n'ai voulu réveiller personne, et je suis monté tout droit à la chambre de ma femme, qui ne voulait d'abord pas m'ouvrir... tant elle avait peur.

— Je le crois bien .. Quand on est réveillée en sursaut.

— Elle croyait que les Espagnols ou les contrebandiers s'emparaient du château! Cette pauvre peiiie femme!... Heureusement je l'ai bien vite rassurée. — Sa saute, la votre, comment tout cela va-l-il?

— A merveille!

— Ne vous étes-vous pas trop ennuyées en mon absence ? Qu'est-ce ([ue vous avez fait?

— Nous avons eu hier du monde. On a joué au whist, au boston.

— Justement! Et c'est à ce propos là, ma belle-mère, qu'il

faut (jue je vous gronde. Vous allez rendre votre fille joueuse"

— Moi !!

— Joueuse comme les cartes! Il parait qu'elle ne pense qu'à cela le jour et la nuit... car voici, continua t il en riant aux éclats, une c^rle, un roi de carreau, que j'ai trouvé tout roulé sous son oreiller... C'est drôle, n'est-ce pas?

Ja m'efforçai de rire, ne fût-ce (jue pour cacher au générai le trouble de la vicomtesse, (|ui semblait frappée de la foudre.

— Voyez, voyez, s'écria le général eu donnant un libre accès à sa gaité... elle ne rit pas... elle est déconcertée, parce qu'elle se sent coupable.

— Oui, bien coupable! me dis-je en moi-même.

En ce moment descendirent Henri, puis Cécile. On se mit à table, on 'déjeuna en famille, nous n'étions que nous, et comme la veille c'était la même réserve, la même indilTérence; mais mieux instruit maintenant, combien je trouvai d'amour dans ces yeux (jui s'évitaient continuellement, dans celte froideur apparente, dans cet accord silencieux de tous les momens et de toutes les pensées.

• On se leva de table, et au moment où l'on entrait dans le parc, me trouvant derrière les autres avec la vicomtesse, je lui dis : Eh bien ! madame, croyez-vous encore que malgré la religion, malgré les meilleurs principes, il n'y ait pas de dangers dans une union disproportionnée?...

— Taisez-vous, mo dit-elle, voici le général.

En effet il s'approchait de nous et me dit en riant: Eh lien! monsieur, avez-vous trouvé dans les Pyrénées quelque sujet de pièce?

— Mais oui!... un entre autres assez piquant.

— Et vous en ferez une comédie?

— Non , général ; j'en ferai une nouvelle ! «-,

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