‹ Le siècleChapitre 39 sur 216 · OS · texte numérisé non relu

OS

— Oui, dit Maurice, et lu me trouves l'vré aux plus grave5 méd talions sur ce sujet. Cuiiiment le tiouves lu de la siiuaiiou?

— Très bien, lui dit Ricliard;e! toi?

— Moi? très bien t'galcmeul; seulement je m'ennuie.

— Ail!

— C'est un état trop calme; mon desespoir habituel du temps que jélais i'aniaiit d'Ilch^ne me convenait mieux; j'avais au moins le plaisir île sentir passer la vie; aujourd'hui, c'est comme une f.ide boisson, qui coule sans laisserni parfum ni saveur. Je viens de parler d'Hélène,; celte idée m'attriste. N'as tu pas eu des nouvelles d'elle?

— Kon.

— Alors, n'en parlons plus. C'était une bonne et noble créaiure que j'ai làchemeni abandonnée; mais je crois vraiment (iirelle a ^arué mon ûme avec eile, tant je la se;. s peu maintenant dans ma poitrine; n'en parlons plus.

Comme Ridiard \ l que 'Maurice al'ait penl-être passer la maiiné' à dire^qu' 1 ne fallait pas parler d'Uélène, ii jugea i propos de détourner la conversation.

— Quel était, dit-il, le sujet de tes hautes méditations ?

— Jeté l'ai dit: le mariage et ses princiitaux inconvéniens; leur cause, et la manière de les prévenir.

— A quel inconvénient en étais-tu?

— Aux maris trompés.

— Tu m'obligeras ihfiiiimenl de me communiquer tes idées, surtout si, après le mal, tu as trouvé le remède.

— Je le veux d'autant mieux que notre ami Fishervvaîd n'est pas là, et que les n-.ystères du mariage ne doivent èire mis à nu que devant les initiés, sous peine de prêter à rire aux i.rofani s, et de ne i)as être sûr qu'ils n'ont pas raison de riie ; ce qui peut ébranler les plus robustes cunv!clio!!S.

Comme je te l'ai déjà dit, c* n'est pas une chose bien plaisante que de devenir dans la maison un hùte incommode; de travailler pour décorer convenablement la chambre et le lit où voire femme reçoit son amant ; de la soupçonner, dans les caresses qu'elle vous accorde comme devoirs, lout oo uj.éede l'image d'un autre, — et rapportant à lui le plaisir qu't'lle ressent.

Pour ce qui est des ressources, elles sont effrayantes quand on considère combien de causes plus ou moins puissantes amènent presque nécessairement l'inlidéliié des femmes. Ce n'est pas trop de toute voirc vie pour prévenir d'une manière encore incertaine un malheur pour lequel conspireront pent-è rt'd"ux personne.'-, iiui n'hésiteront pas à y consacrer loute leur vie, et qui auront, pour augmenter leur adresse et leur persévérance, l'amour que lyobablement vouî n'avez plus, que p'eut-tHre vous n'avez jamais eu.

Ces causes plus ou muins puissantes sont de deux sartes :

4» Les causes naturelles; S," Les causes artilicielles.

Parles premières, nous entendons cette transition ditïïeile des illusions riantes et dorées de la jeune fille, qui a rêvé une vie pleine de ces charnianli s agitations qui ont troublé son Sommeil, —et embellie encore d;; plai^irs inconnus que son imagination, fécondée par la prudente nature, qui marche toujours à sou but, n'a pas manqué de devancer et d'exagi^rer, du passage, dis-je, de ces illusions à la froidcjet monotone réalité.

Il est presque impossible qu'elle n'attribue pas ce désenchantement à l'individu, au lieu de l'attribuer à l'espèce, et qu'elle n'attende d'un autre la réalisation d'un honneur qu'elle croit avoir pressenti, et qu'elle pense que la nature lui doit, — et cela avec d'autant moins de scrupule qu'elle regarde son mari comme un trompeur, qui n'a pas tenu lespromesses (luelle-méme s'était fai es.

Dans les causer artificielles, nous comprenons (ouïes les bévues et les maladresses des maris, qui se donnent souvent beaucoup de mal pour arrivera ce qu'ils redoutent 'e plus. Ils commencent par prodiguer à leur femme des caresses (|ue l'habitude doit diminuer, et dont elle attribuera la diminu-

tion à celle de l'amour, — précisément au moment où, chez elle, l'habitude, qui, chez les f-mmes, donim tant de force à l'am- ur, vient a lamenter les désirs. A peine le mariage cou ■ sommé, ils oublient qu'il est, en tous sens, plus difficile da conserver unecomiuèie (|uede conquérir. Ils se reposent sur K'S Vertus qu'ils imposent à la femme, vertus chimérique:-; comme toutes les vertus, que l'on n'accomplit jamais ((u'autant qu'on y Irouve son intérêt ou son plaisir.

Beai.coup font de leur femme un objet de vanité, qu'ils montrent à ceux qui les visitent, après leur avoir montré leur jardin, leurs chevaux et leurs curiosités chinoises.

Quand ils vous donnent à dîner, ils vous placenl^^uprès de leur femme. . ,

Si vous sortez ensemble, ils vous donnent le bras de leur femme.

Si vous vous trouvez ensem' le au thf'âtre, ils vous font mettre sur le devant de la loge avec leur femme.

Ils vous trouveront d'autant plus poli que vous ferez à leur femme plus de complimens ; ils penseront que cet encens brûlé devant leur idole est uu honunage dtsintéressé; ils oublient—qu'on ne sacriûe qu'aux dieux qui ont quelque chos« à donner.

Ils ne pensent pas non plus : que, vous plaçant à table près de leur femme, ils vous condamnent à voas occuper d'elle exclusivement, à lui verser à boire, à lui offrir tout ce qui peut lui plaire, à négliger votre diner pour vous occuper du sien, et pour l'amuser, et à ne pas vous occuper des autres femmes ;

Que vous donnant le bras de leur femme, c'est vous obliger à la garantir des voitures, ft marcher dans la boue pour lui donner le pus beau chemin, à vous faiie enfoii' or les côtes pour lui ouvrir une issue dans la foule, ii sévir contre les imperiinens qui peuveii se rencontrer, à ne penser ;1 aucune femme pendant tout le temps de la promenade.

iicdc ccpteris.

Tout cela considéré ainsi serait aulaiit de corvées, qu'à co 'p sur le mari n'a pas le droit de vous imposer ; — mais, dans son esprit, les choses ne sont pas ainsi : c'est un honneur et un plaisir qu'il jjréleiid vous faire ; — il vous prête sa femme pour la conversation, pour la (iromenade, pour le spectacle;— il permet que s^ni bras rond et blanc sjit tout le long de la lOUte appuyé sur vore cœur de manière à en sentir les battemeiis; il permet que vous éj.uisiez près d'elle le voeabulaire de la galantf-rie, et probablement il trouverait fort mauvais que vous tissiez avec sa femme une longue promenade sans lui dire un mot.

Ce qu'il y a en lela de plus charmaiit, c'est qu'il parait persuadé que vous ne passenz pas les limites qu'il pose dans son esprit sans vous les communiquer, et que les soins et l'amabilité tiu'il vous impose ne feront sur sa femme aucui;e impression.

C'est une bizarre Jalousie que celle de la plupart des hommes; ils ne sont jaloux que de la dernière caresse, — ils prêtent ù tout venant leur femme, et ils peru.eltent que c acun s'en serve, pourvu (lu'on ne franchisse pas cette limite : prenez à leur femme le bras ou la main, regardez-la aussi tendrement (|ne vous pourrez, exprimez lui en langage poli qua vous serez enchanté de coucher avec elle ; faites l'éloge de ses beautés évidentes, risquez des augures sur les beautés cachées, regardez avidement tout ce qu'une, femme décolletée abandonne à la curiosité ;

Il y a peu de maris qui le trouveront mauvais ; il n'y a presque pas ViU homme dans un salon qui ne laisse supposer ouvert-ment au maii qu'il serait heureux de lui enlever sa femme, et que sa seule venu à elle l'en empêche.

Ici on vint avertir Maurice que le déjeuner était servi; il ne répondii pas , et continua.

— Certes, d'iyte femme que j'aimerais, je vou-irais tout conserver pour moi; je ne donnerais à un autre ni la main, ni les cheveux, ni u;i regard ; je ne voudrais pas que personne iùt auprès d'elle, pour rrspirer son haleine avec l'ar; je ne voudrais pas qu'un homme sentit contre sa poitrine la

ALPHONSE KARR

tlouce ehaleiir de son bras, je haïrais l'Iiomme qui la toucherait du doigl, ou déiùngerait son vctemcnt dans un songe ou par le désir.

Ce sont autant dp proslitulions en détail ; le commun des hommes semblent ne se rien réserver de leurs femmes, si ce n'est — intimas el pe7iilissi»ws liUdinis rccessus, — ils vous ahandonnent volontiers le reste.

Ineptes animaux, qui n'ont pas assez d'âme pour comprendre qu'un désir mutuel, que deux regards qui plongent l'un dans l'antre, et percent la poitrine d'un voluptueux aiguillon, sont une caresse mille fois plus ardente que ces dernières caiesse»6ans amour qu'ils réservent seules.

Mais, en admettant leurs étroites idées, en croyant avec eux que ces préliminaires ne sont rien

On vint encore dire h Maurice que le déjeuner était sur la table, et que madame était dans la salle ù manger.

Il se conlen'ade répondre : — C'est bon ! d'un ton «'impatience qui montrait qu'il ne trouvait pas bon qu'on vînt le déranger.

— En admettant, reprit-il, que ces préliminaires ne sont rien en eux niêmes,on ne peut nier qu'ils peuvent conduire au reste par une pente souvent rapide et irrésistible; que la femme peut se laisser aller à cette pente, et (juc, lorsque son mari veut l'arrêter, cela ne soit plus au pouvoir de l'un ni de l'autre, — mais ce n'est pas asse^ pour le mari de livrer ainsi sa femme, et de donner aux antres hommes l'occasion de se montrer galans et empressés, il prend encore soin d'inspirer à sa femme une telle indifférence el un tel dégoût de sa personne, qu'on peut, ù la ligueur, ne pas prendre beaucoup de peine pour paraître plus aimable que lui.

Ici Maurice secoua contre la cheminée sa pipe pour en faire tomber la cendre, puis il la remplit encore, et l'alluma On remonta dire que le déjeuner serait froid.

— Je descends.

Avant le mariage on a tout fait pour porter au p'us haut point les illusions de la tille que l'on veut épouser; elle ne vous a vu que vous occupant de l'amour ([u'elle vous inspire; elle dHt croire naiurelkment que cet amour occupe toute voire vie et vous Ofcupe tout entier: elle ne soupçonne pas që'il puisse se trouver pour vous d'autres intérêts; —jusqu'au jour du mariage, une liilc ignoraHte n'a vu l'homme que paré, i>:)rfumé, galant, empressé, ne mangeant et ne buvant presque pas quand il est à table vis-à-vis d'elle, ne montrant de lui ()ue ce qu'il y a de beau et de noble, et dissimulant tout le prosaïsn.c de l'espèce.

Aussi n'a-t-elle besoin que d'e peu d'efforts pour lui appliquer ses rêves célestes.

Mais, aussitôt le mariage, le mari donne l'exemple, et c'est à qui inventera quelque chose pour dégoiiter l'autre de sa personne.

D'abord, par l'habitude du lit commun, on émousse l'aiguillon du tlésir, toujours satisfait d'avance; on ferme toute cairiére à l'imagination, fn restant trop près de la réalité.

Ensuite on se montre l'un à l'autre sans aucuns soins de toilette, les ycuX gros de sommeil, les cheveux en désordre, ou ridiiuleraentcaplifs sous un bonnet, la bouche éehaufifte et amère ; le visage couvert de transpiration et de poussière.

Et on s'initie l'un l'autre aux besoins les plus ignobles et les plus cachés, besoins dont, jusque-là, l'amour el les soins avaient fait douter chacun à l'égard de l'autre. On était homme et femme, amant et maîtresse, — on deviïnt mâle et femelle.

Ensuite étonnez-vous que, lorsqu'un galant se présente à son tour, paré et parfumé, il fasse renaître chez la femme les Impressions qu'elle regrette près du mari en chemise sale et parfumé de tabac; qu'uUe croie avoir été trompée, et ([u'ells croie son luari au-dessous de l'idée qu'elle s'était faite des tiommes. idée qu'il avait nontribué à affermir, et qu'il ne s'est pas donné la peine de soutenir, autant qu'il était en lui.

C'est pourquoi je suis d'a-is que deux époux, pour conserver l'amour, ne se volent que bien sur leurs gardes, c'est-

à-dire, tous deux propres et parés, de manière à ne rappeler en rien les peu poétiques nécessités de la nature.

On revint encore demander s'il fallait servir.

Alors Maurice descendit avec Richard, sans s'être ni peigné, ni habillé, sans s'être rincé la bouche pour chasser l'odeur de la pipe, sans s'être même lavé les mains.

Pendant le déjeuner, on parla d'aler visiter la femme de Richard, et en même temps la belle-mère commune, qui demeurait avec lui. Maurice n'étant pas habillé, pria Richard de donner le bras à sa femme jusque-là, et les rejoignit pe« de temps après.

LIY.

... Le mouron ea loulTes déserte* Sur le sol nu biilleau soleil couchant Comme des émeraudes verte«.

Maurice était allé passer quelques jours dans le parc de Richard et aux environs pour tuer quelques grives, avec Fi,scher\vald ; mais celui ci s'occupait beaucoup plus de ramasser des mousses, seule végétation que I > nature conservât alors, et qui, sur la terre nue, s'étendait copine le plus riche velours, depuis les plus belles nuances de vert jusqu'au brun doré et rougellre. A vrai dire, ce qai intéressait Fischerwald, ce n'était pas de regarder leurs reliefs chatoyans, c'était de les classer, depuis les polytrichs, dont les ours et les Lapons savent se faire d'excellens lits; les sphagnes, qui, par leur prodigieuse multiplication, dessèchent les marais, et finissent par former d'immenses tourbières; les lycopodes, qui de leur pistil laissent échapper une poussiiira jaune dont on se sert sur les théâtres pour faire les éclairs, — jusqu'aux bries, aux hypnes, aux phasques.aux marchanties, aux jungermanes, aux riccies, noms qui surchargent les nomenclatures des botanistes, dont la sci nce nous semble souvent gâter la nature.

— Je ne sais trop pourquoi, di'^ait Maurice à Fiseherwald , lu prends lajjeiue de porter un fusil. Je ne crois pas que, depuis cinq jours, tu aies tiré un seul cnup ; j'aime à croire que ce n'est pas par mépris pour les grives.

— Si quelqu'un, reprit le docteur, s'avisait jamais de supposer que j'ai le palais assez barbare pour ne pas apprécier les grives comme elles le méritent, je promets qu'il aurait affaire à moi; et il continua en citant Martial ■•

> ïexla rosis fortasse libi...

At milii Ue turdis facla corona placel.

" Peut-être lu aimes une couronne de roses, mais il n'est pas de couronne qui me plaise comme une couronn» de grives. Il

— Diable ! dit Maurice en rentrant, nous ne pouvons guèro sortir demain. Les oies de la basse-cour batteiit des ailes, et l'on entend les cloches de la ville. Nous aurons Vette nuit et peut être demiin une pluie abondante.

Eu airivant,le même jardinier qui autrefois lui permettait d'entrer dans le parc, quand il n'y avait personne, lui remit un» lettre.

HËLÉ\E A M.VIÎKICE.

Ne brûlez pas sans la lire celte lettre d'une femme qui vous a aimé de toute son âme et de toutes ses forces, qui eût voulu avoir à vous sacrilier quelque chose de noble et de dés irable, qui eût quitté le ciel pour vivre un seul jour avec vous dans le plus triste caihot.

Vous avei voulu séparer nos deux existences, vous avez

UNE HEURE TROP TARD

douté de moi ; je n'en ai pas été offensée. Ce n'était pas vous qui me frappiez, c'était le sort funeste qui m'avait jeléetJans la prostituliiin, le sort auquel vôire amour lu'avait arrachée, et qui Die ressaisissait. J'ai courbé la tête, j'ai pleuré, niiiis je ne vous ai pas maudit -, que le ciel dclourne de vous les tortures qui m'ont déchirée.

Le désespoir, la misère, les larmes, la f;iim m'ont bien changée. Une seule chose me reste : c'est mon amour pour vous, ce noble amour qui a fait surgir mon âme de la boue.

Mais cet amour aussi a cédé au sort. 11 n'est plus ardent, impétueux, exigeant; ce n'est plus que l'élan d'une âme souffrante vers celui qui console. Aujourd'hui, je n'ai plus besoin que vous m'aimiez ; je n'aurais pas la force de supporter un semblable bonheur; je ne vous demande que de me permettre de vous aimer, et du f^md du cœur, sans que mes yeux ni ma bouche ne disent jamais rien.

Hier, je me suis présentée chez votre femme : je lui ai dit que j'étais une pauvre lille abandonnée avec un enfant; qu'à l'avenir je serais sage; que je' ne demandais qu'à travailler pour nourrir mon enfant, et que, si elle voulait me prendre chez elle, pour travailler au linge de la maison, surveiller les domestiques, tt m'occuper des soins du ménage, elle serait contente de mon zèle et de ma bonne conduite; que je ne répugnerais à aucun ouvrage, que j'étais plus forte que je ne le parais, et que je serais contente pourvu qu'avpc ma fille on me permit de vivre dans une maison honoraljle

Après quelques observations, elle a eu la bonté de m'ajréer.

Oh ! monsieur Maurice, ne m'enviez pas le bonheur que je me lais ; laissez-moi vivre près de vous, vous regarder, vous entendre.

J'ai essayé de bonne foi, je ne puis vivre sans vous voir. Je ne demande pas que vous m'adressiez la parole, ni que vous me regardiez jamais; au contraire, je vous prie de n'être avec moi que comme vous êtes avec les autres domestiques : s'il en était autrement, ce serait de ma part un manque de foi envers votre femme, qui veut bien m'accueillir; ce serait, de la vôtre, m'exposer à être privée justement du bonheur qui remplira ma vie.

Pt ut-être une fausse générosité vous fera dire que vous ue voulez pas qu'unefemme que vousavez aimée soit votre domestique; mais, si vous me chassez, comme depuis que j'ai été aimée de vous je n'ai pu supporter seulement la pensée de Bie prostituer encore, il me faudra, pour nourrir mon enfant, servir des maîtres qui n'auront pas autant de douceur pour moi. Et d'ailleurs, outre que ma naissance ne ^:l"appelait pas à un rang et a une fortune élevés, queîle que sait ma situation, elle sera toujours bien su-dessus de 1 infamie do laquelle vous m'avez tirée.

Laissez-moi vous entourer Je ma sollicitude désintéressée; ee sera un bonheur pour moi rie m'occuper de tous les petits soins qui pourront vous apporter quelques agrémens. Je veillerai à ce qu'on allume voire feu, à ce que, la nuit, votre tête soit haute, comme vous l'aimez.

Et je natterai mai même les beaux cheveux noirs de votre femme; je lui apprendrai à les arranger de la manière qui vous plaît ; je les parfumerai de cette odeur de rose que vous aimifz tant; je serai si heureuse de penser que je puis contribuer à vos plaisirs, même à ceux que vous goûterez dans les bras d'une autre ! Avec quelle joie je rattacherai à voire vie le peu de bonheur qui était peut-être destiné à la mienne, et dont je n'ai plus besoin.

N'est-ce pas, monsieur Maurice, que vous ne voudrez pas m'ôter ce bonheur? et d'ailleurs, vous ne le pourrez pas, car je vous jure par tout ce qu'il y a de plus sacré au monde, par mon amour toujours si pur pour vous, par votre amour d'un Instant, dont je vous garderai une éternelle reconnaissance, <jt qui m'a enivré dun bonheur que je ne croyais pas payer trop cher de toute une vie de larmes et d'humiliations, je vous jure que si vous me chassez, j'emporterai mon enfant, et avec elle j'irai me Jeter à la rivière.

Adieu, monsieur Maurice; si vous saviez comme je suis

heureuse, comme mon cœur bat 'Joucement, quand je songe que d'un moment k l'autre je vais vous revoir. Il y a si longiei.Tps! Quand je songe que je passerai près de vous le reste de ma vie; que demain peut-être j'entendrai le son de cette voix si chère, et que je l'entendrai de même tous les jours. Adieu, oubliez crtle Hélène que vous avez aimée; ne voyez plus en moi qu'Hélène, femme de chambre de votre femme ; mon bonheur y est attaché, et il est imposible qu'il ne vous reste pas encore de la pitié pour la malheureuse

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