‹ Le siècleChapitre 38 sur 216 · HÉLÈNE · texte numérisé non relu

HÉLÈNE

Mufllle!... raafille!...

[b. de vaclabblle.— I7n Enfant.)

Après l'abandon de Maurice, Hélène avait voulu se tuer, et sans ddUte la timidité et la crainte de la douleur ne l'eussent point arrêtée dans ce projet', si un instinct plus fort que son désespoir ne l'eût impérieusement attachée à la vie, et en pleurant elle donnait le sein à son enfant.

Q and elle fui décidée à vivre, quand son chagrin lui permit de réunir ses idées ; elle vendit le peu qu'elle possédait encore, de ses domestiques ne garda qu'une servante, et se réfugia dans une petite maison bien isolée. Là, elle se livraà ses regrets et aux soins que réclamait une petite créature, peut-être la fille de Mauriee, s.ins beaucoup songer à l'avenir, eoiiirae un sort misérable ne l'y a^ait que trop accoutumée, et d'aileurs ayant de l'argent au moins pour irois ans, à la modicjue dépense qu'i Ile s'était imposée. Et aussi elle se disait : — Maurice reviendra; je l'aime trop pour qu'il m'oublie. Et, dans les traits encore informes de son enfaat, elle recherchait une ressemb'ance qui pût l'éclairer elle-même, ressemblance que par momens elle croyait trouver, et qui lui faisait redoubler ses car.sses pour sa fille. Souvent elle faisait prendre des renseignemens sur Maurice, et toujours oa disait :— Il n'est pas rsvenu; on ne peut dire quand il reviendra.

— Oh! disait-elle, Il reviendra, il n'oubliera pas celle qui l'aimait tant.

Et elle attendait le soir pour con'empler à la lampe un mauvais portrait de Maurfce, qui, le jour, n'olTrait qu'une resseniblanee très problématique,, mais à la lu'ur de la lampe, en trouvant certaines ombres, le rappelait assez bien; puis elle se couchait et s'endormait en disant: —Il reviendra.

C'est ainsi que s'écoulèrent les quatre années que Maurice passa en France. Hélène vécut dans la plus absolue soli. lude; seulement elle reçut plusieurs lettres de Leyen, qui descendait aux plus humbles suj'plicatioos, pour qu'elle revint à lui; mais Hélène, qui se croyait sanctifiée par 1« noble amour que Maurice lui avait donné, et par celui qu'elle avait ressenti, repoussa ses offres av^-c courage.

A peu près à l'époque où Maurice rentra en Allemagne, Hélène se trouva ne plus avoir d'argent. Elle congédia sa

AtPHOiNSE KARR.

«er\ariti>, vendit f es meubles, k l'exception d'un lit, d'une petite table etdr deux chaises, et alla s' (établir dans une petite chambre, dans un quartier retiré de la ville. L4, le produit de ses meubles sulEsait pour la faire vivre quelques mois encore avec sa fille.

— Mon Dieu! disait-elle, Maurice ne reviendra-t-il pas! 0 mon Dieu: ajoutait-elle en joignant fortement les mains, faudrat-il mourir de faim avec mon enfant? Si je pouvais seulement le voir (juclques instans avant de mourir.

Cn jour elle apprit (|ue Maurice était revenu, mais en même t»mps qu'il était marié.

Elle rentra , <*garée, folle, pour tuer son enfant et se tuer après; —mais la pauvre peiiie fille lui sourit si tondiement, qu'elle se prit à pleur<r en l'embrassant. Rien n'ôte l'énergie comme les larmes-, le soir vint; par habitude elle prit le portrait pour le rei;arder encore, mais, saisie d'indignation elle If déchira ; ù ce moo-ent, on frappa; un domestique en livrée lui remit une U'tlrc.

Celte lettre était du propriétaire de la maison quielle occuuait Cet homme, un des plus riches de la ville," avait été frappé de sa beauté, et avait deviné sa pauvreté. Il lui offrait le sort If plus brillant si elle voulait être à lui. 11 devait venir le lendemain chercher la réponse.

— Maurice, dit Hélène, Maurice est riche, heureux, marié, et je meurs de faim avec mon enfant, peut-être le sien. Maurice n'a pas dai^çné s'occuper de moi depuis son retour. Hélas ' ajouta-telle, ce n'es pas à son cœur fju'il faut m'en prendre c'est à mon avilissement. Il m'a assez méprisée pour croire qu'après avoir «^té à lui, après avi.ir senti l'amour, je retournerais à la prosliluion. Mais avait-il le droit de me mépriser, lui, pour qu\, sans un seul regret, j'avais tout abandonné; lui, pour qui ni sacrifices, ni honte... ni <;rime ne m'auraient coûté? ne devait-il pas voir ce qu'il y avait tans mon Anie d'énergie et de noblesse ? Oui, dit-elle, je me prostituerai encore, je serai encore riche et adorée. H m'oublie pauvre, vertueuse et misérable pour lui ; il entendra parler do moi,' riche et infâme; peut-être son amour se réveillera, et je...

Oui, dit-elle, mais perdrai-je ce noble amour qui ma rarhetce'de l'infamie et de la dégradation? Livrerai-je au culte de Haal un temple consacre par le culte saint du vrai Dieu? Ouvrirai-je au vice impur un cœur encore plein d'amour, comme un vase qui garde l'arôme d'un parfum céleste? J'ai perdu Maurice, perdrai-je encore mon amour qui m'élève l'ime, el me fait bonoiable à mes yeux , d'ignoble ((ue j'étais? , . ,

JustilierJi-JB l'abandon de Maurice par ma conduite future ? pour qu'un jour il se dise : J'ui bien fait; pour que moi-même je me dise : Je ne serais plus digne de lui.

Non, dit-elle, je l'aime.

M'eût-il tait plus de mal encore, si une créature humaine en pouvait supporter davantage, je l'aimerais ; il m'a tirée un moment de la boue pour m'iniiier au bonheur des anges. Il a reçu dans son âine pure mon âme honteusement malade, el il l'a guérie ; il m'a aimée, moi prostituée, moi vendue.

Je l'aime, et cet amour remplira toute ma vie, ou plutôt il sera toute ma vie.

Non, je ne retomberai pas du ciel où il m'a cIcNée, dans la boue dont il m'a tirée; non, après avoir goûté l'ambroisie, Je ne m'enivrerai pas d'un vin grossier: aucun homme ne touchera mes lèvres, encore brûlantes du dernier baiser de Maurice.

Je mourrai de douleur, je mourrai de faim, mais jene mourrai pas de honte ; je mourrai digne d'être pleuiée par lui, el »i jamais son regard tombe sur moi, je n'aurai pas à rougir ni it détourner les yeux.

Mes vCtemens pauvres seront un honneur pour moi, que l'on prie à genoux de vouloir bien être riche; j'en serai flèro et heureuse.

O mon Dieu ! oit-elle en pleuiant, j'ai été trop heureuse, ;'ai savouré les délices que votre puissaice peut-être ne pourrait faire plus ineffables.

Je dois expier maintenant et mea erreurs et aussi mes joies.

Quand j'aurai longtemps souCTert, je croirai avoir payé mon bonheur ; il sera à moi, et je ne jouirai plus de son sonvenir avec crainte, comme d'un bien mal acquis.

Hélène alors trouva dans sa résolution un invincible courage Son amour pour Maurice était un fanatisme, — mais le fanatisme seul a fait de grandes choses. Elle se mit à travailler pour une lingcre, et à gagner péniblement huit ou dix kreutzers par jour, auxquels le peu d'argent qu'elle avait encore ajoutait le nécessaire.

Mais quand vint le moment de payer le loyer de sa chambre, elle ne put le faire, et le propriétaire, irrité des refus obstinés qu'elle avait opposés à ses vœux, la chassa, ne lui laissant,£mporter qu'un matelas, une chaise et sa petite table.

Hélène chercha une chambre encore moins chère, et s'installa en ce misérable équipage, travaillant toujours pour sa fille ; el le soir, avant de se coucher, contemplant à la lumière le portrait de Maurice, qu'elle avait recollé et rajusté de son mieux; puis, repassant ses souvenirs de richesses et surtout de bonheur, el pleurant avec amertume : — 0 Maurice, disaitelle, Maurice! et elle baisait le portrait.

Les patils Irais nécessités par son déménagement avaient enlevé les (juclques florins (|ui restaient h Hélène. Elle était réduiie au produit de son travail; aussi ne nourrissait-elle son enfant et elle que de pommes de terre et de haricots cuits dans l'eau. Quel(|uefois, lorsque son ouvrage était un peu mieux payé, elle faisait cuire de la viande el faisait de la soupe. C'était, ces joufs-!*, un grand régal et une grande fête dans la mansarde. Cependant arriva l'hiver et le froid. Quoiqu'elle pass.^l à l'ouvrage une partie de la nuit, il lui devint impossible d'avoir du charbon pour se chauffer. Le temps d'une femme est si peu rétribué, qu'elle s'aperçut que son travail de la nuit ne payait pas lliuilc qu'il fallait brûler.

Alors elle mit sa Ûlle dans une petite école, où elle profila du feu ; et elle avisa à faire quelques économies sur ses misérables dépenses afin de payer le florin et demi qu'il lu] fallait donner à l'école cha(]ue mois. Elle se passait de feu, et s'enveloppait les pieds dans une vieille couverture ; puis elle prit le parti de ne plus allumer de lumière pour épargner l'huile, et de tricoter, ce qu'elle pouvait faire sans voir clair, depuis cinq heures jusqu'à minuit ; seulement, un moment, elle allumait la lampe pour voir le porlrail de Maurice.

De temps h autre, cependant, elle recevait des lettres du propriétaire qui l'avait chassée. Il lui demandait huuiblenient pardon, el «mettait toute sa fortune à ses pieds Mais Hélène, qui se voyait maigrir, se disail — Je mourrai bicn- Uit; j'enverrai à Miurice ma fiile a^eo une lettre, il pienlra soin d'elle; je n'a) besoin de rien.

UNE HEURE TROP TARD

ÏLVIH.

Un jùu>', comme elle revenait d« porter de l'ouvi-age, elle apertul Fischerwakl dans la rue; ^le doubla 1" pas, et rentra demi-morte d'éniotion.

— Oh ! oh ! dit une voisine en voyant monter Hélène, voici notre belle voisine qui monte bien vite.

— Ce n'est pas naturel, dit une autre plus vieille qui rentrait en même temps, et à la(iuelle s'adressait la première femme, dont le visa je annoarait quarante ans.

— Cest d'autant moins naturel que d'ordinaire elle monte lentement et pensive.

— C'est qu'il y a des femmes qui ont beaucoup à penser, quand ce ne serait que des souvenirs.

Ici la première interlocutrice s'approcha de l'autre voisine, et lui dit tous bas : — Avez-vous remarqué ce domestique en livrée bleue et rouge (]Hi vient quelquefois?

— Certainemet, reprit l'autre.

— Et qu'en pensez-vous ?

— Je pense, reprit la plus vieille, qu'il faut avoir le cœur placé bien bas pour se livrer à de semblables inclinations.

— Vâus n'y êtes pas; le domestique ne vient pas pour son compte.

— Bah !

— Non, il apporte des lettres.

— Ah! et de qui?

— C'est là ce qu'on ne peut savoir.

— C'est de la part de son mari peut-être?

— Oh ! oh ! est-ce que ça a un mari ?

— Vous croyez?

— Je suis sûre qu'elle n'est pas mariée.

— Bah!

— Cela se voit tout de suite; et d'ailleurs le mari aurait il des domestiques en livrée quand la femme a un logement de cinquante florins?

— C'est vrai; mais l'enfant?

— L'enfant: comme tant d'autres, il n'a pas de père.

— Ou bien il en a beaucoup.

Les deux femmes rirent quelque temps de celte plaisanterie : la moins vieille des deux voisines continua: — Arezvous vu comme elle a soin de se débarrasser de sa petite fille? jN'est-ce i.asune pitié d'envoyer ^école une enfant si jeune ?

— De quoi vit-elle? demanda » vieille.

— Mais il paraîc qu'elle a de quoi.

— Ah! elle a de quoi.

— Oui, elle a de quoi, c'est le domestique en livrée bleue cl rouge qui apporte.

— Voyez-vous, c'est entretenu par quelque vieux riche.

— Et il parait qu'elle l'est cossument; elle fait semblant de travailler, mais ce n'est pas avec huit kreutzers |u'on mène un pareil train.

— Ah ! elle mène un train? elle n'est pourtant pas si bien habillée.

— C'est que ces femmes-là ça gâche tout. On dit que dans sa chambre il y a des choses superbes; que c'est tout reluisant d'or; des glaces oti on se voit depuis les cheveux jusqu'aux pieds, un lit tout en cdredon !

— Voyez-vous !

— Elle ne se refuse rien ; si vers le soir on passe devant sa porte, ça sent une délicieuse odeur de rôti que ça donnerait faim à un mort. Ces lemmes-là c'est sur sa bouche comme il n'est pas possible.

— Mais quand ■voit-elle le mansieur? Excepté le domestique, je n'ai encore pu voir personne.

— C'est ce qui prouve comme c'est enraciné dans le vice, comme c'est adroit pour cacher ses turpitudes aux yeux «les

honnêtes femmes qui n'y «ntendent pas malice ; ça a un tas de ruses et de finesses qu'on n'en peut revenir.

— Mon Dieu ! dit la vieille, comme 11 y a du Tice, aomme 11 y en a !

— Que voulez-vous, ma bonne voisine ; les hommes aiment ces espèces-là, et n'ent pas l'air de regarder d'honnêtes femmes comme vous et moi, qui n'avons jamais donné un mot à redire; toujours, elle a beau me faire une révérence quand elle passe devant moi, je ne la regarde pas plus que si c'était un chien.

— Et vous avez raison ; c'est encore bien osé de se permettre de .saluer une honnête femme, comme si c'était son égal; mais je rentre; je suis quasiment gelée.

Un homme entra qui letir dit :

— Mesdames , connaissez-vous cette dame qui vient de rentrer?

— Oui, monsieur.

— Que fait-elle?

— Pas grand'chose de bon; c'est entretenu par un vieux monsieur très ri<he qui vient la voir dans un magnifique équipage et qui lui prodigue l'or.

— Ah! dit l'inconnu, je vous remercie.

— Voilà un chaland manqué, dit la vieille.

— C'est un fier service que nous lui rendons de l'empêcher d'être plumé par une pareille sirène.

— Hum! dit Fischerwald en s'en allant, je me doutais bien qu'e'le recommencerai i celte vie ; je ne dirai rien â Maurice de la rencontre que j'ai faite.

La vue de Fischerwald avait réveillé pour Hélène de euisans souvenirs. Renfermée chez elle, elle désirait et elle craignait à la fois d'avoir été reconaue : elle rappela alors sa richesse passée, sa chambre tendue de soie violette et blanche ; ses nombreux domestiques, sa voiture, ses chevaux fringans et celle cour, dont elie était environnée comme une reine.

Elle rappela aussi le jour où, sur ce riche divan, Maurice, assis près d'elle, lui avait déclaré son amour, et ces douces émotions dans cette nuit presque entièrement passée au jardin ; alors elle jeta un regard sur elle; ses vêtemens étaient misérables; mais ce qui lui serra le cœur, c'est qu'ils étaient sales, qu'elle n'avait même pas d'argent pour prendre un bain ; — à c«tte idée elle pleura.

Elle se leva engourdie par le froid ; elle marcha dans la chambre pour se réchauffer un peu, ^uis elle se mit à travailler; mais le froid lui enchaînait les doigts, et d'ailleurs les souvenirs bouillonnaient dans sa tête ; elie se leva encore une fois, raide de froid. — Oh ! mon Dieu! dit elle avec un doux sourire de joie, heureusement qu'il y a du fen à l'école.

Bientôt elle renonça à travailler, et sortit pour aMer chercher sa fille, car l'école devait être finie ; en la ramenant, elle songea qu'elle n'avait pas travaillé ; qu'elle n'aurait rien pour le déjeuner que sa fille devait le lendemain emporter à l'école.

Quand elle rentra, elle lui dit qu'elle avait soupe en l'attendant; elle lui donna à souper, et réserva sa part à elle pour le déjeuner du lendemain ; elle la fit coucher et se coucha aussi, car le froid n'était pas tolérable, l'enfant même le sentait dans son lit, quoique Hélène se découvrit pour la couvrir et la réchauffât de tout son corps. Hélène était assise dans le lit et avait les coudes sur les genoux et la tète dans les mains. La petite ne dormait pas, elle s'avisa de chanter pour l'endormir,

Et chanta:

Komm, litber m*i, etc.

L'enfant s'endormit, elle s'arrêu : cette chanson lui rappe-

ALPHONSE KARPi.

ail la raai'on d^n<; le bn^s. snn |i*rp, sa mère, son ffèreet Jn<qii'iiix (''JrÉniiers .jtill nr'-iili avai' p.aii'é» pO'ii" '«' f-iii"'" mil- cotironii.^ (Je lujiiée, il dont .Maurice lui éiait allé tU; i lir une btiiiinhe.

— Oli.'dii elle, cher mois de mai, jVsiièie bien ncpassiaiffrir jusi(ue-lâ, j'es|)(^re mourir bienlôl; mes pieds ne marrheroiil plus sur les verles promenadt-s, je ne cueillerai plus de viclettes sur le bord des ruisseaux ; il n'y aura plus pour moi ni violeiles ni prinleiiips ; et je mourrai s;jns voir Mauriee. Elle pleura encore; mais ses sanglots éveillèrent l'enfant qui djt: —Maman, j'ai froid. Hélène la couvrit un peu plus, la baisa pour la réchauffer et se remit à chanter :

Revi-;ns, cher mois de mai,

jusqu'au moment où la fatigue de la faim et des pleurs se réunit au froid pour l'assoupir.

Le lendemain, sa flile avait la fièvre, et ne put aller à l'écx>\e. Hélène, pour réihauffer un pfu laihauibre, brù a sa table ; mais le soir l'enfant avait un rudoiib ement de fièvre : elle alla therchi-r un médecin ; le médecin examina l'enfant et écrivit une ordonnance, puis sortit en disant: — Je leviendrai demain.

En soriant on avait remis une lettre à Hélène.

HEMtEICH A IIF.LU^E.

Comment! vous que je n'appelle plus ma sœur, poussezvous la dé;;'a''ation du cœur au point de laisser mourir votre mère de faim! Ne devriez-vous pas élre trop heureuse qu'elle veuille oublier la source impure de vos secours?

J'ai reçu une lettre d'elle; j'ai pleuié;je lui ai envoyé ma montre et If peu d'argent que mes amis ont pu me prêter.

Je ne voulais plus m'occuper de vous; mais je désire q'ie cette lettre vous fas^c réi'ai.dre quelques larmes au milieu de votre infâme splendeur. C'est encore du bien que je veux vous faire.

UE.\REICa.

D'abord Hélène voulut répondre à son frère ; elle écrivit une lettre ; mais elle dit .- — Il ne la recevra qu'avec cille que je vais écrire cour Maurice, quand jp s rai morte.

Puis elle se mit a travailler, réchautfaiit de temps en temps ses mjins dans le lit de sa fille. I.e lendemain, elle ne mangea qu'un peu de pain, et acheta du charbon avec le peu d'argent qu'elle avait reçu.

Pnis elle alla chercher ce qu'ava't ordonné le médecin ; mais elle n'ava t pas assor d'arptnt pour paver, et le phar- Hiadeii ne voulol pas lui donner les nu dicamens à crédit.

Le soir, le médecin arriva ; Il toucha l'enfant et secoua la tète

— A.-t-elle bien pris sa potion?

— Oui, monsieur, dit Hélène en baissant les yeux.

— C'est prodigieux. A l-elle transpiré ?

— Non, monsieur.

— Et elle a pris la potion ?

— Oui, mon-ieur, dit Hi-léne en ba'butiant. Elle pouvait à peine parler, tant ses sanglots l'étouffaienl.

Le médecin U regarda fixement — M^tdame, dit-Il, qiianl TOUS voudrez bien suivre mes ordonnances, vous reviendra me chercher. Je ne reviendrai pas.

Il sortit.

Hélène se jeta à genoux.— Oh! mon Dieu, U n'y a plus

de pitié dans le cœur des hommes! Mon Dieul avtz pitié de moi!

— Rien... rien... Jilrlle éperdue; el^e va luurir. . Oh ! je vais l'etian^ler, et ensui.e je u e briserai la lét- contre le mur.. Pourquiii ma mcren'' m'a-l-eile |'as tuée, nv i?...

Et elle se laissa tomber sur le carreau. Au bout de quelques instans, e le se leva. — Oli ! quelle iilée ! dit-elle; mon enfant ne mourra tas. El, se hâtant, t lie se plaça d-vant un miroir cassé, arrangea ses beaux cheveux bruns, chercha un liclai propre (|Ui lui restait. — Oh! mon Dieu! disait-elle en pleurant, m in Dieu, s'il allait ne pas me t onvcr assez belle. El elle pleurait en lâchant de donner un peu de giâceà sa robe et a sa coiffure, puis elle alia réveiller une petite fille qui logeait prés d'el e : — Mon enfant, lai dit-elle, si lu veux passer deux heures près de ma fille, je le donnerai cinq Qorins a mon retour, puis eliejeta tncoreun coup d'oeil scir le miroir, ei partit en disant:— Comme ]e suis changée : pourvu qu'il me trouve a-sez belle. El elle courut à travers les rues. Toujours courant, elle arriva chez son ancien propriétaire; les domesiic|ues ne voulaient pas la laisser tnirer; mais il reconnut sa voix et vint au devacd d'elle.

Quand il- furenlseu S: — Monsieur, dit-elle, me voici; je suis à vous pc'ur une heure ; mais il me faut cinquante florins.

Il voulut dire quelques mots : — Hâtez-vous, monsieur, je n'ai c|u'une heure à vous donner; faites de moi tout ce que vous voudrez.

Étonné, il la regardait : —Oh! monsieur, ne me refus"! pas, dit-elle; si je vous demande trop, donnez-moi ce qu'il vous plaira; mais il me faut de l'argent.

Il voulut la faire par er, il n'en put rien tirer; il la prit dans «es bras, elle se laissa faire; seulement, en se voyant dans une glace, elle reconnut à son cou i elle un fichu ciue lui avait donné IMaurice; elle l'arracha avec; violence et le jeta au leu, puis s'abandonna, et, pâle et froide comme du marbre, elle reçut ces odieuses caresses sans les sentir.

Avec l'argent, car il lui avait donné cent florins, elle soigna son enfant; puis, (|uand sa tl'le fut guérie, elle renvoya le reste de l'argefrtâ celui cjui le lui avait donné, sans en avoir distrait un pf.:iining pour.snn usage par iculier.

Cet homme vint la voir el voulut user des droits qu'il croyait avoir sur elle : — Monsieur monsieur, dit-elle, a'.l'Zvousen; si jamais vous i^ rez ici, je me jetterai par celte fenêtre; nous avons fait uiT marché, je me suis livrée, not» sommes quittes.

Elle n"o-aii plus regarder le portrait de Maurice.

l'"lle s'était remise au travail ; mais le froid avait horrible' ment gercé ses doigts, et lui causait d'insupportables douleurs.

LTH.

DE LA NÉCESSITi: DC SE LAVER LES MAINS.

Cislavixit Lan m f et DoiHum secavt.

{ADc;i«uQeépilapbe.;

Richard était arrivé de bon ma'in chez Maurice, et l'avait trouvé tuinant d.in^ un vaste fauteuil renversé, encore vêtu de sa robe de chambre, et les pieds dans des pantoulles violettes.

— Il y a aujourd hui, dit Richard, quinze mois que nous sommes mariés.

UNE HEURE TROP TAKD

Page 1