LE DERNIER JOUR D'DN CONDAMNK
tuellis, facf luisaHtP el plombép, me ir^janla d'un air d'envie en disant : — Il est heureux ! il sera rojiic'. Adieu, eaniaraile!
Je lie puis dire ce qui se passait pii moi. J'étais leur camarade en elioi. La Grève est sœur de Toulon. J'étais même placé plus bas qu'eux : ils me faisaient lioiineur. Je frisson- DaL
Oui, leur camarade! et ([ueliiues jonr.s plus lard, j'aurais pu aussi, moi, éire un sprdacle pour eux.
J'étais demeuré à la fenêtre, immobile, perclus, paralysé. Mais quand je vis les cinq cordons s'avancer, se ruer vers moi avec des paroles d'une infernale cordialilé; quand j'enlendis le luniullueux fracas de leurs diaines, de leurscldmeurs, de leurs pas, au pied du mur, il me sembla que celte nuée dedémons escaladuii ma misérable cellule ; je pou>sai un cri ; je me jetai sur la porle d'une violence ù la briser; mais. pas moyen de fuir : les vrrrous étaient tirés en dei ors. Je heurtai, j'appelai avec rage. Puis il me sembla enlenJre de plus près eccore les effrayantes voix des força' s. Je crus voir leurs têtes hideuses paraître déjà au bord de ma fenêtre, je poussai an tri d'angoiise et je tombai évanoui.
Quand je revins à moi il élait nuit. J'étais couché dans un grabat; une lanterne qui vacillait au plafond me lit voir d'autres j;rabals a ignés des deux eûtes du mien. Je compris qu'on m'avait transporté à l'infirmerie.
Je restai quelques insians éveillé, mais sans pensée et sans souvenir, tout entier au bouheur délie dans un lit. ( eries, en d'autres temps, ce lit d'hôpital el de prison m'eût f,Mt recaler de dégoût et de pitié; mais je n'étais plus le même homme. Les draps étaient gris et rudi s au toucher, la couveriure maigre et trouée ; on sentait la paillasse à travers le matelas; qu'importe! mes membres pouvaient se deraidir à l'aise entre ces draps grossiers; sous celte couverture, si mince qu'elle fût, je sentais se dissiper peu à peu cet horrible froid de la moelle des os, dont j'avais pris l'habitude. — Je me rendormis.
L'u grand bruil me réveilla-, il faisait petit jour. Ce bruit venait du dehors : mon lit était à cùlé ue la fenêtre, je me levai sur mon séant pour voir ce que c'é:ait.
La fenêtre donnait sur la grande cour de Bicêtre. Cette cour était pleine de monde ; deux haies de vétérans avaient peine à maintenir libre, au milieu de cette foule, un étroit chemin qui traversait la cour. Entre ce double rang de soldats cheminaient lentement, cahotées à chaque pivé, cinq longues charrel tes chargées d'hommes : c'élaient les forçais qui partaient.
Ces charrettes étaient découvertes. Chaque cordon en occupait une. Les forçais étaient assis décote sur chacun des borJs, adossés les uiisaux autres, séparés par la chaîne commune, qui se développait dans la longueur du chariot, et sur l'extrémilé de laquelle un argousin debout, fusil chargé, tenait le pied. On entendait bruire leurs firs, et, à chaque secousse de la voiture, on voyait sauter leurs têtes et ballotter leurs jambes pendantes.
Une pluie fine et pénétrante glaçait l'air et collait sur leurs genoux leurs pantalons de toile, de gris devenus noirs. Leurs longues barbes, leurs cheveux courts ruisselaient; leurs visages éiaient violets; on les voyait grelotier, tt leurs dénis grinçaient de rage et de froid. Du reste, pas de mouvemens possibles. Une fois rivé à cette chaîne, on n'est [dus qu'une fraction de ce tout hideux qu'on appelle le cordon, et qui se meut comme un seul homme. L'intelligence doit abdiqut-r; le carcan du bagne la condamnée mort; et quant à l'animal luimême, il ne doit plus avoir de besoins et d'appéiits qu'à heures fixes. Ainsi, immobiles, la plupart demi-nus, tètes découvertes et pieds pendass. Ils rommei çaient leur voyage de vingt cinq jours, chargés sur les mêmes cliarretl-s, vêtus des mêmes vêiemens pour le soleil à plomb de juillet et pour les froides pluies de novembre. On dirait que les hommes veulent mettre le ciel de moitié dans leur office de bourreaux.
U s'était établi entre la foule et les charrettes je ne sais
quel Ijorrib'e dialogue : injures d'un côlé, bravade» de l'autre, imprécations des deux paris ; ma, s, a nn sigrc du capitaine, je vis les coups de b;ilon pleuvoir au hasard dans les charrettes, sur les épaules ou sur les têtes, el tout rentra dans ccMe espi'ce de calme extérieur qu'on appelle Vvrdre. Mais les yeux éiaient pleins de vei geaiii e, (t Us poings dis misérables se crispaient sur leurs g^ nonx.
Les cinq tbarreties, escortées de gendarmes à cheval (t d'argûusins à pied, disparurent snccessivemenl sons la haute, porle cintrée de Hicêtre ; une sixième les suivit, dans laquelle ballottaient pêlemêle les chaudières, les gavT.elles de cuivre elles chaînes de rechange. Quelques garde-cbiouriiies, qui s'étaient attardés à ia cantine, sorlireiii en courant pour rejoindre leur escouade. L» foule s'écoula. Tout ce spe.lsde s'évanouit comme une lantasmagorie On entendit s'allaiblir par degrés dans l'air le bruit lourd des roues et des pieds de chevaux sur la route pavée de Fonlain» bleau, le c'ajucment des fouets, le cliquetis des chaînes et ks hurlemens du peuple, qui souhaitait malheur au voyage des ga'érifn.=;.
El c'est là pour eux le comnienctmint.
— Que me disait-il donc, l'avoc a ':■ Les gftlères ! Ah! oui, plutôt mille fois la mort, plutôt l'échafaud que le bagne, plutôt le néant que l'enfer; plutôt livrer mon cou au conltau de Guillolin qu'au carcan delà chiourme! les galères, juste ciel !