‹ Le siècleChapitre 185 sur 216 · L.\ ROUTE · texte numérisé non relu

L.\ ROUTE

Pour obéir aux clauses et teneur de son engagement secret, le chevalier, le lendemain même du jour où son ami avait retu ses confidences,. s'était présenté devant le roi et le cardinal, au milieu d'une foule nombreuse, dans la grande galerie du Louvre. Ainsi qu'il l'avait prévu, aucun d'eux ne sembla se douter de sa présence, bien qu'il eût pris soin de se montrer à plein visage. Cette indifférence ne le chagrina nullement, et dès que Louis XIH et son ministre passèrsnt dans les appartemens, où les grandes entrées seules avaient droit de les suivre, lui se contenta de grossir leur cortège jusqu'à lasalle des Suisses; apn's quoi, se tenant quitte de sa corvée, il redescendit lestement vers les cours, et , la tête dégagée d'ennuis , se reprit à faire de beaux projets pour bien employer ses journées, les nuits y comprises.

Il allait franchir la porte principale, et atteignait le petit pont donnant sur le quai, quand il se sentit frapper légèrement sur l'épaule. Il se retourna. C'était le sieur de la Houdinière, capitaine des gardes de Son Eminence. Marillac se troubla en le rcconiiaissant.

— Le cardinal-duc tous attendra jeudi p.'Ochain dans sa maison de Ruel, luidit la Houdinière. N'y manquez pas, et venez de bon matin.

— Ainfi soit-il, répondit Marillac.

Le premier jeudi du mois de janvier, en costume de guerre, et suivi de son page, il chevauchait sur la route de Ruel, entre Nanlerre et Saint Germain, songeant tristement que son oncle le naréchal avait parcouru le chemin qu'il tenait alors, pour aller se faire emprisonner et juger dans la maison même de son fnntmi, et qu'il n'en était sorti que pour marcher au su|>plice. El lui, plus coupable mille fois, selon les lois de l'Elai, il s'y rendait à son tour!

En entrant dans le bourg, qu'il trouva grandement changé, et dont, la rue principale se garnissait de maisons d'assez boLne appai'en( e, pour se distraire et ne pas s'affaiblir le cœur, il se mit à inteno^'er, sur ces constructions nouvelles, des paysai:s, qui , par corvée, réparaient la route, sous la direction d'un huissier du roi.

— Bonhomme, dit-il à lun d'eux, qui est le propriétaire de cet enclos?

— Monsieur de LsCTemas, l'intendant de Champagne, pour vous servir, mon maître.

Marillac fit un mouvement.

— Etdece'ui ci ?

g? — Monsieur de Moricq. — Et tel conseiller, et tel autre, ainsi ^de.suile ; et il lui^nommait tmitcs les âmes vénales qu'il avaient prononcé la mort du'maréchal.

— Vous voyez que nous ne chômons point de juges ici, mon capitaine, dit le paysan.

— Il n'y manque pas de ^bourreaux ! je le vois, murmura Marillac; et il remit son cheval au pas.

En efiiet, Richelieu à Ruel semblait s'être entouré à dessein de son cortège de sicaires à robes noires, qui faisaient pour lui du glaive de la loi un poignard, et qui, lorsqu'il avait frappé , l'applaudissaient encore de leurs mains sanglantes!

Le chevalier arriva enfin devant ce château, ancienne demeure seigneuriale des abbés de Saint Denis. A l'extérieur, l'aspect en était sombre et sé»'ère, et peu capable de rassurer

SAIXTINE.

quico ique s'y rendait ainsi' par ordre, avec la conscience lourde.

Slarillac mil pied à Irrre, et se tournant vers son page : — Monseigneur, lui dit-il, lu vas m'allendre ici iiiielieure... deux heures... jusqu'au soir, s'il lej.iiit. La nuit s'approcliant, comme il n'est pas jusl/^que tu fexposcs jiar les ciicniins à ia discrétion des liiûus et des liarpailleurs , ta \\\\iifias Lii'u vile à Paris.

— Sans vous? dit Ic^ jeuBc liommo ("loiiné.

— Sans moi, lui rcpc.r.dii son niaiirc; et lu instruiras tim- (. liment mes amis du lieu où tu m'as laissi-.

Le pauvreenlant le rejr.irJaitavcc iniuicluJe et malaise.

— Lu instant! dit Mai illac revenant vers lui, ajjrès avoir fail un mouvement pour s'en éloigner. —Si mon'abstn;-c dure quelque temps, je iliar(;e Monglat ri le comte de Maure, mon lieau-frm!, Je fournir à la subsislance (là ton habillement. Si elle se prolun.^e... trop, tu iras de ma p.irt trouver monseijjneur Gabion d'Orléans : en récompense de mon dévoùinent ;i sa pir.^onne,je le prie d'avoir soin de loi. Je ne lui. demande rie;i de plus,.tt j'aime;"! penser qu'il ne me trouvera pas e.xigpanl. Puisses tu, à son service, mieux réussir que moi!

De {irosses larmes roulaient dans les yeux du page.

— Allons, monse'cjncur, reprit Marillac plus gaîinenl,la trisiesse porte malheur, l'.edresse-toi, cl reprends ton enjouemcnl et ta l'élulance ordinaires. Vive Dieu! je veux le voir encore souiire avautque de nous (initier. AUmis, je le veux!

L'enfiin! essaya de fourin-, et dans l'effort qu'il lit, les deux grosses larmes, jdébordant des paupières, lui coulèrent le long des joues. '

— In n'es pas raisonnable, garçon ; mais,niordieu ! j'oubliais l'essentiel et le 'plus pressé. Tu n'as pas déjeuné, et lu ne peux rester le sac vide en m'allendant. Va au prochain ijite. J'ai vu, en passant dans le bourg, une enseigne de /a Trui: qui file, assez bien enfumée. Entres-y hardiment, et fais loi scrvircomme un br:.ve voyageur qui mène deux clievaux ;i sa suite. Tiens, vo ci ma bourse pour pay.T l'écot, vraie bour.>;e (le page, où il reste à peine de quoi se diveMir de la veille au lendemain. — Accepte donc! te disje. Si le (ar.linal se chari;e de mon logemenl, il lui faudra aussi prendre soin de ma nourriture !

Le jeune homn.e lendit la main niacliinalemeni; puis il suivit son niailre des yinx,el ([uani il l'eut vu dispiuaîlre sous le large cintre de la giandj porte du château, il passa la bride de ses chevaux ducs son bras, .s'assil sur un arbre abattu qui se trou-ail Ki, fondit en pleurs, et sanglota longlenii s.

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