SCENE I
DEUX FOSSOYEURS, creusant une fos^se.
PREMIER FOSSOl'EUR.
Peut-on en terre sainte enterrer sans blasphème
Celle qui va chercher son salut d'elle-même?
DEl'XIÉME roSSOVKin.
Le coroner l'a dit; loi, creuse en attendant !
PUEMIER FOSSOYEl R.
Elle s'est donc noyée à son corps défendant':"
DEUXIÈME FOSSOYEUR
La loi l'a reconnu.
PREMIER FOSSOYEUR
La raison le réprouve.
DEUKliOME FOSSOYEUR.
Tu crois au suicide?
PREMIER FOSSOYEUR
Et, de plus, je le prouve.
Se noyer est un acte, on le peut établir; Or, l'acte a trois degrés : agir, faire, accomplir. Ergo, c'est à dessein que se noya la belle I
DEUXIÈME FOSSOYEUR-
Mais, mon bon fossoyeur...
PREMIER FOSSOYEUR
O la têle rebelle !
Permets. Voici l'eau, bien ! voilà l'homme, très bien ! Si l'homme va dans l'eau se noyer comme un chien, C'est lui qui s'est noyé, mon cher, il a beau dire!
sont tombés avec elle dans l'oiule éplorée. Ses vêtemens, se déployant auiowr d'elle, l'ont ([uelque temps soutenue sur les ilôts comme une sirène ; et alors elle s'est mise à chanter des fragmens de vieux air?, comme si elle n'eitt pas eu le seniimentdu danger (|u'elle courait, ou comme si elle ffit née dans cet élément : mais cette silualion ne pouvait longtemps durer, et bieniùt ses vêiemens, chargés de l'e^u qu'ils avaient bue, ont interrompu le chant mélodieux, et entraîné l'infortunée au fond des fiots, où elle est morte.
Hélas ! elle est donc noyée ?
L\ REINE
Noyée, noyée!
LAERTE
Tu n'as déj^ que trop d'eau, malheureuse Ophélie; je retiendrai donc mes larmes. Vains efforts! la nature parle; il faut qu'elle suive sa loi, quoi que puisse eu dire une fausse honte. Coulez donc, mes pleurs, et emportez avec vous tout ce qui me reste encore de sympathiques faiblesses.— Adieu, sire; j'ai des paroles de feu qui jailliraient en n.immes dévorantes, si ces lai mes insensées hc les étouffaient.
;n sort.)
LE ROI
Suivons-le, Ge (rude. Quede pHne j'ai eue à modérer sa fureur! Je crains bien que ce ma'hcur ne lui lâche de nouveau la bride Suîvonsledonc.
(Ils sortent.)
âCTE CINOUIÈME.