‹ Le siècleChapitre 126 sur 216 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

LE ROl.'méJilant; plu^ tard, H.VMLET.

LE ROI

Polorius lue!... Pomlant qu'avaU- il fait?

Celle ni'Tl me rappelle encore mon forfait,

Mon horrible forfait ! vapeur noire, empesiée,

QaTmoiilf jusqu'au ciel! Ma vie ensanglanlée,

Soiisraiiaili^meaneifii du premier meurlrier

Sanpiolic cl fe déb.l... Si je pouvais pricrl...

Non! mon crime est trop lourd, mou âme trop débile!

Comme entre deux devoirs je m'arrèlc immobile :

Par lequel commencer ? et rien n'est accompli,

—Mais quoi I l'homme a le crime, et le Soigneur l'oubli!

Ma main du sang d'Abel serait eiicor plus noire.

Que te pardon divin, rosée expiatoire,

Lui rendrait la blanch;nir d" la neige des chimps.

Quand Dieu serait-il bon si nous i.'étions médians?

Qu'est-ce que la prière? un appui dans la lut'e,

Qui soulienl au combat, relève a-près la cliule,

Relevons donc ensemble et mon cœur et mes yeux !

—Oui, mais avec quels mots vais-je parler aux cieux ?

" Pardonnez-moi mon meurtre affreux ! » C'est impossible

Tai dans mes mains le prix de ce meurtre terrible,

Celte femme, le sceptre, et la grandeur des rois.

Quoi ! jouir du pardon et du crime à la fois ?

Folie ! au poids de l'or, e:i ce monde, le crime

Acbèic la justice, et le juge a la prime

Des profils du coupable. Oui, mais payez donc Dieu!

Quand la vérité parle, osez mentir un peu!

Lorsque vos actions vous regardent en face, Essayer de Eier ! non! il faut «rer grâ e! Suis-je donc dans l'abîme enfoncé trop avant? Anges du ciel, voyez je suis encor vivant I Essayez ! siuvez moi ! Flécliis, genou rebelle ! Cœur aux fibres d'acier, sois plus tendre et plus frêle Que le cœur palpitant d'un enfant nouveau-né ! Et tout peut aller bien!

(Il s'agenouille au prie-Dieu. — Entre Hamlcl.) II VMLET, apcrcevaul le roi,— avec plis Je terreur T-^e de joie,

Quel niomcnl m'est dosnél Il prie, et je dois tout accomplir 1

Lonpiip lutte intcrieuie. Il tire à demi son ^pée, pwis la lait«e retomber au fourreau pour essuyer i!e sa main la sueur froide de son front, tire enfin bru5qu»«iient son ipée et s'aiipuie des- MIS chancelant, iail deux pas vers le roi, puis s'arrèle, lait euciire un pas et s'arrête eacore, ijjuniiué par une icHexion soudaiu''. (

Mafis, j'y pense !

Il irait droit au ciel I et je le récompense » ,

Au lieu de le punir ! Voyons : un scélérat Assassine mon père, et moi, moi, fils ingrat ! J'envoie au sein de Dieu le maudit ! Ma vengeance Est alors amitié, ma colère indulgence!

Mon père est mort sans prêtre; un grave jugement Pèse à présent sur lui ; serait-ce un châtiment Pour son iJche assassin, que d'immoler l'infâme Quind, prêt pour le voyage, il épure son âme?... — rs'O'n ! non ! rentre au fourreau, mon épée, et tous deux Attendons, pour frapper, un coup moins hasardeux. Et quand nous le verrons dans un accès de rage. Ivre, au jeu, répandant le blasphème cl l'outrage, Quand il sera coupable, et non pas repentant, • Alors qu'il commettra quelque crime éclatant Qui lui ferme à jamais le chemin de la grâce...

Lu apiariemcnl du château.

(Yor page 224.)

LE ROI, seul.

Oh! mon forfait exhale vers le ciel une odeur empesiée. Il est frappi de la plus ancienne malédii lion, celle qui fut prononcée contre le premier fratricide. Je ne saurais prier, quelque désir que j'en aie: mon crime est plus fort que ma volonté; je ressemble à un homme que deux occupations réclament, et qui, ne sachant par laquelle il doit commencer n'en cxécnte aucune. Quoi donc' qtiand sur cette main maudite le sang fraternel formerait une couche plus épaisse que la main elle-même, le ciel n'a t-il pas assez de miséricordes pour que l'onde de sa grâce la purifie et la rende aussi blanche que la neige? A quoi sert la bonté divine, sinon â effacer le délit? Et qu'est-ce que la prière, si elle n'a celte double vertu de prévenir notre chute, ou de nous faire pardonner quand nous sommes tombés? .\dressons-nous donc au ciel; m» faute est consommée. Mais, hélas ! comment dois-je formuler ma prière? Pardonnez-moi mon meurtre abominable! — C'est impossible, puisque je suis encore en possession des objets pour lesquels j'ai commis ce meurtre, — ma couronne, mou trône, ma femme. Peut-on obtenir le pardon de son crime, alors qu'on en conserve les fruits? Dans les voies corrompues de ce monde, l'iniquité, l'or en main, peut tenir la justice à distance; et souvent l'on veit les produits du crime acheter l'impunité du cnupabie : mais là-haut, il n'en est point îinsi ; là, tout subterfuge est iiiuiile; là, nos actes apparaissent dans leur réaliié, et conlVontés avec nos fautes, force nous est de les confesser. Que faire donc? quelle ressource

LE .SIECLE. — lU.

me reste? Esfayons ce que peut le repentir. Son efficacité est grande : mais que peut-il pour celui qui ne peut se repeniir ? O condition déplorable! ù conscience noire comme la mort ! ô mon âme! tu es prise au piège, et plus tu fais d'efforts pour te dégager, plus lu aggraves ta situation. Anges, venez à mon aide; tentez pour moi un effort. Fléchissez, genoux rebelles! Et toi, mon cîjur, que tes fibres d'acier s'amollissent comme celles de l'enfant qui vient de naître: rien n'est encore désespéré.

(II se retire à l'écart et s'agenouille.)

Entre HAMLET.

n.MiLET, apercevant le roi.

L'occasion est propice, maintenant qu'il est en prière : agissons donc— Oui, mais alors il va droit au ciel : est-ce là la vengeance que je veux tirer de lui ? Voilà qui mérite réflexion : un fcclérat tue mon père ; et en retour, moi, son fils unique, j'envoie au ciel ce même scélérat. Ce serait le récompenser, et non le punir: il a fait mourir mon père, li\Té aux préoccuçalions de la chair, au moment où ses péchés étaient épanouis comme la végétation au mois de mai ; et qui sait, hormis le ciel, quels comptes il a maintenant à rendre? Autant que nous pouvons le conjecturer, un jugement rigoureux doit peser sur lui : serait-ce donc me venger de son meurtrier que de l'immoler au moment où il purifie son âme, alors qu'il est préparé pour son dernier voyage? i\on, rentre dans le fourreau, mon épée, et attends le moment de frapper un coup plus horrible. Quand il sera ivre, endormi, ou en proie à la colère, ou plongé dans les plaisirs d'un lit incestueux, ou absorbé par le jeu, ou le blasphème à la bouche, ou ac<;omplissant quelque acte qui soit loin de porter le cacbft

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