‹ Le siècleChapitre 163 sur 216 · SCÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE

Les Même.*, LE ROI, L\ REINE, LAERTE.GUILONSrEUN'. ROSENCR.\NTZ, Coubtisaks.

LE ROI, mettant b main de Laërte dans celle d'IIamlef. Venez, Hamlet, venez, et prenez celte main.

H.VMLET, 'il Lacrte.

Pardonnez moi, monsieur. L'offense faite à l'homme

J'en demande pardon, Lai'rte,au genlilhomme.

Vous savez, ma raison soutfre cruellement,

Et ce n'était pas moi, mais cet égarement.

Plus ennemi d'Haralet que de Laërte même,

Qui blessait votre honneur, bon compagnon que j'aime.

Ainsi, je vous 'demande excuse— devant tous,

El ne serais pas plus innocent, voyez- vous,

Si, lançant au hasard des traits pour me distraire,

Par-dessus quelquemur, j'avais blessé mon frère.

LAERTE

Vous venez d'apaiser mon âme, monseigneur. Mais puis-je regarder comme intact mon honneur, El serrer cette main, si chère à tant de titres? C'est ce que jugeront, s'il vous plait, des arbitrci. Jusque-lk, toutefois, satisfait à moitié. Je reçois ch ami vos efforts d'amitié.

Il.VllLET.

Oh ! j'en suis bien heureux ! Plus de débats contraires ! El disputons gaîment notre gageure en frères. —Les fleurets! — Je ne puis qu'être votre plastron, Et vais, à vos succt'S ajoutant un fleuron.

IIORATIO.

Vous perdrez ce pari, monseigneur.

HAMLET

Je ne le pense pa» : depuis son départ pour la France, je me suis conilnuclltment exercé; je gagnerai la partie. Mais tu ne saurai» croire quel sentiment de malaise et de tristesse me pèse sur le cœur ; n'importe !

Monseigneur.

HORATIO

HAMLET

Ce n'est qu'un enfantillage, un je ne sais quel pressentiment qui peut-être troublerait une femme.

HOnATIO.

Si vous éprouvez k» moindre répugnance, obéissez à cette impulsion; je vais leur dire de ne pas venir, et les prévenir que vous êtes indisposé.

HAMLET

N'en fais rien ; je brave les présages ; il ne meurt point un passereau sans un ordre spécial de la Providence. Si mon heure est venue, elle n'est pas à venir; si elle n'est pas ;1 venir, elle est venue : maintenant, ou plus tard, il faut toujours qu'elle vienne ; l'important esi d'être toujours prêt. Puisque nul, en mourant, n'a le semimcnt de ce qu'il quille, qu'importe le moment où cette séparation a lieu !

Entrent LE ROI, LA REINE, LAERTE, OSUIC, plusieurs Seigneurs, des Ssrvitcurs portant des fleuret», etc. ______

LE noi.

' Viens, Ilamle», viens, et prends celte main que je te présente.

(H met la main de Lacrte dam celle d'Ham'eM

HAMLET

Pardonnez-moi, Lacrie; je vous ai offensé; mais accordezmoi le pardon d'un gentilhomme. Toutes les personnes ici présentes savent, et vous même vous avez dû l'apprendre, que ma raison est aflligée d'un égarement. Si j'ai fait quehiue chose qni ait pu blesser vos sentimens, votre honneur et votre susce|)tibilitê, ce ne peut être, je le déclare hautement, que le résultat de la démence. Est-ce Hamlet qui a offensé Laërte? Non, ce n'a jamais pu être Ilamlet; si Hamlet ne s'appartient plus, et si, alors qu'il n'est plus lui-même, il insulte Laërte, Hamlet n'est point coupable de cette faute; il la désavoue. Qui donc l'a commise? sa démence S'il en est ainsi, l'infortuné Hamlet est du nombre des parties lésées, et dans sa dénieni c il Irouve une ennemie. Laërte, en présence do celte assemblée, je désavoue toute intention malveillante, et votre générosilé m'ab.soudra en ne voyant en moi qu'un homme qui, en lançant une (lèche par-dessus la maison, a eu le malheur de blesser son frère.

LAEllTE.

Ma fierté est satisfaite, et c'est elle surtout qui, en cette circonstance, devrait m'excitera la vengeance; mais retranché dans les limites de mon honneur, je me refuse à toute réconcilialion jusqu'à ce que j'aie consullé l'opinion d'arbitres vénérables, d'une répuiaiion incontestée, et que leur sentence pacifique ail mis mon nota à l'abri de tout reproche. En attendant, j'accepte votre ouverture tmifale, dans les sentimens qui vous l'ont dictée, et je ne ferai rien qui lui soit contraire.

HAMLET

J'accepte avec joie cette assurance, et la loyauté la pUs franche présidera, de ma paît, à celte joule fraicrncUc. Donnez-nous les fleurets; allons.

L\KnTE.

Voyons, qu'on m'en donne un.

HVMLET.

Je vais servir à vous faire briller, Lai-rte ; mon ignorance

HAMLET

Vous servir seulement de repoussoir et d'orabre. L'étoile a plus d'éclat quand la nuU est i>Uis sombre I

I \EnTE.

Vous merailltz?

MVilLET.

Non pas.

(A Hamiel.) Vous savez la gageure?

De vous la faioe perdre.

LE ROI

Guildenslern, les fleurets?

U.WIIET.

Et j'ai mille regrets

LE ROI

Ob ! je suis sans alarmes !

.te vous a! vus tous deux, messieurs, faire des armes. 11 est plus exercé, mais il vous rend des points.

L,\KRTE, droisissant un fleurei.

Ce fleuret est trop lourd ; bon ! celui ci l'est moins.

IIA3ÏLET, choJsissanl à s<in lour. Sont ils tous de longueur?

C l ILDSSTERX.

Oui^ tous.

HAMLET

J'ai mon affaire.

LE ROI

Les flacons ! Si mon fils touche son adversaire Bans les trois premiers coups, faites pour le fêter . Tirer tous les canons! et je prétends jeter

Dans ma coupe en buvant la perle la plus belle Dont un roi puisse orner sa couronne nouvelle, l'.t clairons au palais, canons sur les remparts, Kclios au ciel, que tout dise de toutes paris : Le roi boit à son lils ! — La reine vous regarde ; Allez, messieurs!

(l« roi el la reine ont pris place sur le trône.)

UAMLET.

Laërte,en garde!

LAERTE

Hamiet, en garde !

Ois coraœcBceut l'assaut.) !

Touché f

NonI

UAULET.

HAMLET, aux assistai?.

Dé'^dez.

GIILDE\!STER\.

Touché I ceHaine«eBt !

(Fanfares et caHTOs.)

L\ERTE

Allons! rscommençons.

LE ROI

Cher Hamiet, un moment !

Je boisa loi.

(11 boit et jette le poison daas la eoup».)

Voici ta perle. Qu'on lui passe

La coupe.

n.AMLET, au serviteur qui lui apporte la coupe.

Non : je veux achever cette passe.

mettra en relief votre talent, comme une nuit nombre fait ressortir la clarté des étoiles.

LAERTE

Vous vous moquez de moi.

IIAJILET.

Non, en vérité.

Donnez-leur des fleurets, jeune Osric. Mon neveu Hamiet, tu c&nnais la gageure?

HAULET.

Je la connais , sire. Votre majesté a parié pour le plus faible.

LE ROI

Je n'ai aucune crainte à cet égard ; je vous ai vus tous les deux ; mais comme il s'est perfectionné, entre vous la partie est égale.

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