SCÈNE VI
Li!8 Même», UPHÉLIE, Ijuain-niuat coilVée de fleurs et de pailles cnlrehicéus.
OPnCLIE , a son frère sans le reconnaître. Bonjour, prince.
LAERTE
Dévorez le regard dans mes yeux coiisumés !
Oh ! va ! je leur ferai payer cher ta folie,
Ma sœur, rose de mai ! bonne attendre Ophélie!
Mon Dieu ! vous laissez donc s'éteindre au même vent
Le souffle du vieillard et l'esprit de l'enfant?
L'âme qu'un amour pur exalte d'heure en heure
Laisse à l'objet aimé sa moitié la meilleure.
OPnÉLlE, chantant.
On l'enterra sans voiler son front pâle !
iléiïs 1 bêlas ! trois fois hélas !
Et tous les cœurs pleurent ba mort fatale...
Adieu, mon tourtereau!
LAERTE
Non, toute ta raison Ne m'animerait pas contre la trahison Autant que ce délire!
OriIÉLIE.
Eh! chantons! oh commence.
En bas 1 qu'on le porie en bas !
Iléhis! hélas I trois l'ois hélas!
Un refrain bien trouvé, certes! c'est la romance Du méchant intendant qni, sans pitié, vola La fille de son maître,
LAERTE
Oh! oui, tous ces riens-là En disent cent fois plus que des choses sensées!
oniÉLIE, distribuant ses Heurs.
Pense à moi, doux ami I.tiens, veici des pensées! Et puis, du romarin, la Heur du souvenir! Séparés, son parfum saura nous réuBir!
LAERTE
Elleeslfolle! — 0 mes pleurs enflammés, J Son cœur rappelle encor sa raison disparue !
LAERTE
Ses ennemis seulement.
LE noi.
Bh bien! veux-tu les connaître?
Quant à ses amis, Je leur ouvre mes bras avec empressement; et pareil au pélican qui nourrit ses enfans aux dépeM de sa vie, je suis prêt à leur donner mon sang.
LE ROI
A la bonne heure; tu parles maintenant en bon tils et en borame d'henneur. Je suis innocent de la raort de ton père, e< Je la déplore amèrement; c'est c* qui sera démontré à ta raison par des preuves aussi claires que le jour qui te luit,
LES BAN0I9 , de rexièrieiir.
Laissez-la entrer.
LAERTE
Quoi donc? quel est ce bruit?
Entre OI'HBLIE, bizarrement coiQ'ôe de fleurs et de pailles entrelacées dans sa chevelure.
LAERTE, continnant.
Q moi cerveau ! desséchez-vous I Larmes, sept fois corroslves, brûlci mes yeux, et éteignez-y le sens de la vue I — Par le ciel, ta démence sera payée avec usure , Jusqu'à ce ()ue BOtre poids fasse pencher l'un des plateaux de la balance. 0 rose de mai I fille bien-aimée, tendre sœur, chère Ophélie! — O ciel t se peut-il que la rai^n d'une jeune fllle soit aussi
fragile que la vie d'un vieillard ! La nature a , dans son amour, comme un parfum subtil et rare, dont les émanations s'attachent à ce qu'elle aime.
OPnÉLiE , chante.
La face découverte ils l'ont mis dans sa bière. Et sur sa tombe ils ont versé des plours.
Adieu, mon tourtereau.
LAERTE
Tu posséderais toute ta raison et tu m'animerais k la vengeance, que tu ne pourrais à ce point m'émouvoir.
OPUELIE.
Il faut que vous chantiez :
Et allons donc.
Descendez doue.
Oh I il faut entendre chanter cela par la llleuse à son rouet ; c'est la romance de l'intendant déloyal qui enleva la flilede son maître.
LAERTE
Ces riens-là en disent plus que des choses seasées.
OPnÉLIE, k Lai5i'te, en lui présentant une fleur.
Voilà du romarin, c'est la fleur du souvenir. Souvenezvous de moi, je vous en prie, mon bien-aimé, et voici des pensées ; c'est pour que vous pensiez à moi.
LAERTE
Il y a du sens dans son délire. Elle vient d'appliquer à propos la pensée et le souvenir,
IIA.MLET.
SNM
arc
ornÉLiE, !k la reine.
Partagpoiis entre nous, madame, cette rue :
Ponr vous herbe de grAce, lierlie de pleurs pour moi !
Voici de l'ancolie, et du fenouil, Je croi,
Et puis encer, tenei, de blanches pâquerettes.
Je voulais vous donner aussi des violettes,
Mais toutes ont péri tristement, tristement,
Lorsque mon père est mort,— mort, dit-on, saintement!
(Elle chante à genoux.)
Le bon |»'lil Robin, Il fait toiue ma joie!
tVBRTE.
Tristesse, passion, rêverie, enfer mOme, Tout en elle devient grâce et charme suprême 1 OPnÉi.iF..
Ses cheveux blancs comme la neige
Ëgalaienl en douceur le lin 1
J'ai TU le noir cortège.
Hélas ! que Dieu piolôge
Le moi t et l'enfant orphelin !
Ainsi que tout chrétien,— c'est là mon dernier vœu! Le ciel soit avec vous !
(Elle sort ; stir un signe du roi, la reine la s«ii.)
OPIIÉLIE, au Roi.
Voilà pour TOUS du fenouil et des colouibines. — (A la Reine.) Voilà de la rue pour vous, et en voici pour moi : — pour vous ce sera l'herbe de grâce, pour moi l'herbe de douleur.—Voici une marguerite. — Je voudrais bien vous donner des violettes, mais elles se sont toutes fanées quand mon ^re est mort :— on dit qu'il a fait une bonne fin.
(Elle chante.) €ar Robia * fait toute ma joie.
LAERTE
La mélancolie, l'affliction, la colère, lenfer lui-même, tout devient charmant en passant par sa bouche.
ornÉLiE, chante."
Ne revicndra-t-il plus sur terre Celui que nous pleurons encore 1' Non, il n'ouvrira plus ses yeux à la liimièie.
Non, non, il est mort, il est mort.
Sa barbe et ses cheveux étaient blancs comme neige ; Tous nos regreis sont sup(;rnus.
« NoH, non, il ne n?viendra [ilus. Prions Dieu pour son âme, et que Dieu la protège !
ainsi que toutes les âmes chrétiennes, si c'est la volonté de Dieu. Dieu soit avec vous !
(Elle sort.)
t.lERTE.
Vous voyez cela, ô mon Dieu !
LE ROI
Laërie, laisse-moi partager la douleur; c'est un droit qui m'appartient et que tu ne saurais me dénier sans injustice. Va en particulier réunir les plus sages d'entre tes amis ; qu'ils nous entendent et jugent entre toi ou moi. S'Hs me trouvent coupable d'une manière directe et indirecte, je l'abandonne, en expiation de ma faute, ir.on royaume, ma couronne, ma vie, et tout ce que je puis dire à moi ; mais dans le cas contraire, je te demande un peu de patience, et nous travaillerons de concert à t'obtenir une ample satisfaction.
LAERTE
J'y consens; les circonstances de sa mort, ses funérailles obscures où ni trophée, ni épée, ni écusson, n'a ligure sur sa dépouille mortelle, l'absence à son convoi de toute céiémcnie funèbre, de toute solennité, tout cela est comme une voix que le ciel ferait entendre à la terre; et celte voix me crie de m'enqtiérir de ce qui s'est passé.
LE ROI
Que cette enquête ait lieu, et que la hache tombe sur la tête du coupable. Suis-moi, je le prie.
(Ils sortent.)
' C'est le nom d'un p=vit oisea'i, 1" rouge-gorge, auquel se rattachaient plusieurs idées .snperstuieuses : ^'il entrait dans uni' Hiaison, l'oîait l'annonce d'une moi t.